Des ponts à bâtir entre francophones, francophiles et «franco sympathiques»

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Le colloque du Réseau de la recherche sur la francophonie canadienne devait initialement se dérouler au Campus Saint-Jean de l’Université d’Alberta. Photo: le pont Walterdale à Edmonton, Alex Pugliese, Unsplash
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Publié 30/10/2021 par Éricka Muzzo

Pour continuer de faire progresser le fait français en milieu minoritaire, il sera nécessaire de s’unir autour de projets concrets, sans oublier d’inclure francophiles et «franco-sympathiques».

C’est ce qu’ont défendu les quatre panélistes de la table ronde d’ouverture du colloque du Réseau de la recherche sur la francophonie canadienne (RRF) qui avait pour thème «Francophonies canadiennes: quels ponts bâtis, quels ponts à bâtir?».

La francophonie canadienne s’est mobilisée à plusieurs reprises au cours des dernières années. Entre autres autour du projet d’Université de l’Ontario français, de la sauvegarde du Campus Saint-Jean ou encore pour dénoncer les récentes compressions à l’Université Laurentienne.

Résilience

«Que nos histoires soient fragiles ou fortes, que nos ponts soient discrets ou très bien établis, je pense que ça témoigne surtout de notre résilience comme francophones en milieux minoritaires et de notre volonté toujours actuelle à vouloir créer de nouveaux ponts», a lancé d’emblée Edith Dumont, vice-rectrice de l’Université de l’Ontario français (UOF).

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Édith Dumont

«Ce sont des moments historiques qui mettent en valeur l’importance de se solidariser autour d’enjeux qui concernent la minorité francophone à l’extérieur du Québec», a-t-elle ajouté.

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Elle cite la nécessité, encore aujourd’hui, de revendiquer «sans relâche» du financement pour des garderies, des écoles élémentaires et secondaires, et des établissements postsecondaires forts en francophonie minoritaire.

Des enjeux aux retombées tangibles

Si les avancées passent souvent par la mobilisation citoyenne, celle-ci peut être plus complexe à générer lorsque les impacts d’une absence d’action sont difficilement mesurables.

Pour conscientiser la population et obtenir du changement, il faut que les enjeux soient concrets, a défendu Rémi Léger, professeur agrégé à l’Université Simon Fraser en Colombie-Britannique.

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Rémi Léger

«La solidarité est plus forte et plus naturelle autour d’institutions ou de projets concrets, plutôt qu’autour d’idées ou de principes.»

«C’est sûr que c’est plus facile de mobiliser les gens, de les inciter à débarquer dans la rue pour réclamer une école pour son quartier, dans sa ville, que ce l’est pour ajouter une nuance à la partie VII de la Loi sur les langues officielles.»

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Des échos partout au pays

Il en a profité pour «lancer des fleurs» à l’Association canadienne-française de l’Alberta (ACFA), dont la campagne «Sauvons Saint-Jean» a eu des échos partout au pays.

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Sheila Risbud

La présidente de l’organisme, qui était l’une des panélistes, a d’ailleurs indiqué que «ce qui nous a vraiment étonnés, c’est qu’on a eu des gens à travers le pays qui ont écrit au premier ministre de l’Alberta, Jason Kenny, par rapport à ça. C’était vraiment impressionnant le nombre de lettres qui sont rentrées».

Sheila Risbud note que la participation des anglophones a été un élément clé de cette mobilisation.

«La réalité du Campus Saint-Jean, qui est une réalité particulière à la francophonie albertaine, c’est qu’une grande partie des étudiants sont issus de l’immersion. Si on oublie cette réalité-là, on perd tout un segment de gens qui se préoccupent et s’intéressent au français.»

Trouver les francophiles dans nos réseaux

À ses yeux, il est donc nécessaire de bâtir des ponts, non seulement entre les francophonies canadiennes, mais aussi avec les francophiles et les «franco-sympathiques».

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«Comment est-ce qu’on va chercher cette population, cette force politique de gens qui souhaitent voir le français continuer comme langue officielle dans ce pays?» a questionné la présidente de l’ACFA.

Selon elle, cela passe notamment par le fait de regarder «à l’intérieur de notre francophonie et de comprendre qu’on n’est pas une francophonie, on a des francophonies et il faut trouver des façons de bâtir des ponts à l’intérieur de notre réseau, et vers des gens qui apprennent le français».

Préparer la relève

Comme le Sommet sur le rapprochement des francophonies canadiennes a eu lieu en juin dernier, «c’est certain qu’il y a un élan favorable pour renforcer les liens entre les francophones canadiens», a encore constaté Édith Dumont.

Pour optimiser cet élan, elle suggère fortement de permettre une plus grande mobilité pour la communauté étudiante franco-canadienne.

«Nos projets de collaboration doivent se porter garants de bien préparer les générations montantes parce que plusieurs défis les attendent. Surtout celui de faire vivre un milieu francophone dans un milieu minoritaire. De la mobilité, de la recherche interinstitutions pourrait nous permettre de mieux former la génération qui s’apprête à prendre le relais.»

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Selon elle, davantage de programmes permettant aux étudiants de vivre dans différentes communautés francophones serait une manière d’«apprendre à se connaître en créant le plus rapidement possible dans la vie des étudiants le concept de réseaux».

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Les panélistes de la table ronde: Valérie Lapointe-Gagnon (animatrice), Joel Belliveau, Edith Dumont, Rémi Léger et Sheila Risbud.

Un concept d’Erasmus francophonie

La vice-rectrice de l’UOF indique réfléchir à un concept d’«Erasmus francophonie», qui s’inspirerait donc du modèle européen.

«On veut collaborer, on veut participer aux prochains ponts qui sont à se construire, on sent une volonté. C’est très énergisant pour une petite université à Toronto. Alors nous allons tendre la main et souhaiter recevoir aussi des poignées de main. Je pense qu’on a besoin les uns des autres pour exercer une force de frappe chacun par rapport à nos expertises respectives dans nos institutions postsecondaires», a conclu Edith Dumont.

Guide en dix langues… mais pas en français

Sheila Risbud souligne également l’importance des médias pour conscientiser la population aux dossiers importants. Puisqu’«ultimement, les changements politiques vont venir de la perception qu’a le public d’un enjeu».

La présidente de l’ACFA en a récemment fait l’expérience avec le dossier d’Élections Calgary, alors que le Guide des élections générales de Calgary a été traduit en dix langues, mais pas en français. Il a finalement été rendu disponible à la suite d’une plainte de l’ACFA, qui a fait grand bruit de l’affaire dans les médias.

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Le colloque du RRF se tient virtuellement jusqu’au 29 octobre. La prochaine édition annuelle aura lieu à l’UOF et aura pour thème «Le rôle et la mission des petites universités au sein de la francophonie».

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