Centre de la francophonie des Amériques: un changement de cap qui inquiète

Nomination «politique» du gouvernement Legault

francophonie
Denis Desgagné
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C’est cette semaine que le président-directeur général du Centre de la francophonie des Amériques, Denis Desgagné, est remplacé par la haute fonctionnaire Johanne Whittom, sur décision du nouveau gouvernement québécois de François Legault, qui a pris tout le monde par surprise le mois dernier.

Mme Whittom est moins connue des communautés en milieu minoritaire. Ce changement annoncerait-il un repli à leur égard?

Un coup de téléphone

Pourtant encensé par tous ses collaborateurs et en poste depuis huit ans, Denis Desgagné a fait des adieux de façon précipitée à son équipe du Centre de la francophonie des Amériques.

Johanne Whittom (Photo: LinkedIn)

«C’est arrivé très vite. Je n’ai pas eu beaucoup de temps. J’ai reçu un appel m’apprenant la nomination d’une nouvelle PDG, puis j’ai pris quelques minutes pour avaler, recevoir et digérer cette information. En 15 minutes, j’ai dû annoncer la nouvelle à mon personnel», relate-t-il.

Denis Desgagné n’exprime pas pour autant d’amertume. «J’ai eu le privilège d’exercer deux beaux mandats. J’espérais poursuivre mon travail, mais l’organisation est plus importante que l’individu. Il y a tellement de beaux projets en cours.»

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Nouvelle direction encore floue

Sidérée, Marie-France Kenny, ancienne membre du conseil d’administration du CFA de 2009 à 2015, cherche à comprendre.

Fransaskoise
Marie-France Kenny

«Pourquoi changer la vision actuelle? Est-ce qu’on veut reculer, couper le financement? Personne d’autre que Denis Desgagné n’a une vision aussi rassembleuse et éclairante. Alors que l’organisme avait fait des pas de géant, on prend un sérieux recul en nommant une personne qui ne connaît pas du tout les communautés francophones. C’est comme si on balayait d’un revers de la main tout ce qui avait été accompli.»

Pour la Fransaskoise, décorée de l’Ordre des francophones d’Amérique, la décision s’apparente à une «nomination politique qui donne un autre coup dur à la francophonie». Selon elle, le CFA souffre d’un sérieux problème de gouvernance, puisque le conseil d’administration avait fortement recommandé de renouveler le mandat de Denis Desgagné.

Une note de A+

Luc Doucet, représentant de l’Acadie au conseil du CFA, témoigne: «Nous avons appris la nouvelle par les médias. Nous sommes très, très surpris du départ de Denis Desgagné. Le conseil avait donné une note de A+ pour son évaluation.»

représentant de l’Acadie au conseil du CFA
Luc Doucet

Le directeur général de l’Association des aînés francophones du Nouveau-Brunswick et président du Richelieu International souligne par ailleurs «la façon assez cavalière» dont le conseil a été traité. «Ce n’est pas acceptable», juge-t-il.

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«Le CFA est devenu un outil extraordinaire pour la visibilité du Québec, du Brésil jusqu’au fin fond du Yukon», observe Luc Doucet. Le Centre de la francophonie des Amériques serait-il donc rapatrié dans le giron du gouvernement québécois?

Pour ne pas froisser Doug Ford?

La décision est peut-être plus politique encore. «Les rumeurs disent que quelqu’un dans le bureau d’un ministre a été très agacé par l’intervention de Denis Desgagné dans les médias suite aux décisions du gouvernement de Doug Ford en Ontario», évoque le membre du conseil. «On se pose sérieusement des questions.»

En réaction, les membres du conseil, incluant Zachary Richard, ont menacé de démissionner en bloc et ont demandé à rencontrer le premier ministre François Legault.

Assemblée communautaire fransaskoise
Denis Simard

Du côté des organismes francophones, l’incompréhension règne tout autant: «Notre niveau de frustration est très élevé», commente Denis Simard, président de l’Assemblée communautaire fransaskoise. «Avec le départ de Denis Desgagné, nous perdons un allié sur le développement de nos communautés francophones.»

Pour le responsable, ce changement pourrait affecter les rapports entre le Québec et la francophonie canadienne. «Nous étions ravis de voir la participation du Québec par l’entremise du CFA. La direction était très positive et participative. Est-ce que les pratiques vont changer?», s’interroge-t-il.

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Dans l’Est, l’inquiétude est partagée par Robert Melanson, président de la Société de l’Acadie du Nouveau-Brunswick, qui se dit malgré tout prêt à travailler avec la nouvelle direction, « en espérant ne pas avoir à la sensibiliser aux besoins des francophones…»

Société de l’Acadie du Nouveau-Brunswick
Robert Melanson

Le CA du CFA

Le conseil du Centre de la francophonie des Amériques est formé de 15 personnes :

Quatre sont nommées par le gouvernement québécois, dont le PDG et le président du conseil.

Quatre sont désignées par des ministres québécois.

Sept sont élues par l’assemblée générale des membres, représentant le Québec, l’Ontario, l’Acadie, l’Ouest et les Territoires, l’extérieur du Canada, la francophonie canadienne et la jeunesse.

Le poste de président du conseil a également été renouvelé à la fin de 2018: Clément Duhaime succède à Diane Blais. Les sièges de représentants du Québec et de la jeunesse sont, eux, ouverts aux candidatures.

Clément Duhaime

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