Cindy Doire lance La vie en bleu au club Tranzac

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Les biographies d’artistes nous relatent invariablement ces petits coups de pouce qu’ils reçoivent en cours de route – un contact qui mène à un contrat, une rencontre qui donne lieu à une collaboration – et qui leur ont permis de passer de l’anonymat à l’ubiquité ou, tout le moins, à ce qu’il convient d’appeler une carrière.

Chez Cindy Doire, la carrière en question a démarré, non grâce à un coup de pouce, mais… à un coup de pied, du genre qui vous propulse sur la scène – littéralement – du jour au lendemain. L’histoire remonte à deux ans, au Collège Boréal de Sudbury: Cindy, qui gratte déjà la guitare en ébauchant ses premiers refrains en anglais, croise une copine qui organise une soirée littéraire francophone quelques jours plus tard.

«Elle avait l’impression que j’étais une artiste francophone», se souvient-elle en riant. «Elle m’a demandé de chanter deux ou trois chansons en français en début de soirée, et deux ou trois autres à la fin. Entre les deux, il y avait plein de poètes et d’écrivains qui allaient lire leurs textes.»

Pas du genre à se dégonfler, Cindy relève la gageure. «Je me suis mise au travail et j’ai écrit six ou sept chansons d’un coup, la veille et le matin du show.» Des petits trucs simples, admet-elle, aux nombreux emprunts folkloriques, mais assez pour déclencher la chaîne d’événements qui aboutirait à la parution, il y a deux mois, d’un premier CD, La vie en bleu.

Aussi improbable soit-elle, l’histoire n’a rien de surprenant pour ceux qui connaissent la séduisante auteure-compositrice originaire de Timmins, qui a élu domicile à Toronto en août dernier.

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Alors que d’autres artistes soucieux de leur plan de carrière pèsent le pour et le contre de la moindre décision, Cindy aborde la vie à la manière d’un personnage de Kerouac, quitte à se laisser porter par le hasard et la chance – ce qui, dans son cas, équivaut à la même chose.

«Je cherche toujours l’aventure», reconnaît-elle. «J’ai déménagé à Vancouver à 17 ans. J’ai habité au Mexique pendant un bout de temps. J’ai enseigné à Cuba. Et chaque fois que je suis en voyage, je rencontre des musiciens. Je chante avec eux, je cherche l’inspiration. C’est comme ça que j’ai appris la musique: en m’entourant de gens qui étaient meilleurs que moi!»

Malgré leurs apparences d’éternels déracinés, tous les bourlingueurs portent en elles quelque chose de l’enfance, une espèce de talisman qui, le moment venu, leur montrera la voie à suivre. Chez Cindy, il s’agit d’une guitare que lui avait offerte son père Camil, un rockeur au cœur tendre qui est décédé quand elle était jeune. C’est à l’influence paternelle qu’elle doit non seulement son amour de la musique, mais aussi de sa langue. «Mon père venait de Montréal. À la maison, il nous disait toujours: “Parlez français!”, mais on ne l’écoutait jamais.» C’est seulement à l’université que Cindy dépoussière enfin l’instrument. «Aujourd’hui, non seulement je chante avec la guitare qu’il m’a donnée, mais je chante en français.»

Par sa palette acoustique mi-roots, mi-jazz et sa façon de nous raconter ses histoires comme on confie des secrets au creux de l’oreille, La vie en bleu n’est pas sans évoquer l’univers feutré de Norah Jones – ce qui augure bien, quand on sait le prodigieux succès que connaît la chanteuse américaine. Pourtant, Cindy sait bien que son identité d’interprète est liée à sa double identité linguistique. «Quand je chante en anglais, c’est beaucoup plus bluesy, plus rauque. Mais en français, ça doit être plus sexy, parce que la langue est plus romantique. Et l’inspiration pour mes nouvelles chansons m’est venue en me “reconnectant” avec le français».

Même si elle admet qu’une «bataille de langues» se mène encore dans son cerveau longtemps habitué à l’anglais, son répertoire actuel a une plus forte résonance émotionnelle. «Quand je chante en français… it feels right», confie-t-elle. «Il y a une émotion rattachée à la langue qui est plus près de mon cœur».

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Curieusement, les musiciens qui peignent avec brio les canevas sonores sur lesquels Cindy pose sa voix sont majoritairement des anglophones unilingues, recrutés au sein de la riche communauté folk torontoise. «C’était vraiment une expérience pour tous les musiciens, de trouver l’émotion qui allait avec chaque chanson. Je leur décrivais la situation en quelques mots, et ils étaient capables de jouer quelque chose qui allait parfaitement. C’était très expérimental, cette façon de communiquer avec la musique plus qu’avec la langue.»

Grâce à son indéniable charisme, Cindy investit depuis quelques mois la scène torontoise avec une fréquence que lui envieraient bien des artistes, toutes langues confondues. Et si les étoiles s’alignent, elle compte entraîner ses musiciens dans une tournée d’été au Québec, dont l’itinéraire serait dicté par les rendez-vous impromptus résultant du réseautage. Car Cindy, en bonne citoyenne du XXIe siècle, habite la galaxie Myspace, où elle multiplie les contacts personnels et professionnels.

En jouant les saltimbanques qui cherchent l’aventure avant le cachet, Cindy Doire revendique une approche qui relève de l’anachronisme, voire de l’anarchie. On ne peut que lui souhaiter d’avoir raison. Ce serait de bon augure pour tous ces artistes qui ont compris que leur bonne étoile ne fréquente pas nécessairement les plateaux de Star Academie.

Cindy Doire lancera La vie en bleu dans le cadre de Rencontres en chansons, le samedi 12 mai au club Tranzac (292, avenue Brunswick, métro Spadina ; 416-923-8137) Entrée libre. À noter qu’en première partie se produira l’artiste franco-ontarien Michel Paiement.

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