Élections fédérales et LLO: LOL

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L’année 2019 en est une de changement en raison des élections fédérales de demain au Canada. Mais LLO? Ce ne serait pas un «LOL» mal épelé? Non, il s’agit plutôt de la LLO, autrement dit la Loi sur les langues officielles au Canada.

Cette année, la Loi fête ses 50 ans et le moment semble tout choisi pour faire le point sur le bilinguisme au Canada. Où en sommes-nous?

Pour mieux comprendre le bilinguisme canadien d’aujourd’hui, regardons un peu les circonstances particulières à l’origine de la Loi sur les langues officielles.

Commission d’enquête

Suivant les recommandations de la Commission royale d’enquête sur le bilinguisme et le biculturalisme, qui a duré de 1963 à 1969, le gouvernement fédéral de Pierre Elliott Trudeau a mis en place la Loi sur les langues officielles pour rectifier une injustice historique et mettre fin à ce que certains qualifiaient de la pire crise de l’histoire du pays.

Au Québec, c’était la Révolution tranquille, et plusieurs premiers ministres ailleurs au pays craignaient des soulèvements dans leur propre province.

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Pierre Elliott Trudeau

Plutôt que de voir le pays divisé entre le Québec francophone et le reste du Canada majoritairement anglophone, ce qui aurait isolé les minorités linguistiques éparpillées dans toutes les provinces et les territoires, et pour préserver l’identité canadienne contre l’assimilation par les États-Unis, Pierre Elliott Trudeau a instauré une loi fédérale plus représentative de la réalité linguistique au Canada.

Cette loi visait à protéger les droits des minorités linguistiques au pays et correspondait à sa vision d’un bilinguisme pancanadien.

Aujourd’hui, 50 ans plus tard, après la naissance du Parti Québécois, du Bloc Québécois et deux référendums, sans parler de tous les défis des minorités francophones au Canada et de l’omniprésence de nos voisins du Sud, on pourrait remettre en question l’efficacité de la Loi sur les langues officielles. Certains Canadiens voudraient la faire supprimer alors que d’autres tiennent à la moderniser pour qu’elle protège mieux leurs intérêts.

La loi sur les langues officielles, est-elle encore pertinente? Et dans l’affirmative, a-t-elle besoin d’être modernisée?

Les défis des francophones

Commençons notre bilan par quelques défis auxquels font face les francophones. En 2018-2019, le Commissariat aux langues officielles, créé en 1970 pour faire respecter la LLO, a reçu pas moins de 1087 plaintes. Certaines entreprises, dont Air Canada, ont enfreint la Loi sur les langues officielles et continuent de le faire.

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Les minorités francophones de certaines provinces, dont le Nouveau-Brunswick depuis l’élection de Blaine Higgs, et l’Ontario depuis celle de Doug Ford, sont en butte à de nombreuses compressions budgétaires, surtout en éducation.

Higgs et Ford ignorent-ils que, grâce à la Charte canadienne des droits et libertés, adoptée en 1982, les francophones de leurs provinces respectives ont le droit à une instruction primaire et secondaire dans leur langue?

Par ailleurs, la nouvelle LLO, datant de 1988, oblige les provinces à favoriser l’épanouissement de leurs communautés minoritaires.

Ces deux premiers ministres ne semblent reconnaître ni les besoins ni la valeur de leurs communautés francophones. Rappelons-nous que le Nouveau-Brunswick est la seule province bilingue du Canada et que l’Ontario est la province avec la plus grande minorité francophone hors Québec.

Est-ce que les francophones de l’Ouest s’en tirent mieux? Si le Conseil scolaire francophone en Colombie-Britannique est obligé de se rendre en Cour suprême pour défendre le financement d’une éducation en français, la réponse semble aller de soi.

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Mais tout ne va pas pour le pire dans le «plus meilleur des pays du monde», et l’image la plus réaliste du bilinguisme au Canada se trouve, à mon humble avis, chez les candidats des élections fédérales de 2019. Chaque candidat incarne, à sa façon, un aspect de ce bilinguisme fédéral si cher à Trudeau père. Voyons ce qu’il en est.

Yves-François Blanchet et Maxime Bernier, les Québécois

Yves-François Blanchet est né le 16 avril 1965 à Drummondville au Québec. Diplômé en anthropologie et en histoire de l’Université de Montréal, il a commencé sa carrière politique en 1987 au sein du Parti québécois. En janvier 2019, on l’a élu chef du Bloc québécois.

Yves-François Blanchet

Maxime Bernier est né le 18 janvier 1963 à Saint-Georges au Québec. Avocat et homme d’affaires, il est le fils de Gilles Bernier, député de la Beauce à la Chambre des communes de 1984 à 1997.

Bernier fils est diplômé en droit de l’Université d’Ottawa et en commerce de l’Université du Québec à Montréal. Entre 2006 et 2017, il a été député de Beauce à la Chambre des communes. Défait à l’élection à la direction du Parti conservateur du Canada de 2017, il a fondé le Parti populaire du Canada en 2018.

Le français est la langue maternelle des MM. Blanchet et Bernier. Les deux candidats s’expriment presque aussi bien en anglais qu’en français.

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Justin Trudeau, de l’immersion à Brébeuf

Justin Trudeau est le fils de Pierre Elliott Trudeau, ancien Premier ministre du Canada, et de Margaret Trudeau qui se parlaient en anglais. Justin a été élevé à Ottawa où il était inscrit dans un programme d’immersion.

Quand Trudeau fils avait 12 ans, sa famille a déménagé à Montréal. Enfant de la loi 101, adoptée en 1977 pour protéger le français au Québec, il a reçu son diplôme du collège Jean-de-Brébeuf, un baccalauréat en littérature anglaise de l’Université McGill et un baccalauréat en éducation à l’Université de la Colombie-Britannique.

