Marcel Pitikwew, un «enfant de la forêt» qui a survécu aux pensionnats

Récit de dépendances et de rédemption

Marcel Pitikwew, pensionnats
Conférence de Marcel Pitikwew au récent Salon du livre de Toronto. Photo: Anna Vigne, l-express.ca
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Publié 14/03/2026 par Anna Vigne

Marcel Pitikwew, un Attikamek de Wemotaci (au Nord-Ouest de La Tuque, au Québec), a survécu aux pensionnats autochtones, conquis ses dépendances et brisé les violences au sein de sa communauté. Auteur du recueil de contes Atcakoc, le pardon, il a raconté son parcours au 33e Salon du livre de Toronto tenu du 26 février au 1er mars à l’université de l’Ontario français.

Né en 1952, Marcel Pitikwew raconte être élevé comme «enfant de la forêt» par ses grands-parents, qui lui ont transmis la culture du respect des écosystèmes et les savoirs ancestraux autochtones.

«Ce sont surtout mes grands-parents qui m’ont enseigné le respect de l’animal, le respect de la vie végétale. On nous montrait que toute la médecine qu’il y a dans la forêt, c’est important. On dit que ce sont nos frères, nos sœurs, la nature, les arbres. »

Marcel Pitikwew, pensionnats
Marcel Pitikwew et ses livres Nipekiwan: je reviens et Atcakoc, le pardon. Photo: courtoisie

Le pensionnat autochtone: entre violence et acculturation

À 6 ans, Marcel Pitikwew est brutalement arraché à sa famille pour 12 ans d’éducation forcée au pensionnat de Saint-Marc-de-Figuery, près d’Amos.

Il raconte la contrainte mise en place. «Les fonctionnaires sont arrivés chez nous, ils ont dit: on va envoyer vos enfants au pensionnat d’Amos et de Pointe-Bleue. Si vous ne les envoyez pas, on va envoyer la Gendarmerie royale. On va couper vos allocations familiales.»

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Il y subit l’inimaginable: des violences physiques et sexuelles par le personnel enseignant, ainsi qu’une acculturation par les institutions locales.

Interrogé sur cette période, Marcel Pitikwew explique que la fin brutale de cette enfance paisible a créé en lui une colère qui l’a éloigné de sa famille pendant des années. « Je pensais que c’était leur faute », explique-t-il en évoquant les retrouvailles avec ses parents.

Son destin est aussi marqué par la violence internalisée subie par sa communauté: alcoolisme, brutalité physique, prostitution. Marcel Pitikwew se livre sur une errance qui durera, pour lui, jusqu’en 1993.

Marcel Pitikwew, pensionnats
Marcel Pitikwew a créé un wampum, une ceinture perlée, pour illustrer la réconciliation. Photo: courtoisie

Écrire et diffuser son message

L’auteur explique avoir suivi une thérapie et s’être consacré à un retour à ses traditions ancestrales, le reconnectant avec son histoire et son environnement. À la suite de ce travail personnel, c’est la souffrance de sa communauté qui le pousse à s’engager pour celle-ci.

Il évoque un évènement déclencheur: un passage en tant qu’intervenant social dans une famille autochtone marquée, comme lui, par la violence systémique.

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Depuis, Marcel Pitikwew rompt avec la tradition orale des Attikameks de Wemotaci et écrit, noir sur blanc, cette violence imposée à sa communauté.

C’est un travail de mémoire, comme son premier poème Ma petite valise, qui permet aux peuples autochtones de se retrouver autour d’un héritage commun. «Il y a des centres de thérapie qui ont acheté le livre; ils le donnent aux résidents qui viennent faire des thérapies.»

Marcel Pitikwew, pensionnats
Cet objet-poème intitulé Ma petite valise de pensionnat, de Marcel Petitkwe, témoigne du traumatisme subi par les enfants autochtones dans les pensionnats. Photo: courtoisie

Un conte qui évoque la guérison

Dans Atcakoc, le pardon, un enfant des étoiles voit son grand-père souffrir sur Terre et implore le Créateur de descendre l’aider. Ce grand-père heurté, traumatisé et en proie aux dépendances est un autoportrait de l’auteur.

Par ce conte, Marcel Pitikwew insiste sur le caractère volontaire de la guérison: l’aide des proches est essentielle, mais la démarche doit partir de l’individu lui-même. Reconnaître sa souffrance, en parler ouvertement et renouer avec sa culture, c’est briser le cycle de violence systémique imposé aux peuples autochtones.

«L’histoire des pensionnats, c’est ça qui a fait déborder les vannes. On perd encore nos jeunes qui se suicident, les jeunes hommes qui tuent leur femme. Le retour vers notre culture, vers nos traditions, c’est ça qui va nous aider à nous en sortir. »

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