Vote et voile: un vrai faux-débat!

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Lors des élections fédérales partielles qui se sont déroulées le 17 septembre dernier au Québec, un débat a refait surface: les femmes musulmanes ont-elles le droit de voter en portant un niqab qui cache leur visage? Réponse d’Élections Canada: oui. Mais clameurs courroucées du côté des partis fédéraux! En Ontario, rien n’empêche une femme de voter voilée. Et personne ne s’en offusque. Les Québécois auraient-ils les nerfs à vif?

Consultés sur la question du vote des femmes voilées, les principaux partis politiques ontariens refusent de créer une telle polémique.

Le chef du Parti libéral, Dalton McGuinty, se déclare «satisfait des procédures actuellement en place chez Élections Ontario». Il les juge «suffisantes pour assurer un vote équitable», et précise qu’il n’a «pas d’objection au vote des femmes voilées, tant qu’elles respectent les politiques d’identification existantes».

On retrouve le même sens de la mesure du côté du Parti conservateur et du Nouveau Parti démocratique (NPD) qui s’alignent sur la position d’Élections Ontario.

Dans la province, la procédure électorale oblige l’électeur à montrer une pièce d’identité au scrutateur et au secrétaire du bureau de vote.

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Mais cette preuve d’identité ne doit pas nécessairement comporter une photo: seuls le nom et la signature de l’électeur sont requis. Celui-ci peut ainsi présenter sa carte d’assurance sociale ou encore sa carte de crédit. Les femmes musulmanes qui désireraient voter en portant un voile n’ont donc pas besoin de montrer leur visage.

Pour les élections fédérales, régies par un autre code électoral, la procédure est un peu plus complexe mais les femmes voilées ont également la possibilité de voter sans se découvrir. Elles peuvent s’identifier dans les bureaux de scrutin en présentant une pièce d’identité avec photo et un autre document prouvant leur identité. Si elles n’ont pas ces deux documents, elles pourront faire confirmer leur identité par un autre électeur inscrit dans la même section de vote.

Ainsi, si elle ont les papiers nécessaires ou si elles sont accompagnées d’une personne qui peut confirmer leur identité, les femmes voilées n’ont donc pas à se découvrir.

C’est ce qui a soulevé un si grand tollé au Québec le mois passé, à l’occasion des élections fédérales partielles qui se sont déroulées dans les circonscriptions d’Outremont, de Saint-Hyacinthe et de Roberval-Lac-Saint-Jean. Tous les partis fédéraux ont protesté, à l’exception du NPD.

Le directeur général d’Élections Canada, Marc Mayrand, ne faisait pourtant que respecter la loi électorale. Malgré les pressions politiques, il a d’ailleurs refusé d’user de son pouvoir discrétionnaire pour la modifier.

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Pourquoi la tension est-elle si vive au Québec? Pourquoi ce «non-débat» soulève-t-il tant de passions? Car au bout du compte, combien d’électrices se présentent complètement voilées aux bureaux de vote? Vingt? Trente? Cinquante?

Patrice Brodeur est professeur agrégé à la Faculté de théologie et de sciences des religions de l’Université de Montréal. Il s’est spécialisé sur les questions d’intégration des communautés culturelles et religieuses dans un univers pluraliste, en étudiant plus précisément le cas des musulmans.

Pour lui, si la question du vote des femmes voilée soulève bien plus de débats au Québec qu’en Ontario, c’est parce que, présentement, la sensibilité des Québécois est exacerbée: «Nous sommes dans le bain de la commission Bouchard-Taylor [chargée en février dernier par le gouvernement Charest de se pencher sur la question des accommodements raisonnables] et ces débats font partie de la conjoncture. De plus, toutes les revendications à dimension religieuse – surtout liées à l’Islam – sont très médiatisées.»

Comme le souligne Patrice Brodeur, des solutions toutes simples pourraient pourtant être envisagées pour pallier le «problème» du vote des femmes voilées: demander à ces femmes de se dévoiler devant le personnel féminin du bureau de vote, à l’abri des regards, ou demander à ces femmes de voter par la poste… comme l’ont fait 80 000 personnes lors des élections précédentes!

Ainsi, ce débat reflète davantage l’existence de craintes dans la population plutôt qu’un réel problème. Pour Patrice Brodeur, cette crispation «indique un phénomène de peur; on a une projection de ce qui pourrait se passer, avant même que les problèmes ne soient vraiment soulevés. Dans ce cas, rajoute-t-il, il n’y a même pas eu de revendication, on va donc au-delà de la demande. C’est dangereux! Quel message lance-t-on?»

En Ontario, la question n’a pas encore été soulevée, mais la campagne électorale n’est pas encore close. Gageons qu’elle ne s’aventurera pas sur ce terrain glissant.

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