Aide aux devoirs: les élèves de plus en plus connectés

Hosni Zaouali, cofondateur de Voilà Learning, avec Leslie Leroy, responsable marketing, Célia Le Normand, responsable des programmes ed-tech, Raphaelle Houdot, directrice du bonheur.


17 janvier 2018 à 16h03

Finis les cours du soir à l’école ou les visites du tuteur à domicile qu’on paie 40 dollars de l’heure? Avec les nouveaux outils sur le marché, l’aide aux devoirs en français devient gratuite, accessible partout au pays et beaucoup plus flexible. Et les nouvelles technologies y sont pour beaucoup.

Le tutorat en ligne vit ses premières heures mais fait déjà des émules. L’organisation Voilà Learning, créée il y a huit ans à Toronto et forte de 57 employés, offre sans doute le produit le plus poussé sur le marché francophone. Avec un véritable campus virtuel où les élèves se promènent de salle en salle, l’entreprise sociale offre une assistance incomparable aux élèves du primaire et du secondaire dans l’apprentissage du français.

Claude Deschamps
Claude Deschamps

Immersion

Hosni Zaouali, directeur et cofondateur de Voilà Learning, raconte comment l’idée lui est venue: «On a constaté qu’il y avait un énorme problème d’apprentissage dans l’immersion francophone: seulement 20% des élèves arrivent en 12e année et parmi eux seuls 15% parviennent à un niveau véritablement bilingue. Le système n’est pas suffisant pour faire une nation bilingue.»

Du côté des écoles de langue française en Ontario, on peut compter sur SOS Devoirs qui offre de l’aide par téléphone, texto, clavardage, courriel et sur les médias sociaux. Créé il y a une quinzaine d’années, le service est géré depuis quatre ans par le Centre franco-ontarien de ressources pédagogiques (CFORP).

Son directeur général, Claude Deschamps, constate que le service fait de plus en plus d’adeptes: «L’utilisation est croissante. On a énormément de demandes des enseignants pour faire des présentations dans les salles de classe.»

Deux dollars

Les douze conseils scolaires ontariens participants doivent s’acquitter de la somme annuelle de deux dollars par élève pour bénéficier du service de SOS Devoirs, grâce à des ententes passées avec le gouvernement fédéral. Ainsi, ce sont au total 6000 élèves qui utilisent le service régulièrement sans que leurs parents ne déboursent le moindre centime.

«L’éducation est en grand changement. Des outils comme SOS Devoirs vont grandir davantage, l’enseignement en ligne va prendre de l’ampleur. L’élève prend de plus en plus en main son apprentissage et devient autonome», observe Claude Deschamps.

Sur le campus virtuel de Voilà Learning, une vingtaine d’enseignants se connectent chaque soir de la semaine de 17 à 20 heures afin d’orienter les élèves. Le succès de la plateforme réside dans sa ludification: système de points, avatars, interactivité, elle reprend tous les codes du jeu vidéo.

«Les devoirs sont en compétition directe avec une Xbox et une Nintendo Wii», fait remarquer Hosni Zaouali.

Thierry Karsenti
Thierry Karsenti

Accès à la technologie

Pour le cofondateur de Voilà Learning, l’école est à la traîne. «Tous les domaines ont évolué avec la technologie sauf l’éducation: on enseigne encore comme il y a 300 ans», assène-t-il. Grâce à l’intelligence artificielle et à la réalité virtuelle, la salle de classe est ainsi en pleine révolution.

À ceux qui resteraient perplexes, Thierry Karsenti, titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur les technologies de l’information et de la communication (TIC) en éducation, assure que «le rôle des enseignants est plus que jamais important». Car si les TIC constituent «une tendance irréversible», il faudra malgré tout composer avec tous les acteurs du secteur et les inciter à «prendre le virage numérique, mais pas n’importe comment».

Pour le spécialiste, les nouvelles technologies présentent toutefois de nouveaux défis. «On parle beaucoup de mobilité, de convivialité, de réseaux sociaux qui font partie du quotidien des jeunes, mais il faut aussi parler de la fracture numérique qui existe entre ceux qui ont une bonne connexion et ceux qui n’en ont pas, de la fracture entre ceux qui savent utiliser les outils numériques et les autres.» Est-ce là une question de temps?

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