Une soirée pour vagabonder

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Un air de liberté. C’est ce que l’on pouvait ressentir dans les locaux de l’Alliance française de Toronto mercredi dernier. Dès 19h30, le public a pu voyager au fil des paysages québécois… sans bouger de sa chaise. Internet? Non, la puissance des mots. Ceux du conteur québécois Simon Gauthier.

L’affaire n’est pas compliquée. Une chaise, un fond noir, une lumière tamisée, et un étrange personnage. Laissez-vous porter par l’histoire et la mise en scène des mots, vous planterez le décor vous-mêmes.

Chasse-misère

Et il y en avait, du paysage, pour celui qui voulait voir. Pas de circuit touristique ou de voyage en première classe, je vous parle d’imaginaire. Conteur depuis plus de 15 ans, Simon Gauthier est un «troubadour, parti sur la route pour raconter des histoires». Et ce soir la, il n’était pas le seul.

Vagabond d’un soir, c’est sur les pas de Pierrot que le public s’est laissé transporter. Une histoire peu banale. Celle d’un homme, qui depuis sa tendre enfance avait en lui quelque chose de spécial. Gamin charismatique aux yeux porteurs d’une lueur, d’un rêve. Celui de partir à la rencontre des autres et de prendre soin du monde.

Car oui, Pierrot était en fait un «Chasse misère». Tout comme ses ancêtres, il avait en lui ce pouvoir de chasser les regards tristes, la peine, autrement dit le «morose»: ce fuyard qui s’installe lâchement en ville quand les regards sont tournés ailleurs.

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Mais voilà, être vagabond, «c’est manquer d’ambition». Un discours et une honte qui le fera se mentir à lui-même pendant plus de 35 ans, caché derrière sa jolie carrière de chanteur, qui le faisait brûler les planches et goûter à une vie de rêve. Et pourtant, il finira par tout plaquer et revenir vers l’essentiel, la poursuite de son rêve, aussi fou et décalé soit-il: vivre de la poésie.

Voyage musical

Optimisme, liberté, nature, paix…c’est sur un fond musical original que l’artiste a bercé le public.

Bruitages, vieille chanson française et québécoise, c’est surtout autour d’instruments peu communs que Simon Gauthier a fait résonner ses mots: une guimbarde pour entraîner le spectateur dans la marche; un baleinophone, large tube rempli de ressorts, pour se plonger dans la réflexion du personnage; une scie, instrument aux sons arrondis, qui crée la confusion. Pas d’excès, juste assez pour plonger le public plus intensément au cœur du récit.

Histoire vraie

Héros de conte, légende vivante des temps moyenâgeux, tout droit sortie des profondeurs de l’imaginaire.

Le public a été surpris d’apprendre qu’il s’agit en fait d’une véritable rencontre du conteur. «C’est un personnage que j’ai vraiment rencontré», confie l’artiste. «Il est en ce moment au Québec et prépare un doctorat sur son vagabondage. Il m’a raconté son histoire, et j’ai voulu la transporter, la faire découvrir à d’autres à mon tour.»

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Un message brut, qui ramène aux valeurs essentielles, à travers le conte. «Beaucoup de gens pleurent sur cette histoire. Ils s’y reconnaissent d’une certaine manière. Certains ne savent plus où ils vont, et se disent, mais c’est moi.»  

«Le conte est une très belle relation entre la scène et le public. Il crée une véritable proximité. C’est un peu comme la première télévision du monde. Le conteur est le canal, les spectateurs utilisent les mots et se font leurs propres images. Ils découvrent en fait le plus grand théâtre du monde, celui de l’imaginaire.»

Mais, chaque voyage a une fin, et pour le public présent dans la salle, il fallut jeter l’encre, après avoir fait un peu de chemin. Par contre, la route ne semble pas terminée pour Simon Gauthier. Après Toronto, il s’en va parcourir du Québec, et s’envolera trois mois pour la France. Peut-être le croiserez-vous, sait-on jamais.

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