Justin Trudeau

Entre 2002 et 2003, le jeune Trudeau a entrepris des études d’ingénieur à l’École polytechnique de Montréal et, de 2005 à 2006, il était inscrit à une maîtrise en géographie environnementale à l’Université McGill.

En 2008, Trudeau fils a été élu au niveau fédéral pour représenter la circonscription de Papineau. Il a été réélu en 2011 et en 2015.

En 2013, Justin Trudeau est entré en fonction comme chef du Parti libéral. En 2015, il est devenu Premier ministre du Canada.

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Trudeau fils s’exprime assez facilement en français, malgré les fautes qui se glissent dans ses discours.

Jagmeet Singh, l’allophone francophile

Jagmeet Singh est né le 2 janvier 1979 à Scarborough en Ontario. Ses parents sont pendjabis et sa mère lui a enseigné le pendjab.

Après un bref séjour au Pendjab en Inde, la famille de Singh est revenue au Canada. Ils ont habité à Terre-Neuve pendant cinq ans avant de déménager à Windsor en Ontario.

Jagmeet a assisté à la Detroit Country Day School, une école privée de Beverly Hills au Michigan, dont il a été diplômé en 1997. Ensuite, Singh a étudié à l’université Western en Ontario où il a reçu un diplôme en biologie. En 2005, il a réussi son baccalauréat en droit à la Osgoode Hall Law School de l’université York.

Jagmeet Singh

Député provincial pour Bramalea—Gore—Malton en Ontario de 2011 à 2017 en plus d’être le chef adjoint du NPD Ontario de 2015 à 2017, Singh a été élu chef du parti néo-démocrate du Canada en octobre 2017.

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Jeune, Jagmeet manifestait un amour pour les langues, surtout pour le français. À l’école secondaire, il a suivi des cours d’été pour se perfectionner dans la langue de Molière.

Le fait d’être déjà bilingue a sans doute aidéSingh à apprendre le français. Bien qu’il fasse de nombreuses fautes, il arrive à s’exprimer avec une certaine aisance.

Andrew Scheer, l’anglophone en immersion

Andrew Scheer est né le 20 mai 1979 à Ottawa. Il a fait ses études secondaires à l’Immaculata High School, puis a étudié l’histoire à l’Université d’Ottawa.

Il a déménagé à Regina après avoir rencontré sa future épouse à l’université. C’est en Saskatchewan qu’il a terminé son baccalauréat en études de l’environnement à l’université de Regina.

Andrew Scheer

Député fédéral pour Regina—Qu’Appelle entre 2004 et 2017 et président de la Chambre des communes du Canada de 2011 à 2015, Scheer est chef du Parti conservateur du Canada depuis 2016.

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Malgré son fort accent en français, langue qu’il ne maîtrise pas encore, Andrew Scheer réussit, plus ou moins, à se faire comprendre.

Elizabeth May, l’anglophone unilingue

Elizabeth May, née le 9 juin 1954 à Hartford dans le Connecticut. Sa famille s’est installée à l’île du Cap-Breton en Nouvelle-Écosse en 1972. May a obtenu son diplôme de droit du Dalhousie Law School en 1983.

Elle a déménagé par la suite à Ottawa et y a étudié la théologie à partir de 2004 à l’Université Saint-Paul d’Ottawa afin de devenir prêtre. Faute de temps, May a dû abandonner ses études, mais elle a reçu un doctorat honoris causa en théologie de l’Atlantic School of Theology en 2015.

En 2006, May a été élue chef du Parti vert du Canada. Lors des élections de 2011, elle est devenue la première députée élue du Parti vert.

Elizabeth May

C’est en tant qu’adulte qu’Élizabeth May a suivi des cours de français. Malgré sa prononciation particulière et ses connaissances limitées de la langue, elle arrive tant bien que mal à faire passer son message la plupart du temps.

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Son cas s’apparente à celui d’une personne qui a étudié le français plus tard dans la vie ou à un(e) élève qui aurait suivi des cours de français cadre et tout oublié par la suite.

Les minorités francophones hors Québec

On pourrait déplorer l’absence de la minorité francophone hors Québec parmi les candidats, mais, lors du débat du 10 octobre, il y a eu des questions de la part de M. Marc Gravel, un francophone de la grande région de Toronto, et de M. Philip Marcil de Moncton au Nouveau-Brunswick.

De plus, Chantal Hébert, analyste politique franco-ontarienne, a partagé ses commentaires tout au long des élections sur les ondes de Radio-Canada.

Point n’est besoin de dire que le français de bien des membres des communautés minoritaires est aussi bon que celui des Québécois même s’il existe quelques différences. Il y a de quoi remettre en question les dires de certains soi-disant «experts» qui critiquent la qualité du français des francophones hors Québec et qui les croient presque tous disparus…

L’avenir de la Loi sur les langues officielles

Après 50 ans d’existence, quel est le bilan de la LLO? Il reste encore, sans nul doute, du chemin à faire, surtout dans plusieurs entreprises, chez certains de nos élus et dans l’esprit de quelques individus. Une modernisation de la loi est donc nécessaire.

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Mais le fait que tous les candidats des élections fédérales parlent français à des degrés divers, situation assez représentative du bilinguisme au Canada, et que les francophones et les francophiles du pays souhaitent améliorer la LLO pour qu’elle défende mieux leurs intérêts et la langue française, témoigne de l’importance qu’ils accordent au français, au bilinguisme et à la dualité linguistique au Canada.

Aujourd’hui, les Québecois et les Québécoises forment une nation au sein d’un Canada uni. Et le Canada, de par, entre autres choses, ses valeurs, dont le bilinguisme, se distingue des États-Unis.

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