Beaumarchais et deux jeunes Acadiens

Partagez
Tweetez
Envoyez

Publié 18/06/2013 par Paul-François Sylvestre

Beaucoup de romans ont été écrits sur la Déportation des Acadiens et sur les lendemains du Grand Dérangement de 1755. Rares sont ceux qui s’intéressent au cheminement de jeunes Acadiens pour regagner le paradis perdu. C’est exactement ce que Jean Mohsen Fahmy nous propose dans le premier tome des Chemins de la liberté, Marie et Fabien.

Le plus étonnant dans ce roman, c’est le développement d’une intrigue qui met en scène non seulement deux jeunes Acadiens et un généreux bienfaiteur, mais des grands noms de l’histoire française de la fin du XVIIIe siècle, soit Pierre-Augustin Caron de Beaumarchais, le chevalier d’Éon et Voltaire.

Dans les derniers chapitres, on y trouve même Benjamin Franklin et George Washington. Roman historique, oui, roman d’aventures, certainement, roman d’amour également.

Les Chemins de la liberté s’ouvrent sur le sort d’un groupe d’Acadiens qui ont été déportés en Angleterre, qui ont fui en France et qui se sont installés dans un village créé pour eux en 1774, dans la région du Poitou. C’est là que nous faisons la connaissance de Marie Guillot, 14 ans, et de Fabien Landry, 17 ans ; ils sont les deux narrateurs du roman.

Le seigneur des lieux remarque la curiosité de Marie et l’esprit vif de Fabien. Il les fait instruire (lire, écrire, compter), puis les emmène à Paris. Fabien devient le bras droit de Caron de Beaumarchais, qui dirige Roderigue Hortalez et Cie, une entreprise d’exportations.

Publicité

Marie devient, elle, la dame de compagnie de la femme de Beaumarchais. Heureuse situation qui permet aux deux jeunes amoureux de se fréquenter assez librement.

Je note, en passant, que les secrètes spéculations et exportations de Beaumarchais furent le sujet central du roman historique Beaumarchais, Benjamin Franklin et la naissance des États-Unis, de Lion Feuchtwanger, paru en 1946.

Fabien et Marie découvrent Paris, ville aux limites de l’inconcevable, paradis mythique dans l’esprit de leurs parents. Mais ils n’oublient pas que leur vrai pays demeure l’Acadie et qu’ils doivent un jour y retourner. Je peux vous dire que ce ne sera pas dans ce premier tome que le retour s’effectuera.

Au contraire, Marie et Fabien se réchauffent le cœur «en admirant ensemble les mêmes beautés, en s’émerveillant devant les mêmes chefs-d’œuvre». L’auteur écrit que c’est «dans la foule pressée et l’infernale cohue de Paris» que Marie se trouve seule avec Fabien, «épaule contre épaule, bras contre bras».

Jean M. Fahmy a de toute évidence bien fouillé la vie de Beaumarchais, ses amours et ses secrètes activités pour soutenir les Américains contre les Anglais en leur exportant des armes et des munitions.

Publicité

Le roman porte un regard sur le Paris d’avant la Révolution française. D’un côté, les riches demeures des nobles et des bourgeois, de l’autre, les taudis lépreux et les maisons décrépites d’une population miséreuse, sale et bruyante. Fahmy a recours à une expression en or pour décrire cette réalité; il parle du «Paris moitié or moitié boue».

Sous la plume de Jean M. Fahmy, la personnalité de Beaumarchais est admirablement capturée dans les dialogues, dont voici un exemple qui illustre bien le style finement ciselé de l’auteur: «Mais, ma foi, j’aime bien les masques. Masquer, ruser, feinter, se cacher, sourire quand on veut pleurer, pleurer quand on veut rire, rebondir quand on vous écrase, disparaître quand on vous cherche et paraître là où l’on ne vous attend pas n’est-ce pas là le sel de la vie?»

Fahmy sait aussi bien décrire la sensualité d’un corps, féminin ou masculin.

Beaumarchais envoie Fabien comme espion à Londres et Marie l’accompagne. Dans la capitale anglaise, les deux amoureux se promènent dans tous les quartiers et entendent «des exclamations d’une verdeur et d’une vigueur étonnantes» qui rivalisent avec «les injures et les invectives des folliculaires et des pamphlétaires de Paris».

Fabien fréquente un high society club, apprend des secrets militaires et se fait arrêter. Pendant qu’il croupit dans la sinistre Tour de Londres, Marie fait la connaissance du chevalier/chevalière d’Éon, qui réussira à leur procurer un sauf-conduit vers la France.

Publicité

Les péripéties et les aventures que vivent Marie et Fabien dans ce superbe roman de Jean M. Fahmy sont le miroir de cette recherche de liberté si importante au XVIIIe siècle; liberté des individus qui rejettent mille carcans et liberté des peuples dont le bouillonnement débouchera sur les Révolutions française et américaine.

Jean Mohsen Fahmy, Les Chemins de la liberté, tome 1 – Marie et Fabien, roman, Chicoutimi, Éditions JCL, 2013, 360 pages, 24,95 $.

Auteur

  • Paul-François Sylvestre

    Chroniqueur livres, histoire, arts, culture, voyages, actualité. Auteur d'une trentaine de romans et d’essais souvent en lien avec l’histoire de l’Ontario français. Son site jaipourmonlire.ca offre régulièrement des comptes rendus de livres de langue française.

Partagez
Tweetez
Envoyez
Publicité

Pour la meilleur expérience sur ce site, veuillez activer Javascript dans votre navigateur