Consommer son placenta? À éviter…

L’idée de consommer son placenta pour éviter la dépression post-partum et pour prendre des forces après l’accouchement fait des adeptes sur le web. Mais la pratique n’est pas forcément bénéfique pour la santé.
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Publié 25/06/2019 par Catherine Crépeau

L’idée de consommer son placenta pour éviter la dépression post-partum et pour prendre des forces après l’accouchement fait des adeptes sur le web. Mais la pratique n’est pas forcément bénéfique pour la santé.

Smoothies au placenta

La placentophagie, qui consiste à manger son placenta après l’accouchement pour en retirer de l’énergie, suscite un intérêt croissant chez les femmes en post-partum, en particulier aux États-Unis où des vedettes comme Kim Kardashian et Hilary Duff annoncent avoir consommé le leur sous forme de capsule ou en smoothies.

Le placenta assure les échanges nutritifs entre la mère et le fœtus par le biais du cordon ombilical. Par extension, les défenseurs de la placentophagie soutiennent que la pratique est bénéfique pour la mère puisque le placenta conserve les hormones, les vitamines et les nutriments qui ont permis au bébé de grandir.

Livres de recettes pour placenta

Le placenta se mange cru, en smoothies avec des fruits, ou cuisiné. On a même vu des livres de recettes pour placenta!

Mais le plus souvent, les femmes le consomment sous forme de gélules fabriquées avec leur placenta déshydraté. Sur Internet, des dizaines d’entreprises proposent de préparer le placenta pour la consommation humaine ou vendent des ensembles d’encapsulation permettant aux nouvelles mamans de faire leurs propres gélules à partir de leur placenta.

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Bien que la placentophagie soit encore peu répandue, elle inquiète les autorités de santé publique.

Après les Centres de prévention et de contrôle des maladies (CDC) américains et Santé Canada, c’était au tour de la Société des obstétriciens et gynécologues du Canada (SOGC) de dénoncer la pratique dans l’édition de mai 2019 du Journal of Obstetrics and Gynaecology Canada.

Bienfaits présumés

Parmi les bienfaits qui y sont attribués: la prévention de la dépression post-partum, une amélioration du taux de fer, une augmentation du niveau d’énergie et de la production de lait, et un renforcement des liens maternels.

De nombreux blogues rapportent les témoignages de femmes disant s’être senties mieux, avoir vu s’améliorer leur sommeil, leur humeur et leur niveau d’énergie, après avoir consommé leur placenta. Ces bienfaits sont aussi rapportés dans des sondages réalisés aux États-Unis. Leur méthodologie est toutefois critiquée par la SOGC.

Rares études

Le problème, c’est qu’il n’existe pas suffisamment d’études à grande échelle et statistiquement fiables qui démontrent que le placenta agit comme un antidépresseur, aide à la production de lait ou réduit le risque de dépression post-partum.

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De plus, il n’est pas certain que le placenta conserve des vertus nutritives une fois expulsé du corps de la mère. Et les faibles concentrations de nutriments trouvées dans les capsules de placenta déshydraté font douter d’un éventuel effet thérapeutique.

Après avoir fait une revue des données scientifiques disponibles sur la consommation de placenta, la SOGC a conclu en mai que la consommation de placenta humain ne peut être recommandée en raison du manque de données probantes.

L’organisme souligne que les rares études sont de trop petites tailles ou comportent des failles méthodologiques. Par contre, les dommages potentiels, notamment le risque d’infection, sont documentés.

Risques d’infections

Les risques étaient aussi au cœur de l’avis émis par Santé Canada en novembre 2018. Le ministère recommandait aux mères d’éviter de manger du placenta en raison des risques d’infections pour la femme et son nouveau-né.

Un nourrisson a d’ailleurs été hospitalisé en septembre 2016, en Oregon, pour une infection bactérienne causée par les gélules de placenta contaminées au Streptococcus agalactiae que sa mère avait ingérées alors qu’elle l’allaitait.

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Les Centres de prévention et de contrôle des maladies ont réagi en juin 2017, en recommandant d’éviter la consommation de capsules de placenta, les méthodes d’encapsulation n’étant souvent pas adéquates pour tuer toute trace de contamination bactérienne ou virale.

Pas réglementé

Le placenta peut aussi être infecté lors sa manipulation et de son entreposage, après l’accouchement.

Au Canada, les méthodes utilisées pour préparer le placenta à la consommation, notamment sa cuisson ou sa déshydratation, ne sont pas réglementées, ce qui augmente le risque de contamination par des champignons, des virus ou des bactéries nuisibles.

Jusqu’à maintenant, Santé Canada n’a autorisé aucun produit de santé contenant du placenta humain.

À la demande

En 2017, le ministère québécois de la Santé et des Services sociaux a émis une directive autorisant les hôpitaux à remettre le placenta aux parents qui en font la demande, à moins qu’une analyse en laboratoire soit requise.

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Ils doivent aussi être informés que la consommation du placenta est fortement déconseillée en raison des risques de contamination.

Selon la SOGC, la demande, peu répandue au Québec, serait néanmoins à la hausse. Le phénomène est cependant impossible à chiffrer puisque le ministère ne compile pas de données sur le nombre de femmes qui quittent l’hôpital avec leur placenta.

Auteur

  • Catherine Crépeau

    Journaliste à l'Agence Science-Presse, média indépendant, à but non lucratif, basé à Montréal. La seule agence de presse scientifique au Canada et la seule de toute la francophonie qui s'adresse aux grands médias plutôt qu'aux entreprises.

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