150e de l’AANB, pas du Canada

Réunis à Québec, les dirigeants de l’Ontario, du Québec, du Nouveau-Brunswick et de la Nouvelle-Écosse se dotent d’un gouvernement fédéral en signant l’Acte de l’Amérique du Nord britannique qui entrera en vigueur le 1er juillet 1867.


17 janvier 2017 à 9h08

Le 150e Anniversaire de la Fédération canadienne ne peut aucunement être confondu avec l’anniversaire du Canada, comme le font des administrations et des médias, soutient l’historien Yves Breton dans un article à paraître en février dans Le Chaînon, le magazine du Réseau du patrimoine franco-ontarien,

«Faire remonter le Canada à 150 ans seulement occulte avec une insensibilité déconcertante le rôle exceptionnel des Premiers Peuples dans l’exploration, l’organisation et la mise en valeur initiales du territoire, tout en balayant iniquement le passé français du Canada, formé de vastes contrées, et gouverné par un Conseil souverain, à partir de 1663.»

Et nous sommes une «Fédération», précise-t-il, pas une « Confédération», parce notre gouvernement fédéral est élu directement par la population et non par les provinces. Ce qu’on appelle la «Confédération canadienne» ou la «Confédération du Canada», c’est le processus par lequel quelques colonies se sont unifiées afin de former une nation, une fédération.

C’est le 150e anniversaire de l’Acte de l’Amérique du Nord britannique de 1867 (AANB) qu’on célèbre en 2017.

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Yves Breton

Le Canada français, fondé par les pionnières et pionniers français, avec le concours de nombreuses collectivités des Premiers Peuples, est devenu de fait britannique en 1760, à la suite de la capitulation de Montréal.

Il s’est transformé officiellement en Canada britannique trois ans plus tard par le biais du Traité de Paris de 1763. «Un changement de Régime n’entraîne pas la suppression de l’Histoire et du patrimoine immatériel d’un pays, comme semblent le croire certains.»

«La Grande-Bretagne de George III reconnaissait alors clairement que le Canada existait bel et bien et, même, qu’il possédait des dépendances», souligne M. Breton.

La Grande-Bretagne garantissait aussi aux «Habitans (sic) du Canada la Liberté de la Religion Catholique».

La langue parmi les us et coutumes

La langue française, par contre, ne faisait l’objet d’aucune protection dans le Traité de 1763, bien qu’à certains égards la reconnaissance politique obligée, pratique, des «us et coutumes» des Canadiens supposait l’usage du français. Néanmoins, c’était l’anglicisation des Canadiens que l’on souhaitait, compte tenu des efforts politiques, juridiques et administratifs des diverses administrations qui se sont succédé au Canada.

Et puis, «une lacune aux conséquences dramatiques est vite apparue après la cession du Canada aux Britanniques :

la Grande-Bretagne ne s’est pas engagée à prendre à son compte et à honorer les multiples traités franco-amérindiens de paix et d’entraide qui régissaient les relations entre de nombreuses Nations amérindiennes et les Canadiens.»

«Le célèbre Traité de la Grande Paix de Montréal de 1701, par exemple, entre les Français et 39 Nations amérindiennes, allait devenir caduc… Une tragédie se préparait. Certains Anglais voulaient exterminer les Amérindiens ou au moins les mettre à l’écart de la colonie afin de faire de la place pour les nouveaux colons britanniques.»

«L’on repoussa ainsi les Amérindiens dans des territoires déterminés dont certains allaient devenir des réserves permanentes et leurs territoires de chasse furent rétrécis, comprimés.»

«C’était une mesure désastreuse, mais il y avait pire», poursuit M. Breton: le major William Trent et le général Jefferey Amherst voulurent exterminer les Amérindiens avec, notamment, des couvertures contaminées qui provoquèrent des épidémies de variole. Le major Trent écrivit à ses supérieurs le 24 mai 1763: we gave them Blankets and an Handkerchief out of the Small Pox Hospital. I hope it will have the desired effect»…

Le français en péril

Les mesures de minorisation et d’anglicisation adoptées par l’Administration britannique se sont vite heurtées à l’opposition des Francophones, rappelle M. Breton.

