Au 8 rue Baden, vous êtes invités

House Guests, de Corpus, s’installe dans la maison de son créateur

Indrit Kasapi (Photo: Jae Yang)

Indrit Kasapi (Photo: Jae Yang)


23 novembre 2017 à 12h00

House Guests, la nouvelle création de Corpus, a lieu tous les soirs du mardi au dimanche, jusqu’au 17 décembre, au 8 rue Baden, dans la maison de David Danzon, le créateur de la compagnie.

Avec une vingtaine d’autres spectateurs, vous êtes invités dans cette grande maison (du sous-sol à la mezzanine en passant par le rez-de-chaussée, le premier étage et même la terrasse), par son propriétaire lui même.

Remodelée en «musée de performances contemporaines», dont la danse, le Théâtre de l’Absurde et des structures performatives, le 8 rue Baden vous accueille pour une soirée en toute intimité.

Jolyane Langlois (Photo: Jae Yang)
Jolyane Langlois (Photo: Jae Yang)

Vodka ou thé au jasmin?

David Danzon, directeur artistique de House Guests
David Danzon

Corpus fête ses 20 ans cette année. Son créateur David Danzon, le directeur artistique de House Guests, estime être «un bon hôte».

«Ça fait un an et demi que je pense au projet House Guests, et deux mois que je ne pense vraiment plus qu’à ça», raconte-t-il en entrevue à L’Express. «Il y a eu des efforts de faits, alors, avec ce spectacle, j’essaie d’offrir quelque chose; le cadeau est là.»

Ce n’est pourtant pas la première idée qu’on se fait de l’artiste, quand, en peignoir, il nous abandonne dans son salon, pretextant une douche, nous laissant pantois, en pantoufles, avec pour seule distraction shot de vodka ou thé au jasmin.

Pourtant, rapidement, le 8 rue Baden dévoile ses secrets, et c’est d’abord avec une certaine retenue que le spectateur suit les individus en peignoir blanc, dont les vibrations font oublier l’apparence pâle.

«L’idée de départ, c’est les nombreuses personnes, si différentes, qui ont habité cette maison. Avec Corpus, nous partons souvent en voyage, alors, des personnes se sont succédées chez moi, pour des périodes plus ou moins longues, et j’aime à penser qu’elles ont laissé leur empreinte dans ces murs…»

Rob Feetham (Photo: Jae Yang)
Rob Feetham (Photo: Jae Yang)

Aux frontières de l’intime, la liberté

On ne dira pas à David Danzon qu’elles ont laissé plus que des empreintes, puisque c’est avec des personnes en chair et en os qu’on passe la soirée.

L’intimité qu’on partage avec ces individus évolue et nous transporte, l’air de rien. D’abord simple voyeur, le spectateur devient par la suite pion – ou acteur – des différentes scènes. L’intimité passe toujours d’abord par le regard.

Cette évolution, d’invité voyeur mal à l’aise, à part intégrante des scènes, surprend doucement.

«On essaie de casser les attentes, de surprendre le spectateur de façon non brutale. L’espace sécuritaire où le spectateur évolue comme il le souhaite, dans sa petite bulle, change, et on va toujours plus loin dans l’interaction» explique David.

C’est en toute liberté que le public se déplace, d’une pièce à l’autre, d’une scène à l’autre, la seule règle étant de porter des chaussons – et les chaussons, c’est fait pour marcher.

C’est aussi par cette liberté que passe l’intimité: par la circulation, les interactions et la gestion des espaces.

«Les gens sont libres d’aller où ilcs veulent, ils peuvent même s’asseoir sur mon canapé, et y rester autant qu’ils le souhaitent, même une heure et demi. On a donc dû travailler pour éviter certaines dérives de la part du public.»

Michael Caldwell (Photo: Jae Yang)
Michael Caldwell (Photo: Jae Yang)

Inviter des inconnus chez soi, un risque artistique?

«Lors de la représentation test, les invités ont commencé à bavarder entre eux, à agir comme dans une fête, en oubliant totalement qu’ils assistaient à des représentations, en ne regardant plus les parties jouées par les interprètes.»

David et les artistes de Corpus ont donc dû faire en sorte à ce que, dans sa liberté, le public soit respectueux du travail des interprètes et du matériel.

D’autant plus que la décoration des pièces est d’origine; elle n’a pas été réalisée pour House Guests, mais seulement amputée d’éléments personnels comme des photos.

La décoration du 8 rue Baden est même un point de départ des représentations. «Les interprètes ont eu à s’inspirer des pièces, de leur décoration. Ça a été l’élément déclencheur d’improvisations.»

Des livres en toutes langues, une chambre d’enfant, des affiches françaises, des lampes à l’écho lumineux tamisé, une ambiance bohème à la française, à la «titi parisienne»… on se sent bien au 8 rue Baden, où rien n’est contrefait. «Le bohême, c’est moi», nous confie David.

«Faire pénétrer le public chez moi, c’est un risque volontaire.»

Les imprévus constitus un risque, mais elles offrent aussi à House Guests une possible évolution, et des surprises, d’une représentation à l’autre.

Indrit Kasapi de Corpus pour House Guests (Photo: Jae Yang)
Indrit Kasapi de Corpus pour House Guests (Photo: Jae Yang)

Ambiance multi-talents

Il faut saluer les performances des interprètes Michael Caldwell, Rob Feetham, Indrit Kasapi, Joliane Langlois, Takako Segawa, danseurs et danseuses, actrices et acteurs, comédien, dont les regards invitent, et les mouvements hypnotisent.

La logistique est également remarquable, les petites mains de l’ombre (Isorine Marc, Caroline Lindner, et Ayelen Liberona) ne le sont pas, puisqu’elles jouent les spectatrices parmi les spectateurs: une présence rassurante (les artistes de Corpus ne sont pas tous devenus fous) et discrète.


Si vous avez une soirée de libre avant le 17 décembre, rendez vous au 8 rue Baden, vous êtes invités! (Billets disponibles ici via Eventbrite)

 

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