Campagne mondiale de vaccination contre la CoViD-19: que fait le Canada?

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La fin de la pandémie semble conditionnelle à une campagne de vaccination mondiale efficace. Photo: Fernando Zhiminaicela, Pixabay
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La CoViD-19 se propage sans égard aux frontières. La fin de la pandémie semble donc conditionnelle à une campagne de vaccination mondiale efficace.

Pour illustrer les efforts du Canada dans cette campagne, la ministre du Développement international, Karina Gould, souligne l’implication du Canada dans «COVAX», une initiative de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) visant à offrir un accès équitable au vaccin contre la CoViD-19.

Cette initiative sera-t-elle suffisante?

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La ministre Karina Gould. Photo: Laurel L. Russwurm

Important donateur

«Le Canada est le deuxième plus important donateur à COVAX, après le Royaume-Uni», explique la ministre du Développement international, Karina Gould, en entrevue avec Francopresse.

«Nous avons investi 220 millions $ pour la contribution canadienne pour les vaccins domestiques, mais aussi un montant équivalent pour les pays en développement.»

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«COVAX est une plateforme qui supporte la recherche, le développement et la fabrication d’un grand nombre de vaccins candidats contre la CoViD-19, et négocie leur prix», peut-on lire sur le site Web de l’initiative.

Tous les pays membres de l’initiative COVAX auront la garantie d’un accès équitable à un éventuel vaccin.

Katrina Plamondon vaccin covid
La prof Katrina Plamondon.

Mécanisme de coopération

Katrina Plamondon, professeure au Département des sciences infirmières de l’Université de la Colombie-Britannique, explique que COVAX atteint plusieurs objectifs simultanément: «Il met en commun des ressources financières et crée un mécanisme de coopération collective pour travailler avec les compagnies pharmaceutiques. Il met aussi en commun les ressources scientifiques.»

«Donc, il crée une forme d’intégrité scientifique en travaillant collectivement, avec transparence et dans un dialogue ouvert. Il crée aussi un mécanisme de prise de décision pour déterminer comment un éventuel vaccin sera distribué», ajoute la professeure.

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Le député Alexis Brunelle-Duceppe, du Bloc québécois, à la Chambre des Communes.

Le Canada donne-t-il trop ou pas assez?

Les sommes investies par Ottawa dans l’initiative COVAX seraient «un début», selon Alexis Brunelle-Duceppe, porte-parole du Bloc Québécois en matière de coopération internationale.

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«Mais encore là, on ne sait pas, c’est la première fois qu’on est confrontés à une pandémie mondiale comme celle-là. On ne sait pas ce qui, au bout de la ligne, est raisonnablement élevé comme financement», nuance le député fédéral.

Contacté par courriel, le bureau de la porte-parole du Parti conservateur en Santé, Michelle Rempel Garner, souligne que «nous ne savons pas vraiment comment les Libéraux fédéraux pourront faire en sorte que le Canada contribue à la lutte internationale contre la CoViD-19 puisqu’ils sont incapables de gérer la pandémie ici, au Canada.»

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La députée néo-démocrate Heather McPherson.

Et les pays en développement?

La porte-parole néodémocrate en matière de développement international, Heather McPherson, croit aussi que l’initiative COVAX est un bon endroit pour investir, mais soutient que les sommes consenties par Ottawa sont loin d’être suffisantes.

Elle rappelle que le programme, qui vise à donner accès aux vaccins contre la CoViD-19 aux pays en développement, doit déjà composer avec un manque à gagner de 34 milliards $.

Selon Heather McPherson, la contribution internationale du Canada devrait au moins égaler ses investissements pour acquérir des vaccins au niveau national – investissements qui dépassent un milliard $ actuellement.

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«C’est une opportunité pour le Canada de prouver que les discours qu’on a entendus de la part du gouvernement sur leur engagement envers le multilatéralisme, l’action collective et le développement international […] sont plus que des platitudes. Ça pourrait être un engagement concret», suggère Heather McPherson.

Pour Alexis Brunelle-Duceppe, «il va falloir se regarder dans le miroir quant à l’aide internationale globale que le Canada envoie à l’étranger. Présentement, l’aide du Canada à l’international, c’est 0,27 % du PIB. […] L’ONU demande que les pays développés consacrent 0,7 de leurs PIB à l’aide internationale.»

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La prof Vardit Ravitsky

Champion mondial des commandes de vaccins

La question de la distribution équitable fait partie des grandes préoccupations à l’international selon la professeure Vardit Ravitsky, de l’École de santé publique de l’Université de Montréal.

«À l’international, la grande crainte est que les pays riches achètent tout ce qui est produit, ne laissant rien aux pays en voie de développement et aux pays vraiment pauvres. Donc le débat éthique est de distribuer de telle manière à ce que chaque pays reçoive une quantité suffisante.»

Le Canada n’est pas en reste dans cette course aux vaccins : il a conclu des ententes bilatérales d’une valeur de plus de 1 milliard $ avec plusieurs grandes compagnies pharmaceutiques, dans l’éventualité qu’elles produisent un vaccin viable.

