Bande dessinée doctorale

BD
Body Ngoy, Le Canadien, bande dessinée illustrée par Hicham Absa, Ottawa, Boxia, 2020, 40 pages (version bilingue).
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Publié 07/02/2021 par Paul-François Sylvestre

Originaire de la République démocratique du Congo, Body Ngoy arrive au Canada au début des années 1990. Dans une bande dessinée intitulée Le Canadien, il raconte l’histoire des Noirs établis dans son pays d’adoption.

Les illustrations sont de Hicham Absa, et Irene Xia Zhou établit la version bilingue de cet album.

Six villes en six jours

Le scénario est construit autour d’une conversation que Mopao entretient avec sa fille adolescente Mosky au cours d’une visite de six villes en six jours: Ottawa, Montréal, Halifax, Vancouver, Calgary et Toronto.

Outre l’histoire des Noirs, le père souligne aussi quelques valeurs des Premières Nations.

Dans la version française, la jeune Franco-Ontarienne passe parfois du français à l’anglais. Ça donne une bulle comme «Isn’t that too much for one person, Dad? Pourquoi spiritualité? You always bring religious things in everything.» Pas de bribes françaises dans la version anglaise.

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Mini illustrations

Au fil des arrêts, on remarque de mini illustrations, plus petites qu’un timbre, de personnalités noires telles que Greg Fergus, Normand Brathwaite, Dany Laferrière, Lincoln Alexander, Donovan Bailey et Jean Augustine, sans référence dans le texte.

Quelques rares célébrités noires figurent dans la bande dessinée proprement dite, dont Oscar Peterson, Michaëlle Jean, Viola Desmond et Annamie Paul.

Premiers Noirs

L’auteur nous apprend que Mathieu da Costa fut le premier Noir à mettre les pieds au Canada, en 1604. Polyglotte, il servit d’interprète entre les autochtones et les maîtres d’esclaves français de l’Acadie. Le premier esclave noir en territoire canadien est un malgache nommé Olivier Le Jeune.

Il n’est pas clair à qui s’adresse cette bande dessinée, car le ton du père est le plus souvent très magistral, voire doctoral.

Essai en BD

On a l’impression d’assister à un cours sur l’histoire des Noirs et des esclaves de par la planète. Les propos de Mopao s’étendent souvent dans de doubles bulles, parfois de triples bulles.

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En voici un exemple: «Dans la dynamique de restauration de l’identité des personnes de descendance africaine noire, il y a urgence dans la manière de travailler entre les leaders et les représentants de leurs communautés. Ils doivent travailler dans l’unité et dans la coordination de leurs actions. Et l’unité est une des valeurs perdues dans l’héritage des Afro-descendants. Maintenant, les leaders unis doivent être soutenus par des citoyens unis. Ainsi, toutes les communautés bénéficieront de l’action collective.» Ouf!

Je doute qu’un éditeur de bandes dessinées aurait accepté ce genre de script. C’est souvent l’essai qui l’emporte sur le neuvième art, notamment lorsqu’il est question de la traite des esclaves noirs dans les pays arabo-musulmans, de l’esclavage transsaharien ou du commerce triangulaire Afrique-Europe-Amérique.

Dynamique père-fille

Selon un dicton, «qui trop embrasse mal étreint». C’est malheureusement le cas avec Le Canadien, dont le titre renvoie surtout à six villes de notre pays. Il n’est même pas fait mention du rôle joué par les Noirs lors de la participation du Canada à la Seconde Guerre mondiale.

À l’exception d’un anglicisme – batteries au lieu de piles –, le texte est soigneusement écrit. Les illustrations de Hicham Absa sont finement stylisées. Et la dynamique père-fille est une valeur ajoutée.

Auteur

  • Paul-François Sylvestre

    Chroniqueur livres, histoire, arts, culture, voyages, actualité. Auteur d'une trentaine de romans et d’essais souvent en lien avec l’histoire de l’Ontario français. Son site jaipourmonlire.ca offre régulièrement des comptes rendus de livres de langue française.

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