«Les Francophones se faisaient de plus en plus minoriser par le biais, notamment, de la répartition des pouvoirs entre les Anglais et les Canadiens. Les manigances avaient pour objet de stimuler l’assimilation en cantonnant la Francophonie dans un état d’infériorité défavorable à son développement.»

«Les malaises persistants entre les Anglais et les Canadiens causèrent des heurts qui, hors de tout doute, mettaient en lumière le besoin de repenser le régime politique du Canada. Notamment, les écrits de 1858 de Jean-Charles Taché raffermirent du côté francophone et francophile l’idée d’une fédération alliant deux peuples égaux.»

À partir de 1864, des discussions entre les représentants du Canada-Uni (Ontario et Québec), le Nouveau-Brunswick et la Nouvelle-Écosse mènent à une fédération officialisée par l’Acte de l’Amérique du Nord britannique qui entra en vigueur le 1er juillet 1867.

«Notons que cette Loi constitutionnelle a fortement déçu George-Étienne Cartier, car elle ne représentait pas un pacte entre deux peuples voulus égaux, fondateurs d’un nouveau régime constitutionnel et politique pour le Canada. Cartier s’est senti si trahi par John A. Macdonald qu’il refusa les titres honorifiques qu’on lui accorda.»

Selon le sociologue Fernand Dumont, l’AANB a révélé «une incapacité à mettre en place un système fondé sur la reconnaissance et l’égalité entre les peuples canadien-français et canadien-anglais».

M. Breton ajoute que «la Francophonie se faisait diviser et minoriser davantage et l’Administration, largement unilingue anglaise, allait se montrer fréquemment incompétente dans la mise en œuvre de sa mission et de ses programmes».

«Par exemple, des fonctionnaires unilingues ne pouvaient pas fournir leurs services en français. Les Francophones se sont vus privés d’une juste répartition des budgets. Les écoles françaises n’ont pas été protégées, pas plus que l’enseignement en français qui était souvent supplanté par l’anglais dans des écoles françaises. La radio et la télévision de langue française ont beaucoup tardé à se développer hors du Québec. La Justice en français fait toujours problème dans plusieurs provinces et il y a encore des juges unilingues à des Cours qui devraient pourtant pouvoir entendre les causes dans les deux langues.»

La constitution de 1982

La Loi constitutionnelle de 1982 (dans la foulée du rapatriement) renferme des améliorations notables qui ont permis des progrès en éducation, notamment, et en soutien aux collectivités de langue officielle.

«Malgré tout», constate M. Breton, «nous sommes toujours aux prises avec des luttes en faveur de l’enseignement et de la santé en français et de services juridiques bilingues. Et souvent, il nous faut déployer des efforts importants pour assurer la présence du français dans les instances gouvernementales.»

«Et puis, en 2017, Ottawa, la capitale du Canada, n’est pas encore officiellement bilingue. Et son maire n’est pas membre de l’Association internationale des Maires francophones (AIMF).»

De quoi célébrer

Malgré toute cette histoire tumultueuse, Yves Breton trouve des raisons de fêter joyeusement le 150e en 2017 :

«D’abord, il y a notre détermination collective et individuelle, notre courage et notre créativité qui méritent notre admiration et une reconnaissance festive.»

«Célébrons nos meneuses et nos meneurs, que ce soit dans le domaine de l’éducation, des arts, de la culture, des affaires, du Droit, de la politique et ainsi de suite.»

«Célébrons nos nombreuses réalisations et employons-nous à les mettre en valeur.»

«Célébrons les Francophiles qui contribuent à la vie de la Francophonie canadienne.»

«Célébrons nos actions visant à améliorer notre sort, de même que nos efforts visant à développer nos institutions.»

«Célébrons les Néo-Canadiennes et Néo-Canadiens qui partagent avec les Francophones l’objectif de développer nos collectivités.»

«Célébrons-nous en mettant en lumière notre engagement envers le bien-vivre collectif et le vivre-ensemble harmonieux de toutes les composantes de la Francophonie et de la Francophilie.»

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