Affaire McVety: que valent les diplômes d’un collège biblique?

Homophobie, islamophobie, népotisme...

Le campus du Canada Christian College à Whitby.
Le campus du Canada Christian College à Whitby.
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Le gouvernement de Doug Ford se défend depuis la semaine dernière de permettre au Canada Christian College de l’évangéliste Charles McVety, à Whitby, d’octroyer des diplômes universitaires.

Ce serait là l’un des effets d’une section d’un projet de loi omnibus visant notamment à aider les petites entreprises à affronter la CoViD-19.

Droit révoqué

Au début des années 80, le droit du Collège de décerner des diplômes avait été révoqué par le ministère de l’Éducation de l’Ontario.

La révocation faisait suite à des allégations de fonctionnaires provinciaux selon lesquelles les diplômes de baccalauréat et de maîtrise offerts étaient «trompeurs» parce qu’ils évoquaient une éducation artistique générale.

Ces diplômes avaient aussi été jugés «suspects» parce que l’école n’était accréditée par aucun organisme d’enseignement religieux reconnu.

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Homophobe et islamophobe

La semaine dernière, l’ex-première ministre libérale Kathleen Wynne a critiqué le gouvernement conservateur pour l’introduction du projet de loi qui, si adopté, permettra à Charles McVety de remettre des diplômes universitaires.

Elle s’y objecte principalement parce que les propos «homophobes et islamophobes» de l’évangéliste, qui serait un ami personnel de Doug Ford, ont été abondamment documentés dans le passé.

Dans le site web du Collège, M. McVety explique que sa mission est de promouvoir «la vérité, la connaissance et la sagesse», à notre époque de «rectitude politique» envahissante.

Le Collège aurait formé plus de 6 500 ministres du culte. Le nom au complet de l’institution est Canada Christian College and School of Graduate Theological Studies.

Charles McVety, président du Canada Christian College.
Charles McVety, président du Canada Christian College.

Népotisme

Depuis une semaine, les accusations de népotisme et les critiques de l’opposition fusent à Queen’s Park.

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Jeudi, Mme Wynne est revenue à la charge en demandant au gouvernement progressiste-conservateur de changer de cap face à sa décision.

Dans un rare élan de solidarité, les membres du Nouveau parti démocratique (NPD) de l’Ontario ont offert une ovation bien sentie à la députée libérale.

Kathleen Wynne a annoncé récemment qu’elle ne se représenterait pas dans sa circonscription de Don Valley Ouest aux prochaines élections.

Attendre le processus indépendant

Personne au sein du caucus conservateur de Doug Ford n’a encore été en mesure d’expliquer pourquoi le gouvernement n’a pas attendu l’approbation de l’examen indépendant avant d’introduire la législation.

La députée Gila Martow, qui a répondu au nom du gouvernement Ford toute la semaine, a soutenu que les membres de son parti «ne vont pas perturber le processus d’examen indépendant».

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Jeudi, le premier ministre ontarien a assuré que la loi accordant au Collège ne sera pas proclamée tant que l’organisme indépendant n’aura pas rendu sa décision finale sur la demande.

Les partis d’opposition accusent le gouvernement de vouloir faire un cadeau à Charles McVety, qui aurait joué un rôle critique dans la victoire de Doug Ford à la chefferie du Parti progressiste-conservateur en 2018.

Entreprise familiale

Selon de récentes informations dévoilées par le NPD, le Collège chrétien du Canada a accordé des prêts de plus d’un demi million de dollars à M. McVety ainsi qu’à son fils Ryan, le vice-président de l’institution.

La députée néo-démocrate Laura Mae Lindo, qui a écrit au bureau du Commissaire à l’intégrité de l’Ontario, juge que des membres de la famille McVety qui dirigent le Collège pourraient profiter financièrement de la décision du gouvernement ontarien.

L’épouse de Charles McVety, vice-présidente des admissions du Collège, se serait auto-attribuée le titre de «Dre» sans en avoir les qualifications, selon le NPD.

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L’épouse de son fils Ryan, Lindsay Knox McVety, est la directrice de l’enseignement en ligne.

Un document qui disparaît et qui réapparaît

La députée Martow a aussi dû expliquer pourquoi les informations financières de la demande originale du Collège de devenir une université avaient été retirées du site web du gouvernement, pour ensuite apparaître à nouveau quelques jours plus tard, mais sous un format expurgé.

Elle a allégué qu’il s’agissait d’un «problème technique» dans la législation.

La cheffe du NPD, Andrea Horwath, était rouge de colère en entendant cette explication, jeudi, affirmant qu’il s’agit de «l’excuse la plus lamentable» qui soit.

L’opposition révoquerait un nouveau statut

Les chefs du Parti libéral Steven Del Duca et du Parti vert Mike Schreiner se sont aussi opposés à la possibilité que le Collège obtienne un statut d’université.

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M. Del Duca a promis d’annuler toute approbation universitaire au Collège chrétien du Canada si les libéraux accèdent au pouvoir.

Un peu plus tard dans la journée, M. Del Duca a demandé au Procureur général de la province de faire «immédiatement» enquête à propos des révélations entourant M. McVety.

La même journée, des milliers de professeurs universitaires de la province, incluant plusieurs provenant d’universités chrétiennes et catholiques, ont signé dix lettres dénonçant le projet de loi du gouvernement Ford.

Christine Elliott et Doug Ford.

La vice-première ministre mal à l’aise

La vice-première ministre de l’Ontario, Christine Elliott, a admis en mêlée de presse, jeudi, que les allégations selon lesquelles la famille McVety a obtenu des prêts du Canada Christian College «soulèvent des questions».

Elle a aussi concédé que les allégations voulant que son gouvernement soit islamophobe et homophobe, et qu’il approuve du comportement et des commentaires de M. McVety, la rendent «très mal à l’aise».

Mme Elliott a néanmoins soutenu que la Commission de révision qui se penche actuellement sur la demande du Collège chrétien du Canada est indépendant.

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