Les affaires étrangères

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Publié 22/02/2011 par Alain Laliberté

J’avais vaguement entendu parler. En plus, les échos étaient partagés. Je connais celui qui fait le vin puisqu’il consulte différents petits producteurs dont Organized Crime Winery. J’ai aimé tous les vins d’Andrzej Lipinski. En fait, il est possiblement le plus talentueux des producteurs à travailler en Ontario.

Nous avons trouvé l’endroit, non sans craindre de se perdre, même si les indications sont claires. «Es-tu sûr qu’on doit passer par ici?», de demander mon collègue et ami Raymond Chalifoux. À chaque fois qu’il vient à Toronto l’ami Chalifoux, je lui prépare une petite brochette de producteurs à visiter. Chaque fois, il est ébahi. Il peut croire qu’il y a un certain potentiel, mais jamais comme ce qu’il a découvert à ce jour avec The Organized Crime Winery, Tawse, Daniel Lenko et The Foreigh Affair pour n’en nommer que quelques-uns.

Quel bizarre de nom pour une propriété vitivinicole que The Foreign Affair Winery. Peut-être que Len Crispino, ancien diplomate spécialisé en commerce international pour l’Ontario en Italie, aurait pu l’appeler The Love Affair.

Basé en Lombardie à Milan, centre nord de l’Italie, Len Crispino et son épouse Marisa sont littéralement tombés en amour avec les vins produits au nord de Vérone dans la région voisine à l’est, la Vénétie. Le secteur du Valpolicella voit une production d’un des vins fétiches de l’Italie, l’Amarone.

Si le Valpolicella requiert corvina, molinara et rondinella, trois raisins autochtones traditionnels, pour faire des vins souples et tendres non dénués de caractère, l’Amarone voit ces trois variétés résulter en un vin puissant et intense. La différence provient d’un procédé copié par quelques autres pays appelé appassimento.

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Après avoir mis sur lattes ou sur paille une récolte de raisins bien mûrs gorgés de soleil, le procédé permet une concentration des extraits secs et des saveurs par séchage partiel des baies. Le sucre ainsi concentré verra le potentiel alcoolique de chaque baie augmenter.

L’histoire de Foreign Affair a débuté en 2001 avec les premières vendanges en 2004. Sur quarante acres (16 ha) dont trente-quatre (13,75 ha) sont occupés par la vigne, la production de 5 000 caisses se compose de vins tous faits en partie ou en totalité avec le procédé appassimento. Seul le cabernet franc est en totalité appassimento.

Les riesling, sauvignon blanc et chardonnay pour les vins blancs et les cabernet sauvignon, merlot et pinot noir pour les vins rouges voient une partie des raisins séchés à l’air sur lattes. Le résultat est tout simplement époustouflant puisque les vins acquièrent richesse aromatique, concentration et volume. Le procédé demande du temps puisque les raisins demeurent dans un espace spécialement emménagé jusqu’au mois de janvier. «On ne veut pas accélérer le procédé», indiquait Len Crispino. «Il est lent. Nous vendons la permission aux consommateurs de rêver. Nos vins sont disponibles ici puisque nous voulons que ces gens comprennent pour mieux apprécier le vin. Nous sommes des artisans et voulons être reconnus comme des créateurs. Nous ne voulons pas produire l’ordinaire.»

Au cours de la visite, je mentionnais le travail d’Andrzej Lipinski sans savoir que nous dégustions sa dernière collaboration. Il sera intéressant de suivre l’évolution des vins au cours des prochains millésimes.

LES VINS

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♥♥♥ Sauvignon Blanc Niagara Peninsula VQA 2008 (24,95 $) Vingt pour cent de la récolte a vu le procédé. Le résultat respire le buis et les agrumes. Très vif, la tension confère une certaine fermeté couverte par le gras du vin. Les agrumes reviennent au palais accompagné d’une minéralité qui ajoute à la complexité aromatique qui, en finale, rappelle du vieux sémillon de Hunter Valley en Australie. Très long et corsé avec ses 13°9, le vin s’avère un excellent achat pour le prix. J’en ai acheté quelques bouteilles dont une récemment partagé lors d’une soirée de dégustation d’Amarone della Valpolicella Classico. Les quatre autres participants ont été éblouis. **** $$($)

