Ah, les regrets, les regrets…

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Quand on écoute Au bout du rang (La Tribu/Sélect), il est impossible de ne pas songer que cet album, Marie-Annick Lépine devait le porter en elle depuis toutes ces années passées à harmoniser et violonner joyeusement au sein des Cowboys Fringants.

On pourrait aller jusqu’à dire que la gestation de ces 14 chansons à saveur résolument folklorique remonte à son enfance, puisqu’elles se veulent une réflexion sur ce que le temps – ou le progrès, ou le cynisme, ou la loi du plus fort – nous ont volé.

Nostalgique mais lucide, Lépine ouvre son album de photos de famille pour mieux prendre la mesure de l’écart entre ce que nous sommes devenus, individuellement et collectivement, et ce que nous avons perdu.

Il était donc naturel que ces chansons issues de sa plume trahissent un écho de mélodies familières (et familiales), puisqu’elles puisent dans la mémoire commune la sève de leur mélancolie, donnant à quiconque s’en imprègne l’impérieux désir de retrouver les repères et les saveurs de l’enfance.

Et si ses dénonciations font mouche, c’est parce que Marie-Annick ne les assène pas avec l’autorité d’une quelconque militante, préférant brosser des tableaux doux-amers, dont elle nous laisse tirer les conclusions qui s’imposent.

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Malgré ses climats sonores ouatés qui incitent au rêve ou à l’évasion, Au bout du rang est un disque au cœur lourd, qui nous rappelle, qu’on veuille l’entendre ou non, qu’on est tous orphelin de son enfance.

Fleur du Sud

Après avoir cheminé et partagé la scène avec Rivard, Charlebois et Lhasa, l’envoûtante Magnolia (Mélanie Auclair, pour l’état-civil) compte bien faire valoir sa réputation de fleur du Sud sur son premier CD éponyme, gravé avec Rick Haworth, Mario Légaré et compaganie, qui sont à l’étiquette québécoise Audiogram ce que Booker T & The MG’s étaient à Stax: un house band de luxe, taillé sur mesure pour le genre de rêverie à saveur country dont la jeune multi-instrumentiste a fait son langage de prédilection.

Mais comme c’est toujours le cas des disques «à climat», il convient ici de ne pas confondre la forme et le fond, l’atmosphère et la substance. Privées leur habillage relevé de pedal steel, de dobro et même de banjo, les chansons de Mélanie ne pèseraient pas lourd, et leur intoxicante langueur (à mi-chemin de Gillian Welsh et d’une bande-son de David Lynch) ne suffit pas à faire passer une aussi forte concentration de lieux communs («Inutile de courir toujours/Après tout, la vie suit son cours/Comme l’eau qui coule dans une rivière/Atteindra un jour la mer»).

Même la présence de quelques invités de marque, dont Patrick Watson et Lhasa, justement, ne suffit pas à faire durer le plaisir de Magnolia au-delà de sa caresse initiale.

Dommage, car il suffirait que Mélanie travaille son écriture, seule ou avec un parolier plus rigoureux, pour nous livrer un album qui serait aussi substantiel que séduisant.

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Refrains tordants et tordus

Voilà un disque qui s’inscrit dans la riche (sinon toujours noble) tradition de la chanson rigolote made in Quebec.

Armés d’un nom qui semble conçu pour désamorcer toute accusation de prétention artistique ou intellectuelle, Trois Gars Su’l Sofa misent sur une formule «à la bonne franquette» – trois voix, trois guitares et une modeste panoplie d’accessoires sonores – pour nous séduire avec des refrains dans lesquels on pourra voir une version déploguée des Trois Accords, ou un improbable croisement entre Crosby, Stills & Nash et Pépé et sa guitare.

En autres mots, Des cobras, des tarentules (Pixelia/Sélect) est léger, souvent amusant, parfois idiot, mais riche d’une assez forte concentration de ces mélodies qui, une fois consignés à la mémoire (une écoute suffit, le plus souvent), n’en sortiront pas de sitôt.

Bien sûr, comme c’est toujours le cas des disques axés sur l’humour, le plaisir initial s’estompe au même rythme que se dissipe l’effet de surprise, mais on retiendra quand même de fort belles harmonies, quelques passes de guitare inspirées (qui rappellent les vieux disques de Plume) et un sens de la formule pop qui n’a rien à envier aux Barenaked Ladies, ces autres pourvoyeurs de refrains tordants et tordus.

Bref, un plaisir coupable mais un plaisir quand même, du genre dont il convient de profiter pendant qu’il nous fait encore rire.

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