De petits gestes lourds de conséquences

"Caché" de Michael Haneke

Daniel Auteuil et Juliette Binoche.

21 février 2006 à 14h28

Lourd comme un passé trouble chargé de souvenirs, le mystérieux Caché du cinéaste Michael Haneke se démarque par son atmosphère tendue qui enveloppe chaque scène du film d’un suspense énigmatique. Tel un mauvais rêve laissé en cours, le film viendra hanter le spectateur, même longtemps après sa projection.

Ce thriller psychologique chargé politiquement est mené d’une main de maître par le cinéaste autrichien, auteur du célèbre Pianiste. Cinq années plus tôt, Code inconnu du même Haneke, venait déjà donner le ton avec ses séquences superposant la réalité d’un couple bourgeois, à celle, moins glorieuse, de familles roumaines et slovaques tentant de se reconstruire dans des contrées ravagées par la guerre et par la pauvreté.

Caché, qui, faute d’avoir obtenu la Palme d’or au dernier festival de Cannes, s’est tout de même mérité le Prix de la mise en scène, rappelle curieusement Code inconnu, ne serait-ce que dans son portrait d’une fracture sociale entre bourgeois en puissance et laissés-pour-compte.

Cependant, cette fois-ci, les vérités capturées sur pellicule sont filmées de façon moins déconcertante, plus clinique, oppressante, et donc, plus aboutie, parce que finalement, plus proche de nos vies.

Le malaise s’installe au fur et à mesure chez le spectateur pour ne plus le quitter. Tout commence par une scène bénigne: une rue en apparence paisible située dans l’un des beaux quartiers de Paris. Des passants pressés de se rendre au travail la traversent au hasard. En arrière-plan, une petite villa entourée de verdure se perd à moitié parmi les autres immeubles.

Tout pourrait aller pour le mieux dans le meilleur des mondes si ce plan ne faisait pas partie d’une vidéo que reçoivent Georges (Daniel Auteuil) et Anne (Juliette Binoche). Cette première cassette et bien d’autres à venir sont à chaque fois déposées, en bonne et due forme, dans un sac plastique sur le pas de leur porte.

Georges et Anne Laurent font partie des ces Parisiens aisés qu’on appelle communément les «Bobos». Bourgeois bohèmes, ils vivent une existence bien tranquille à l’abri de toute préoccupation matérielle. Lui est animateur d’émission littéraire, elle, travaille pour une maison d’édition. Leur vie à tous les deux va néanmoins basculer au fur et à mesure que les vidéos se multiplient et s’accompagnent de dessins inquiétants.

À partir de là, un duel, celui de la mémoire collective contre la mémoire individuelle, va prendre le dessus. Le souvenir, celui d’une faute passée, remonte lentement à la surface. Quand il avait six ans, Georges a fait chasser de chez lui Majid, une jeune Algérien que ses parents avaient décidé d’adopter à la suite d’un événement tragique: une manifestation du FLN (Front de Libération national) réprimée par la police française à Paris. On estime que, pour se débarrasser de ces protestataires jugés embarrassants, les forces de l’ordre françaises auraient jeté et noyé entre 200 et 300 Algériens dans la Seine.

Culpabilité, mensonges, grandes et petites lâchetés venant bouleverser le cours de l’Histoire: Haneke revisite avec subtilité un épisode méconnu de la guerre d’Algérie.

Plus largement, le film en dit long sur les rapports tendus entre la classe dominante et celui qu’on perçoit comme l’étranger (dans ce cas, Majib, ou encore un jeune noir en vélo que Georges interpelle violemment dans la rue).

Dans leurs rôles respectifs, les comédiens sont criants de justesse et de vérité: Juliette Binoche, Daniel Auteuil, mais aussi Majid (Maurice Bénichou) qui se comporte avec toute la dignité d’un ouvrier déclassé, pauvre, mais néanmoins fier de ce qu’il est. Chaque pays a ses zones d’ombre et Haneke fournit des pistes, pas de réponses. C’est à chacun de juger qui est le coupable et la victime, dans une scène finale, brutale et choquante, qui laissera plus d’un spectateur sous le coup. Qui est l’auteur de ces mystérieuses cassettes? Est-ce Majid, son fils? Le mystère restera entier jusqu’à la dernière minute et l’on ressort de la salle avec plus de questions que de réponses. Et c’est peut-être mieux ainsi.

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