Cinq photographes réinventent le sens de l’art


9 mai 2006 à 12h28

À Toronto, la 10e édition du festival Contact, une manifestation dédiée à la photographie, regroupe 180 artistes et photographes qui exposent leurs œuvres dans un peu plus de 170 endroits différents: cafés, galeries, coins de rues, stations de métro et abribus transformés en autant de lieux d’exposition. Pour l’occasion, L’Express vous présente cinq artistes francophones dont les travaux ont été sélectionnés dans le cadre du festival.

Mais qui est véritablement Bruno Rosier? Un détective privé engagé sur les pas d’un mystérieux inconnu, un cartographe de la mémoire obsédé par le passage du temps, ou, tout simplement, un collectionneur obsolète qui prendrait un malin plaisir à amasser des photos d’étrangers.

Il y a un peu de tout ça dans le vrai Bruno Rosier, qui affirme, tout sourire, signer ses livres sous différents pseudonymes, s’amusant ainsi à brouiller les pistes jusqu’au vertige. Pour les besoins d’un projet photographique commencé dans les années 1990, Bruno Rosier s’est lancé dans une incroyable odyssée, sur les traces d’un mystérieux R.T.

Son exposition, Un État des lieux ou la mémoire des parallèles, présentée à l’Alliance française jusqu’au 14 juillet, donne à voir le compte-rendu de ce périple.

Pour Bruno Rosier, l’aventure commence en 1992 avec la découverte de 25 vieilles photos en noir et blanc, trouvées au hasard d’un étal de marchand aux puces de St-Ouen, près de Paris. Chutes du Niagara, pyramides d’Égypte, pont de Brooklyn, avec, en toile de fond, la silhouette de Manhattan: on voit le même inconnu poser devant les sites célèbres du monde entier. Les photos de l’album datent de 1937 à 1953 et, au dos des clichés, figurent simplement les initiales R.T.

De là naît l’idée – au départ, un peu folle – de se lancer sur les traces de ce mystérieux inconnu. Bruno Rosier entreprend un voyage autour du monde qui le conduit à se faire photographier aux mêmes endroits où R.T. s’était rendu quelque 50 ans plus tôt. Au fur et à mesure de la visite dans la galerie, un phénomène, lui aussi tout aussi mystérieux, se produit. Effet de mimétisme ou pas, le spectateur commence à s’approprier les photos de l’exposition.

Après tout, chacun de nous a un jour posé devant les chutes du Niagara ou tout autre site touristique. «Ce sont des images à la fois anonymes et facilement reconnaissables. Elles nous appartiennent à tous, commente Bruno Rosier. Ensuite, moi je disparais assez facilement et c’est à chacun de s’inventer sa propre histoire».

Un État des lieux de Bruno Rosier, présenté à l’Alliance française, 24, rue Spadina. Du 2 au 26 mai et du 14 juin jusqu’au 14 juillet. Tél: 416-922-2014.

Si Bruno Rosier a pour ambition de capter l’état du monde au travers de ses clichés, le projet du photographe montréalais Nicolas Baier est tout aussi dantesque. «Mon vaste dessein utopique, c’est d’arriver à cerner toutes les époques de la peinture avec la photo», explique-t-il, au détour d’une conversation.

On le retrouve d’ailleurs dans une petite galerie de Dundas Ouest où sept de ses œuvres sont exposées. L’artiste de 38 ans, dont la réputation n’est plus à faire dans le milieu de l’art montréalais, part d’objets de la vie quotidienne – un comptoir, une vitre brisée, une branche d’arbre – pour les transformer en tableaux aussi beaux que des poèmes.

Se dégage de ses oeuvres une impression de fluidité évanescente, un univers pictural qui s’apparente au rêve des peintres symbolistes aussi bien qu’à la littérature fantastique. On pense ici et là à Edgar Allan Poe, au miroir d’un univers à perspectives multiples, alors que le photographe s’empare d’objets prélevés dans son environnement immédiat.