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«Le Canada a plus de commandes de vaccins par personne que n’importe quel autre pays du monde, c’est plus que ce dont on aura besoin», souligne la néodémocrate Heather McPherson.

Générosité bien ordonnée…

«Bien sûr, il est vitalement important de protéger les citoyens canadiens, et le gouvernement joue son rôle pour que les Canadiens aient accès au vaccin le plus rapidement possible. Mais nous savons que c’est une pandémie mondiale, et tant que tous les pays n’auront pas accès au vaccin, personne ne sera à l’abri», avertit toutefois la porte-parole en matière de développement international.

Alexis Brunelle Duceppe reconnait «qu’il y a un risque, et c’est un risque de voir le Canada être un mauvais élève» sur la scène internationale.

«En même temps, il faut aussi compter l’opinion publique là-dedans. C’est sûr qu’il y a des craintes au niveau national de beaucoup de citoyens et de citoyennes au niveau du virus, et ça, il faut le comprendre», ajoute le député bloquiste.

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La CoViD-19 se propage sans égard aux frontières politiques. Dessin: Alexandra Koch, Pixabay

Un jeu risqué pour le Canada

Selon Katrina Plamondon, du Département des sciences infirmières de l’Université de la Colombie-Britannique, ce type de jeu est risqué pour le Canada. D’abord, parce qu’il est une puissance mineure sur la scène internationale et qu’il pourrait très bien être exclu du marché par de plus gros joueurs, comme les États-Unis ou la Russie.

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Ensuite, parce qu’on ne peut prédire quels vaccins seront efficaces, donc investir dans des ententes bilatérales présente un risque élevé, poursuit la professeure Plamondon.

Ce «nationalisme vaccinal» aura aussi des conséquences en matière de santé publique. «Il y a des calculs et des modèles qui démontrent que si on adopte une approche “moi d’abord”, si tous les vaccins allaient aux pays développés, on pourrait voir jusqu’à 28% plus de décès mondialement, y compris au Canada», ajoute Katrina Plamondon.

Rester équitable

«Les décisions concernant qui est vacciné et quand sont vraiment importantes, et la population mondiale serait mieux servie si on prenait ces décisions en gardant l’équité à l’esprit. Ça veut dire que les gens avec plus de besoins devraient avoir un accès prioritaire, plutôt que de succomber à une foire d’empoigne qui privilégie certains pays plutôt que d’autres», explique la professeure Plamondon.

Pour Heather McPherson, permettre aux ententes bilatérales de monopoliser le vaccin signifierait que certains pays en développement, qui ont des populations plus vulnérables, pourraient attendre deux à trois ans avant d’avoir accès à un vaccin.

«Cette pandémie ne prendra fin que lorsqu’on sera capable d’amener tous les pays [vers la vaccination]. Il y a une façon intelligente le faire, et une façon égoïste de le faire. Et j’espère certainement que le gouvernement est déterminé à faire le choix intelligent», ajoute Heather McPherson.

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«L’objectif de COVAX est d’assurer que quand un vaccin sera disponible, il sera accessible à la plupart des gens dans le monde», soutient la ministre Gould. «Le Canada était un des membres fondateurs de cet accord, justement parce que nous croyions que le monde devrait avoir accès à un vaccin lorsqu’il sera disponible. Nous sommes en train de vivre un défi global, et nous pourrons seulement le résoudre avec des solutions globales.»

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La distribution équitable d’un éventuel vaccin fait partie des grandes préoccupations à l’international. Photo: Daniel Schludi, Unsplash

D’autres enjeux éthiques

Pour Vardit Ravitsky, les enjeux éthiques à l’international sont compliqués par les inégalités structurelles entre les pays développés et les pays en développement.

L’un principe qui pourraient guider la distribution des vaccins est la prévention de la «mortalité précoce».

Par exemple, explique la professeure Ravitsky, si quelqu’un meurt à 65 ans au Japon, c’est une mort précoce, parce que c’est en dessous de l’espérance de vie moyenne dans ce pays. Mais ce ne le serait pas en Tanzanie parce que l’espérance de vie y est beaucoup plus basse.

Cette notion même devient problématique, car «les pays plus riches ont une espérance de vie plus élevée, donc de nouveau, ça crée une priorité [pour les pays plus riches]», ajoute-t-elle.

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Similairement, poursuit Vardit Ravitsky, les pays qui ont déjà un fort cadre de santé publique vont être capables de distribuer le vaccin, mais les pays qui ont un faible cadre de santé publique vont être moins à même de le faire.

«Il faut trouver un équilibre très délicat entre l’efficacité [et la justice sociale], parce qu’on ne veut pas que les vaccins expirent parce qu’ils languissent dans un entrepôt non réfrigéré, mais en même temps, on veut garantir que ce ne soit pas que l’efficacité qui guide la distribution», conclut-elle.

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