Riesling Niagara Peninsula VQA 2008 (24,95 $) Comme le vin précédent, vingt pour cent de la récolte a séché sur lattes. Intense et pénétrant, le nez respire la fleur blanche et la pêche au premier coup de nez. Avec aération, les agrumes et la minéralité qui rappelle l’odeur de l’essence prennent le relais. Demi-sec, relativement léger avec 10°5, l’ensemble est frais, tendu (le sucre est un support à l’acidité) et long aromatiquement et structuralement. Le palais voit une complexité appuyée et nuancée sortir de l’ordinaire. Pensez à un vin blanc aromatique et léger avec du volume, il est vrai un peu doux en attaque, mais ô combien tendu et d’une longueur étonnante et donnant une impression de boire un vin sec en fin de bouche. Aucune hésitation. **** $$($)

Le Chardonnay Niagara Peninsula VQA 2008 (35 $) compte 22% de vin appassimento dans un tout élevé pour moitié en fûts d’un et deux vins alors l’autre moitié a vu le bois neuf. Des odeurs grillées, de noix, d’amande, de cumin, de vanille et de crème fraîche en mettent plein le nez. Puissant et étoffé, riche et long, très frais, le vin démontre une très belle vivacité dans un tout équilibré. La finale aromatique rappelle en plus le toffee ainsi que le champignon blanc. ***(*) ***

Nous avons dégusté le pinot noir 2009 tiré de la barrique. Un mot : spectaculaire! Puissant, dense, long au fruité soutenu. Probablement disponible en cours d’année, selon l’ensemble des fûts assemblés, il mérite un coup de fil pour être mis sur la liste de distribution lorsque le vin sera mis à la vente (1.877.262.7661).

Le Cabernet Sauvignon Niagara Peninsula VQA 2007 (38 $) porte le nom d’Abbraccio (traduction libre : embrassade). Quinze pour cent des raisins sont appassimenti. Le millésime 2007 a été le plus grand qu’a connu le vignoble du Niagara. On perçoit la maturité du fruit grâce à la qualité du tanin riche et gras. Très beau fruit avec la cerise noire et le cassis. Corsé, le vin est campé sur une qualité du grain du tanin avec de la substance dense qui emplit la bouche. Long, l’ensemble est gracieux et semble même avoir une certaine douceur, laquelle est une perception trompeuse tant l’unité est riche. ****

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Merlot Niagara Peninsula VQA 2007 (42 $) Seul dix-huit à vingt pour cent de raisins appassimenti ont été suffisants pour ce vin charnu et puissant, riche en fruit dominé par la cerise, la prune et les fruits noirs. Des tanins au grain serré constitué de plusieurs couches confèrent du gras et de la matière étoffée qui caresse le palais. On le boit presque pour lui-même tant il y offre à boire et à manger. Superbe vin. ****

Enfin, le Cabernet Franc Niagara Peninsula VQA 2007 (110 $) est constitué en totalité de raisins appassimenti pendant 163 jours. Le premier nez rappelle le végétal avec une odeur de céleri avant que la cerise, le cacao, le cuir et le potpourri prennent le relais. Puissant (16°3), le vin est riche avec une qualité de tanins enrobés et serrés qui capitonnent la bouche. La finale aromatique (raisin, chocolat, cerise à l’eau-de-vie) n’en finit plus avec une sève récurrente (avoir de la sève = retour aromatique soutenu et intense). Vraiment imposant et harmonieux. ****

Une incontournable visite s’impose.

L’évaluation
* : Banal
** : Honnête
*** : Très bien
**** : Excellent
***** : Le 7e ciel
(*) : Équivaut à une demi-étoile
♥♥♥ : Coup de coeur

Les prix
($) : jusqu’à 9$
$ : jusqu’à 13$
$($) : jusqu’à 17$
$$ : jusqu’à 24$
$$($) : jusqu’à 30$
$$$ : jusqu’à 40$
$$$($) : jusqu’à 50$
$$$$ : jusqu’à 70$
$$$$($) : jusqu’à 110$
$$$$$ : plus de 110$

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Plus de * que de $, le vin vaut largement son prix.
Autant de * que de $, il vaut son prix.
Moins de * que de $, il est cher, voire très cher.

Vous pouvez écrire à Alain Laliberté à [email protected]

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