Cinémigrations dans l’air pour l’Union Européenne

Le joueur d'échecs


6 novembre 2017 à 10h00

Tenez-vous prêts! Du 9 au 23 novembre, 28 longs-métrages et 6 courts venus des pays membres de l’UE seront projetés au cinéma Le Royal sur la rue College lors du 13e festival du film de l’Union Européenne. Hormis les jours de l’ouverture et de clôture, ou seule une œuvre sera projetée, les séances auront lieu, comme pour les précédentes éditions, deux fois par jour, à 18h et à 20h30.

Pour ceux qui ne connaissent pas le festival, L’Express a rencontré Jérémie Abessira, le directeur, qui nous en a expliqué les buts et fonctionnements: «Il s’agit bien sur de promouvoir l’UE comme partenaire culturel, ainsi que la diversité des pays membres, lors d’un évènement inclusif qui expose les cinémas locaux.»

«Beaucoup de torontois ont un héritage européen direct et/ou sont quotidiennement confrontés à d’autres citoyens ayant un héritage européen direct», poursuit-il. «L’idée est de mettre en lumière ces différences, en soulignant l’ensemble qu’elles forment par rapport à la culture nord-américaine, dans un esprit éducatif et rassembleur. Ce n’est pas une logique commerciale, mais plutôt culturelle, de promouvoir un cinéma qui n’est pas ou très peu disponible dans les salles habituelles ici, de faire voyager les gens, leur faire comprendre pourquoi leurs collègues et amis européens réagissent différemment à certaines situations par exemple.»

Adult Life
Adult Life

Le festival a la particularité d’être gratuit. Comment réussissez-vous cela, et quelles sont les difficultés liées à cet effort?

«Pour demeurer totalement gratuit, le festival est financé en grande partie par des commanditaires, mais aussi par des instances locales comme les consulats, ambassades et agences culturelles et économiques, dont c’est le mandat de promouvoir leur pays.

C’est aussi une des rares opportunités de faire travailler les consulats ensembles, ce qui n’est pas toujours une chose très simple.

La gratuité des billets implique malheureusement une longue file d’attente pour pouvoir entrer dans la salle, et souvent des déceptions pour les spectateurs arrivés tardivement car celle-ci se remplit vite.

Cette année, nous avons ajouté la possibilité de réserver ses places en ligne pour $10, pour ceux qui ne souhaitent, ou ne peuvent pas, faire la queue, ou viennent de très loin pour voir un film par exemple.

Ce nombre de places reste toutefois limité, car nous tenons vraiment à ce que la majorité des billets restent offerts. Après tout, la file d’attente est un excellent moyen de faire de nouvelles rencontres et d’échanger sur les cultures, ce qui est aussi un des buts du festival.

C’est également la raison pour laquelle nous restons au cinéma Le Royal: sa situation géographique est idéale pour nous, car il se trouve au beau milieu d’un quartier très communautaire, rempli de petits commerces familiaux, de restaurants et cafés, qui donnent une ambiance de village rassurante et permettent aux spectateurs de ne pas seulement venir voir un film, mais aussi de passer toute une soirée au même endroit, avec des activités différentes et complémentaires, dans un esprit très européen, à l’échelle humaine.»

Amerika Square
Amerika Square

Ne craignez-vous pas que les projections de films de pays différents chaque jour créent une sorte de communautarisme nationaliste par soirée?

«En fait, c’est plutôt le contraire. Environ la moitié des spectateurs d’un film viennent du pays concerné, mais le reste de la salle est pour la plupart composé d’habitués, de curieux, de fans d’un genre de cinéma – nous avons des gens qui viennent voir exclusivement les films scandinaves par exemple – et de gens invités par la communauté du jour.

En fait nous essayons d’inviter les spectateurs à visiter l’Union Européenne en entrant par une porte et en sortant par une autre, et ça fonctionne: beaucoup de gens viennent voir les œuvres de leur pays, mais une fois sur place, découvrent les autres films et les considérent comme des options intéressantes, puis reviennent les soirs suivants.»

La Tenerezza
La Tenerezza

Comment sont sélectionnées les œuvres projetées ?

«Les films sont sélectionnés par les consulats et instituts culturels, sauf quand la structure de ceux-ci est plus petite et n’a pas de service mandaté. Dans ce cas, le choix passe normalement par l’ambassade, et souvent le film choisi est le même pour les trois versions du festival (Ottawa, Toronto et Vancouver).

Il arrive aussi que je mette ma casquette de programmateur et leur donne un coup de main pour la sélection. Nous essayons d’avoir des films n’ayant pas été projetés à Toronto et qui ne le seront jamais. C’est difficile avec certains pays comme l’Angleterre ou l’Irlande par exemple, à cause de la langue, qui fait que le Canada est un de leurs marchés favoris.

Nous essayons de rassembler tous les critères afin que les longs-métrages soient récents, de qualité, variés, de genres et budgets différents, avec un minimum de comédie aussi. Les festivals internationaux comportent peu de comédies car les pays choisissent plutôt de forts drames pour les représenter. Regardez la sélection étrangère des oscars par exemple.

Belgica
Belgica

Pourtant les comédies scandinaves sont très prisées. Le public aime aussi beaucoup les films historiques. Donc nous avons:

Emilia, le film lithuanien qui se passe en 1972 pendant les manifestations antisoviétiques;

Die Nacht der 1000 Stunden (La nuit des mille heures), le film autrichien qui rassemble des personnages de plusieurs époques dans une histoire de crime, d’amour et de secret de famille;

El jugador de ajedrez (Le joueur d’échecs), nous vient d’Espagne et raconte les aventures d’un ressortissant du pays immigré en France, accusé d’espionnage et prisonnier des nazis pendant la seconde guerre mondiale;

Vlk z Královských Vinohrad (Le loup de la rue des vignobles royaux), de République Tchèque, est une autobiographie de son réalisateur Jan Němec depuis les années 30 jusqu’à aujourd’hui;

Učitelka (Leçons de classes) traite de la peur du parti communiste en Slovaquie en 1983…»

Mellow Mud
Mellow Mud

Y a-t-il un thème directeur pour cette 13e édition?

«Tout à fait. La plupart des œuvres présentées cette année sont assez engagées et ont un lien avec la migration et l’immigration, les passages de frontières, le racisme, l’identité, l’assimilation et l’adaptation.

Nous avons essayé d’équilibrer les quantités entre les drames et les différents genres de comédies pour satisfaire les amateurs des différents genres, tout en conservant des sujets d’actualité et des messages forts.»

Les Ogres
Les Ogres

Hormis Les ogres, le film français, y a-t-il d’autres longs-métrages dans la langue de Molière?

«Très peu cette année. Le Joueur d’échecs se passe en France et comprend donc forcément quelques dialogues dans notre langue.

En ce qui concerne les films belges, nous nous efforçons d’alterner entre la Wallonie et les Flandres, et cette année, Belgica est en flamand et en hollandais. Mammejong est en luxembourgeois, et nous n’avons pas de film suisse car la Suisse n’appartient pas à l’UE.

Vous avez une semaine pour apprendre les langues européennes!»


Pour le programme complet du festival, et si vous souhaitez réserver vos places: http://euffto.com

The Fury
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