Tel est le cas de Menteur, un vieux miroir lézardé, parsemé de cicatrices. Accroché aux murs de la galerie, ce dernier ressemble à une plante organique qui se serait mise à pousser dans la toile. Ici comme ailleurs, la technique utilisée par Baier est pour le moins originale. Pour les besoins son travail, ce dernier scanne, parcelle par parcelle, l’objet en question.

Le traitement de l’image laisse apparaître un paysage d’un genre nouveau, grand tableau abstrait qui fait penser à une montagne, un accident du paysage (Steamé), alors que l’artiste a en réalité numérisé un vieux comptoir de bar abîmé. Un résultat saisissant pour un jeune visionnaire qui a troqué son pinceau contre un scanner et utilise des logiciels de traitement de l’image en guise de chevalet. À voir absolument.

Traces de Nicolas Baier, à la galerie Jessica Bradley, 1450 Dundas Ouest, jusqu’au 27 mai. Tél: 416-537-3125.

Cette année, le thème du festival Contact, Imaginez une culture globale, a donné à l’artiste multimédia Nicole Croiset l’idée de réaliser un triptyque qui explorerait la gestuelle des mains comme langage universel. Le résultat de son travail est présenté au laboratoire de BRAVO-Sud jusqu’au 20 mai.

Un grand panneau de film semi-transparent, divisé en trois sections, symbolise trois éléments différents: la terre, allégorie de la paix, l’eau, associée à la vie, et enfin, l’air, allégorie de la vitesse et de la lumière. Sur ces mêmes sections viennent se projeter des images d’ordinateur qui représentent une femme enceinte, un geste tendre, ou, encore, une poignée de mains.

«Dans tous les cas, ce sont des images communes à toutes les cultures. Leurs codes parfois changeant expriment différentes émotions, différentes pensées», souligne Mme Croiset pour qui c’est la première participation à Contact. L’artiste torontoise Jocelyne Belcourt Salem vient se joindre à Nicole Croiset pour proposer une installation vidéo qui évoque la dynamique des rêves, envisagée dans le contexte de la langue maternelle.

Culture intime, Jocelyne Belcourt Salem et Nicole Croiset, Laboratoire BRAVO-Sud, 55, rue Mill, tél: 416-861-1853.

À sa façon, la Franco-Ontarienne Lise Beaudry propose elle aussi un voyage dans l’intime. Une vingtaine de photos en noir et blanc, non seulement les visages des amies de sa mère, Yvette, mais aussi les témoignages retrouvés au dos de ces mêmes photos, viennent tapisser les murs de la galerie Céline-Allard.

«J’ai retrouvé ces photos dans des vieilles boîtes ou encore dans de vieux albums», explique Lise Beaudry à propos de sa démarche. «Toutes ces femmes-là ont côtoyé ma mère à l’Académie, une institution religieuse qui, dans les années 60, formait les futures enseignantes et infirmières. Ce qui m’intéressait, c’était non seulement le regard de ses femmes, mais aussi le verso, l’écriture, le vécu de la photo en tant que telle», justifie la jeune artiste.

Les photos de Maria Legault, exposées aux côtés de celles de Lise Beaudry, ont pour effet de mêler le passé au présent. On y retrouve toujours Plus One. Avec lui, Maria Legault entretient une relation chaotique qui l’a mené des joies du mariage aux affres d’un divorce imminent. Une série de sept photographies la montrent en compagnie de sa marionnette, dans les moments de passion, en train de lui mordiller l’oreille ou, encore, à dos d’âne lors d’un voyage à Jérusalem.

Les clichés viennent tourner en dérision la notion d’amour romantique. Le travail de la jeune artiste fait écho à des préoccupations bien contemporaines. Selon Maria Legault, il est parfois difficile pour la jeune génération de trouver l’âme soeur tant vantée par la société de consommation. Dans ce contexte, Plus One fait office de parfait remplaçant, mais, même avec lui, l’illusion dure seulement un temps…

Relation intime, Lise Beaudry, Maria Legault, galerie Céline-Allard, 20 Lower spadina, jusqu’au 28 mai. tél: 416-861-1853.

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