Apollo 10 : la mission la plus frustrante de l’ère spatiale

Il y a 50 ans cette semaine, on a presque marché sur la Lune

La Terre, la Lune et l'alunisseur d'Apollo 10 vus de la capsule orbitale en mai 1969. (Photo: NASA)
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Publié 18/05/2019 par Pascal Lapointe

Il y a 50 ans exactement, le 18 mai 1969, la mission Apollo 10 était lancée vers la Lune. Quatre jours plus tard, en orbite lunaire, elle testerait le module d’alunissage.

Deux de ses trois astronautes embarqueraient dans ce module et entameraient une descente vers la Lune… mais sans s’y poser. La mission la plus frustrante de l’ère spatiale.

Répétition pour Apollo 11

Apollo 10 était la dernière «répétition» avant le premier véritable alunissage, celui d’Apollo 11, prévu pour juillet.

Deux ans plus tôt, devant la crainte que l’Union soviétique ne soit également engagée dans une course à la Lune, il avait été envisagé qu’Apollo 10 soit le premier module à se poser là-haut.

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Mais réalisant que la «course» était gagnée par les Américains, il avait été décidé de réduire les risques en testant des systèmes qui n’avaient encore jamais été éprouvés en situation réelle.

Autour de la Lune cinq mois plus tôt

Il faut se rappeler que la toute première mission à tourner autour de la Lune, Apollo 8, n’avait eu lieu que cinq mois plus tôt, en décembre 1968.

Que la toute première mission d’amarrage entre la capsule et le module lunaire, Apollo 9, avait ensuite eu lieu, en orbite terrestre, en mars 1969.

Et qu’Apollo 10 était donc la première occasion de tester ces manœuvres en orbite lunaire.

L’équipage d’Apollo 10: Eugene Cernan, John Young et Thomas P. Stafford. (Photo: NASA)

Après un voyage Terre-Lune de trois jours, la capsule et le module lunaire se séparaient, ce dernier entamant sa descente avec deux des astronautes à son bord, tandis que le troisième attendait leur retour en orbite lunaire, à bord de la capsule ou «module de commande».

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Dans ce contexte, Apollo 10 était aussi la première occasion de s’assurer que les moteurs du module lunaire pour la descente et pour la remontée allaient fonctionner comme prévu.

Charlie Brown et Snoopy

Le 22 mai, parti d’une altitude de 112 km, le module lunaire — baptisé Snoopy — avec à son bord Eugene Cernan et Thomas Stafford, s’est donc séparé de la capsule — baptisée Charlie Brown — et a entamé sa descente vers les plaines sombres de la Mer de la Tranquillité.

Pendant 54 minutes, les deux hommes se sont partagé le pilotage, la prise de photos, le radar pointé vers le sol, ainsi qu’un bogue informatique.

Qu’a-t-il pu se passer dans leur tête, lorsqu’à seulement 15 km et demi du sol lunaire, est venu — comme prévu — l’ordre de Houston d’allumer le moteur et de commencer à remonter?

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Les analystes qui ont décortiqué cette mission ont toujours pointé le dernier message de Cernan, avant d’entamer cette ascension: «l’engin spatial se porte bien et il n’y a aucun problème. Sauf que ce serait bien d’être dans le coin plus souvent.»

Pour contrer la tentation d’alunir

Ils n’auraient de toutes façons pas eu beaucoup de choix: le module lunaire ne transportait pas assez de carburant pour alunir puis redécoller.

La surface de la Lune vue du module d’alunissage d’Apollo 10, qui ne s’y est pas posée. (Photo: NASA)

La raison officielle était que cela lui permettait d’être plus léger, mais selon Craig Nelson, auteur du livre Rocket Men, consacré aux astronautes de cette époque, Gene Cernan aurait laissé entendre que c’était prémédité: «ne donnez pas à ces types une opportunité pour se poser!»

Eugene Cernan aurait sa chance de parcourir ces 15 derniers kilomètres: il serait l’un des astronautes de la dernière mission lunaire Apollo 17 en 1972. Celui qui était resté en orbite, John Young, l’avait précédé sur la Lune à bord d’Apollo 16.

À l’époque, personne ne semblait imaginer qu’aucun autre homme ne marcherait sur la Lune pendant les 50 années suivantes.

La mission Apollo 10 rappelle les aventures des trois passagers de la capsule de Jules Verne dans De la Terre à la Lune et Autour de la Lune.

Auteur

  • Pascal Lapointe

    Journaliste à l'Agence Science-Presse, média indépendant, à but non lucratif, basé à Montréal. La seule agence de presse scientifique au Canada et la seule de toute la francophonie qui s'adresse aux grands médias plutôt qu'aux entreprises.

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