Cinq mythes sur la Corse

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«La Corse, c’est en Sicile, non?» Non! Mais cette erreur d’amis qui ont pourtant beaucoup voyagé est typique. Peu de Nord-Américains connaissent bien la Corse, une île bien plus proche de la Sardaigne que de Marseille.

Établissons d’abord que la Corse fait autant partie de la France que Nice. La Corse n’est pas une colonie. Voici d’autres concepts erronés que je partageais au moins un peu avant de visiter l’endroit.

1. C’est surtout montagneux, et la côte est rocheuse. Les panoramas sont spectaculaires, mais la nature est austère. Totalement faux. C’est la plus belle île de la Méditerranée, elle est de plus luxuriante et variée. La côte de 1000 km recèle des anses rocheuses et des plages de sable blanc qui baignent dans de l’eau de couleur turquoise, cobalt ou émeraude.

Au centre de l’île, près de Corte, l’ancienne capitale, on trouve des forêts de pin, des lacs de montagne et des rivières, de même que des chutes et des gorges. À l’Hôtel Colonna, devant la gorge Restonica, des chambres donnent sur la rivière en furie; alors que le restaurant sert de la truite locale.

Ces montagnes de calcaire et de granite ont formé l’identité culturelle et l’âme même des Corses. Ils ont vécu dans des forteresses de montagne pendant des centaines d’années, car il était trop dangereux de vivre près de la mer.

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2. C’est un endroit violent, plein de bandits et de terroristes séparatistes. Des bandits, non. On y trouve même pas les pickpockets qui ruinent les vacances des touristes dans tant de coins de l’Europe. La criminalité est faible. Le séparatisme, qui a commencé dans les années 1970, est presque mort. Ce que les Corses veulent est la reconnaissance de leur culture et de leur langue.

Alors, pourquoi ces bombes qui visent des bureaux d’agents immobiliers qui vendent des terrains à des étrangers? Les poseurs de bombes – personne ne les connaît – envoient des messages qui prétendent que leur motif est de réserver la Corse aux Corses.

Par contre, la plupart des gens disent que c’est plus compliqué, que c’est une question de gros sous et de luttes de pouvoir du crime organisé. Le plus souvent, les lieux attaqués ne sont pas habités, il ne faut donc pas s’inquiéter. «Il y a des rackets de la protection, mais nous vivons dans un environnement assez relax», dit Tamara Antonini, une guide touristique et chanteuse d’airs traditionnels corses.

«Les vieux révolutionnaires plein d’idéaux ont décroché il y a quelques décennies, ils sont maintenant impliqués dans la culture, l’enseignement de la chanson traditionnelle ou de l’artisanat», explique-t-elle. Nous sommes attablés à un café à flanc de montagne dans le village de Pigna.

Restoré il y a 30 ans, Pigna est devenu un centre pour les musiciens de toute la région de la Méditerranée. Ils viennent pour les festivals de musique et certains utilisent le studio d’enregistrement.

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3. Les gens sont têtus et soupçonneux. Certes, plusieurs préposés d’hôtels et serveurs sont brusques, comme partout ailleurs. Mais parlez aux gens et appréciez leur esprit et leur raffinement. Beaucoup de Corses ont voyagé, particulièrement vers le «continent», le nom qu’ils donnent à la France continentale.

«Nous sommes des Méditerranéens», explique Tamara Antonini. «On se sent près des Italiens. L’histoire de notre île est compliquée.» Oui, très compliquée. Après avoir été attaquée par une puissance régionale après l’autre – par les Romains, les Carthaginois, les Goths – la Corse se retire de l’empire Byzantin, avant de subir les raids des Maures pendant des centaines d’années. Les Gênois contrôlent l’île pendant près de cinq siècles à partir de 1284. En 1769, la Corse est cédée aux Français, l’année même de la naissance de Napoléon.

Durant la Seconde guerre mondiale, les Corses se battent courageusement, et leur île est la première portion de la France à être libérée. Le maquis, cette végétation d’arbrisseaux touffus et parfumés, qui couvre la moitié de l’île, a donné son nom à la Résistance française.

Il se peut que 750 années d’influence française et italienne soient responsables d’une partie du style inné et du bon goût qu’on voit partout. Il y a aussi la nourriture – poissons et légumes frais, prosciutto et autres jambons fumés, fromages de chèvre et de brebis. C’est une cuisine rurale qui combine des saveurs de France et d’Italie.

4. La plupart des gens parlent le corse, une forme d’italien. Plus maintenant. La langue corse a été pratiquement effacée par le gouvernement français. Mais en 1991, la France a changé de politique, et le corse est enseigné dans les écoles. Tout le monde parle bien le français.

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5. Napoléon est adoré. Oui et non. Il est la superstar de la Corse et sa gloire est éternelle. La maison de Napoléon, devenue un musée, attire des foules dans la capitale, Ajaccio. Néanmoins, le père fondateur de la Corse est Pasquale Paoli.

Contrairement à Napoléon, qui était heureux de voir la Corse devenir française, Paoli a essayé de libérer l’île et de lui donner une constitution. En 1755, il faisait de Corte la capitale. La Corse s’est battue avec succès contre Gênes jusqu’à la défaite de 1769. Paoli part alors en exil à Londres; il y reçoit une pension de George III.

En janvier 1794, encouragée par Paoli, la flotte de Grande-Bretagne, menée par Lord Nelson, attaque et occupe une partie de l’île, mais cela ne durera qu’un peu plus d’un an. Aujourd’hui, la Corse est essentiellement française et italienne, et ses touristes aussi.

Article traduit de l’anglais par Benoit Legault

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