Les mots français d’origine allemande

Entre «aspirin» et «aspirine», il n’y a qu’un «e»

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La porte de Brandebourg à Berlin (photo: Abdel Rahman Abu Baker, Pixels). L’Arc de Triomphe à Paris (photo: Peter Bucks, Unsplash)
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Publié 22/01/2021 par Michèle Villegas-Kerlinger

Depuis 2003, le 22 janvier est officiellement la Journée franco-allemande.

Cette année-là marquait le 40e anniversaire du Traité de l’Élysée, signé le 22 janvier 1963 par le général de Gaulle, le président français, et Conrad Adenauer, le chancelier allemand, afin de promouvoir la réconciliation entre la France et l’Allemagne après les affres de la Deuxième Guerre mondiale.

C’est une journée de sensibilisation et de promotion de l’autre langue et de l’autre culture.

mots français allemands

Toutes les journées franco-allemandes comportent un thème. Par exemple, en 2015, c’était «Franzosen und Deutsche: einmal Freunde, immer Freunde» (Allemands et Français: partenaires un jour, partenaires toujours).

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Il est vrai que l’Allemagne est le premier partenaire commercial (pays importateur de produits) de la France. Elle est le sixième du Canada. En fait, qu’en est-il de l’influence allemande au Canada?

Six vagues d’immigration

Premièrement, il faut préciser que le Canada a connu pas moins de six vagues d’immigration d’Allemands:

  • 1604 – gardes suisses dans la première expédition de Champlain
  • 1776 – 1820 – immigration pendant la guerre de l’Indépendance américaine; environ 2 400 mercenaires allemands restent au Canada dont près de 1 400 au Québec
  • 1830 – 1880 – immigration en Ontario
  • 1874 – 1914 – immigration dans l’Ouest canadien
  • 1918 – 1940 – immigration entre les Deux Guerres mondiales
  • 1945 – aujourd’hui – immigration post-Deuxième Guerre mondiale

Plus de 500 mots

Deuxièmement, ces Allemands n’ont pas apporté au Canada que le sapin de Noël, leur amour pour la musique et l’art, leurs connaissances en médecine et Oktoberfest. Ils ont aussi fait cadeau de quelque 546 mots à la langue française entre les 16e et 19e siècles.

Beaucoup de ces termes se réfèrent à la guerre, à la faune, à la gastronomie et aux mines. Chose curieuse, le terme français «Eau de Cologne» correspond à un parfum créé à Cologne (Köln) en Allemagne par Giovanni Maria Farina, un parfumeur italien.

Voici quelques mots allemands empruntés par la langue française :

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accordéon brandebourd cobalt hamster landgrave quartz
allergie brèche cran hanse lansquenet quenelle
arquebuse brelan cric havresac lied renne
aspirine­ bretelle croissant hère margrave sabre
auroch bride cromorne huguenot menthol sarrau
bivouac burgrave édredon hussard nickel trinquer
blafard butin fifre hutte nouille valse
blockhaus calèche foudre képi obus vasistas
bock choucroute haillon kirsch potasse vermouth
bourgmestre cible halte krach putsch zinc

Source: Histoire du français

Et que dire des mots comme «bretzel», «handball», «muesli», «chic», «kitsch», «chœur», «accordéon» ou même «écologie»?

Le français adoptera-t-il un jour le terme «Donaudamptschiffahrtselektrizitätenhauptbetreibswerkbauunterbeamtengesellschaft» (association de fonctionnaires du bureau de gestion central de la compagnie électrique du bateau à vapeur du Danube)? Peut-être pas… Avec ces 79 lettres, c’est un des mots allemands les plus longs et paraît comme tel dans le livre Guinness de 1996.

C’est donnant-donnant!

De son côté, la langue allemande a adopté quelques centaines de mots français, surtout dans les domaines de la guerre, des mines et du luxe.

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Ces emprunts sont en grande partie le résultat de la révocation de l’édit de Nantes par Louis XIV en 1685. S’en est suivi un exode massif de huguenots, ces protestants calvinistes qui remettaient en question certaines pratiques de l’Église catholique de l’époque qui, par représailles, les persécutait sans relâche.

Quelque 50 000 protestants français se sont établis en Allemagne, dont les deux cinquièmes près de Berlin.

