Daniel Soha : le roman personnel de quelqu’un d’autre

Rencontré au Salon du livre de Toronto

Daniel Soha au Salon du livre de Toronto 2019.
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Né en France de parents d’origine hongroise, le Torontois Daniel Soha est l’auteur de cinq romans, tantôt teintés d’anecdotes personnelles, tantôt de récits de fiction pure.

Lauréat du prix Christine-Dumitriu-Van-Saanen l’an dernier, il a également été deux fois finalistes du prix Trillium de l’Ontario.

Prix Christine Dumitriu Van Saanen
Daniel Soha, prix CDVS 2018, avec Gabriel Osson, le président de l’AAOF.

La mort de son père

Lorsque son père est mort, Daniel Soha, alors directeur de l’Alliance française de Singapour, commence à rédiger une page sur cet événement tragique, un récit qui se devait d’être irréprochable.

«Je voulais que cette page soit parfaite du point de vue de l’émotion, du style, etc. J’ai mis 12 ans pour l’écrire. Lorsque je me suis dit que j’avais atteint la perfection, j’ai commencé à déverser mes mots. Ça m’a ouvert les vannes de l’écriture.»

Daniel Soha

Premiers pas maladroits

L’auteur considère cependant que ses premiers pas dans l’écriture étaient maladroits.

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«Les Chroniques Tsiganes I  étaient mon premier roman. C’était un récit très personnel axé sur la mort de mon père. Mais c’était mauvais, je l’ai écrit comme un règlement de compte: je parlais à tout le monde et, du coup, je ne m’adressais à personne. Aussi, j’avais gardé un style très éditorial.»

Pour ces raisons, Daniel Soha, des années après, a décidé de réécrire ce premier livre, dont la réédition s’intitule Chroniques Tsiganes II, dans une optique toute autre. «Cette fois-ci, je m’adresse à un public différent, je veux parler à quelqu’un en particulier.»

À travers les aventures de son alter ego David, il raconte la saga épique de sa famille marquée à son insu par le légendaire héros populaire américain Joe Magarac.

Les auteurs Daniel Soha, Frédric Gary Comeau et la présentatrice Aimé Majeau Beauchamp, au Café des littéraires du Salon du livre de Toronto 2019.

Journal intime

L’histoire de son roman Le manuscrit, publié sous le nom de Christel Larosière, reste cependant l’une des plus inattendues.

«J’étais obsédé par le manuscrit qu’un ami de longue date avait écrit, mais c’était un journal intime, il n’avait aucune chance d’être publié. Il fallait en faire une histoire plus romancée.»

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Ainsi, pour rendre ce récit moins personnel, Daniel Soha a choisi de se mettre dans la peau d’un personnage qui aurait pu tomber sur ce manuscrit avant de le publier anonymement, accompagné de ses propres réflexions.

Dans la peau d’une prostituée

«Comme le bouquin était une ode aux femmes, je me suis dit que ça ne pouvait être qu’une femme qui avait pu le compléter. Je me suis alors mis dans la peau d’une prostituée qui découvrirait le manuscrit en se demandant lequel de ses clients avait bien pu écrire cela.»

Cette histoire cocasse fut l’occasion pour Daniel Soha d’explorer un nouveau point de vue dans ses romans. «Je trouve que le génie c’est d’avoir la capacité de se mettre dans la tête de quelqu’un qui soit autant différent que vous.»

Ce récit a représenté la consécration d’une forte amitié entre les deux auteurs qui ont entretenu une confiance réciproque et un respect du manuscrit d’origine.

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Cependant, un doute résidait dans la façon de signer le bouquin. «Je ne pouvais pas signer un ouvrage que je n’avais pas écrit moi-même, d’où le choix de Christel Larosière.»

C’est donc avec fantaisie et humour que l’auteur poursuit sa route dans l’écriture.

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