Dernier volet de la trilogie gaie de Denis-Martin Chabot


20 novembre 2007 à 21h10

Après Pénitence et Manigances, Denis-Martin Chabot livre Innocence, le dernier volet de sa trilogie mettant en scène des supers mecs québécois, dont certains se croisent dans le Village gai de Montréal.

Comme le récit oscille entre 1985 et 2003, entre New York, l’Estrie, Montréal, Halifax et l’Afghanistan, le lecteur est constamment ballotté d’un drame à l’autre, des événements du World Trade Center à la guerre en Afghanistan, en passant par le tabassage des tapettes et les ravages du sida.

Le roman met en scène toute une kyrielle d’homme gais: Bertrand, Patrick, Mathieu, Alexandre, Imonfri, George, Peter, etc. Ce sont tous des «beaux spécimens de mâles bien découpés». La description suivante s’applique presque toujours à chacun de ces mecs: «Massifs, puissants et bronzés, ses biceps et triceps sont gonflés, ses pectoraux saillants, son ventre en planche à laver, ses fesses rondes et dures et ses cuisses et mollets musclés tels ceux d’un nageur.» Ce genre de description permet à Denis- Martin Chabot de porter un regard critique sur le bien paraître qui obnubile le milieu gai. Il écrit d’ailleurs que «la communauté gaie voue presque un culte à la jeunesse […] après 30 ans, point de salut pour un homme gai».

Chabot aime jongler avec les mots et les métaphores. Il ne se prive pas de cette technique lorsqu’il doit décrire une baise. Après une longue absence, l’acteur Bertrand revoit son amant Patrick, qui est courtier, et la scène au lit regorge de références financières. La forêt pubienne devient «un beau portefeuille…, le capital grossit en valeur…, la langue plonge dans le principal… qui devient tout fin prêt pour le placement ».

À n’en point douter, Patrick est «une valeur sûre»! Lorsque le jeune Alexandre fait l’amour avec le soldat Mathieu, le romancier ne résiste pas à la tentation d’utiliser les métaphores militaires pour décrire cette scène: «Le canon de Mathieu explose à grands coups dans le petit silo à missiles bien étroit d’Alexandre au terme d’une longue, éreintante et chaude, mais combien satisfaisante, séquence de détonation.»

Chabot cisèle ses mots et polit son texte pour le rendre le plus stylisé possible. Ainsi, il écrit que Bertrand demande un avis à son entraîneur physique «sur une question non pas de muscles, mais sur la question musclée de l’amour, une question non pas de conditionnement physique, mais de condition du coeur et de l’âme». Au-delà des envolées érotiques et des jeux de mots, l’auteur fait évoluer son intrigue et ses personnages pour aborder des thèmes comme l’amitié, l’amour et la fidélité, vues et définies par la gent homosexuelle. Il évoque aussi les peurs qui hantent les gais, celle de vieillir, celle d’être seul et celle d’être malade.

Enfin, un des personnages permet à Chabot de traiter avec une rare intensité de l’homophobie latente et intériorisée qui peut caractériser certains hommes. Ce dernier volet d’une trilogie gaie nous fait découvrir un écrivain qui ne demeure jamais passif devant un fait, un événement, une réalité sociale ou sexuelle.

Nous retrouvons la passion du journaliste dans l’âme du romancier. Denis-Martin Chabot a été journaliste de la télévision d’État dans l’Ouest canadien, en Ontario, dans les Maritimes et maintenant à Montréal.

Denis-Martin Chabot, Innocence, roman, Paris, Éditions Textes Gais, 2007, 200 pages.

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