Voici quelques mots français qui ont été empruntés par la langue allemande:

Mots allemands Mots d’origine française Signification, si différente du français
das Accessoire accessoire
die Affäre affaire aventure sexuelle
die Allee allée avenue
der Amateur amateur
der Aperitif apéritif
die Aubergine aubergine
das Baguette baguette
das Baiser baiser meringue
die Barrikade barricade
das Bataillon bataillon
das Billett billet ticket
das Bistro bistro
die Toilette toilettes
die Bouillabaisse bouillabaisse
die Boutique boutique magasin de monde
die Brioche brioche
die Broschüre brochure
das Café café bistro
der Camembert camembert
das Champignon champignon champignon de Paris
das Pilz champignon
der Coiffeur, die Coiffeuse coiffeur, coiffeuse coiffeur (niv. soutenu)
der Friseur ou Frisör friser (v.) coiffeur (niv. familier)
das Debüt début premier pas d’un artiste
fidel fidèle joyeux
die Gendarmerie gendarmerie police
der Komparse comparse figurant
Der Kompagnon compagnon associé

Source: Histoire du français

L’orthographe allemand

Par ailleurs, des mots français entièrement intégrés dans la langue allemande ont fini par adapter l’orthographe allemand:

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  • chauffeur  Schofför 
  • éclatant  – eklatant
  • escorte – das Eskorte
  • étiquette – Etikette
  • fabrique – die Fabrik
  • capitaine – Kapitän
  • rabais – Rabatt

Des patronymes changés

Pour mieux s’adapter à la société canadienne, plusieurs Allemands sont allés jusqu’à transformer, ou carrément changer, leurs noms de famille.

Difficiles à prononcer pour les francophones, certains noms se métamorphosent: Koch est remplacé par Caux, Beyer par Payeur, Schumpff par Jomphe. Parfois, il ne s’agit que du remplacement d’une simple lettre comme dans le cas des Bohle, nom remplacé par Pôle, ou des Yurgens, patronyme qui devient Jurgens.

D’autres patronymes sont simplement traduits littéralement: Zimmerman devient Carpenter, Froebe se transforme en Frève, Wolf en Leloup et Vogel en Oiseau. D’autres noms de famille, plus difficiles à franciser, subissent peu ou pas de changements. C’est le cas des Hoffman, des Wagner, des Grothe, des Heineman, des des Wilhelmi, etc.

Mais que dire des patronymes selon toute apparence française comme Allaire, Albert, Andre, Berger, Bernard, Besette, Bouchard, David, Faille, Ferdinand, Frederic, Gabriel, Gagné, Gallant, George, Gervais, Gille, Guerrard, Hamel, Hebert, Hinse, Hotte, Hubert, Jacques, Lamarre, Lambert, Laparé, Lemaire, Léonard, Lessard, Lettre, Maher, Maheu, Maillé, Major, Martin, Miller, Olivier, Pagé, Paul, Piquette, Plasse, Raymond, Rose, Saint-Pierre, Tyserre, Viger, etc.?

Ces patronymes allemands francisés, en Europe ou au Canada, peuvent induire en erreur le ou la généalogiste le (la) plus chevronné(e) quant à leur origine. Donc, avis aux intéressés: un ou une Leblanc peut être un(e) Français(e) de souche ou un ou une Weiss qui a francisé son nom.

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Un legs non-négligeable

Selon le recensement de 2016, 404 745 Canadiens ont déclaré l’allemand comme langue maternelle, c’est-à-dire 25 000 personnes de moins qu’en 2011.

L’allemand reste toutefois la huitième langue immigrante en importance au Canada après le mandarin, le cantonais, le punjabi, le tagalog, l’espagnol, l’arabe et l’italien.

Pour en savoir plus long sur les Allemands et leurs importantes contributions à la société canadienne, consultez le site de l’Encyclopédie canadienne.

Auteur

  • Michèle Villegas-Kerlinger

    Chroniqueuse sur la langue française et l'éducation à l-express.ca, Michèle Villegas-Kerlinger est professeure et traductrice. D'origine franco-américaine, elle est titulaire d'un BA en français avec une spécialisation en anthropologie et linguistique. Elle s'intéresse depuis longtemps à la Nouvelle-France et tient à préserver et à promouvoir la Francophonie en Amérique du Nord.

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