Une histoire de l’art nationale ou globale?

Lancement de Narratives Unfolding au Centre culturel canadien de Paris

Martha Langford et Corina Ilea.


26 novembre 2017 à 11h00

«Dans un monde de l’art globalisé, que devient la nation?»

Samedi 18 novembre dernier, le Centre culturel canadien à Paris accueillait un colloque international pour répondre à cette question, si large soit-elle. Pour débattre, huit chercheurs canadiens et européens ont exposé les résultats de leurs recherches.

Cet événement a marqué dans le même temps le lancement du livre qu’ils ont conjointement écrit: Narratives Unfolding: National Art Histories in an Unfinished World aux éditions McGill-Queen’s University Press.

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Organisatrice passionnée

Ce colloque a été placé sous la direction de Martha Langford, professeure agrégée et chaire de recherche en histoire de l’art à l’Université Concordia de Montréal, et éditrice du livre.

«C’est un grand honneur de recevoir Martha Langford à nouveau, ici», se réjouissait Catherine Bédard, directrice-adjointe du Centre. «Son travail est très important au Canada. Il est ancré dans l’histoire. C’est une personnalité tellement passionnée par son sujet, qu’il est impossible de ne pas la suivre.»

Durant près de six heures, Martha Langford et ses homologues ont évoqué des moments clés de l’histoire artistique moderne et contemporaine du Canada, de l’Égypte, de l’Islande, de l’Inde, de la Roumanie, de l’Irlande et de la Turquie.

Au regard de ces exemples riches et variés, les participants venus nombreux ont pu mesurer toutes les spécificités de l’art, ses influences croissantes et les zones d’ombre et de combat qui jalonnent son histoire.

Martha Langford, Johanne Sloan, Tammer El-Sheikh, Martin Beattie, Ceren oXXXzpinar, Corina Ilea, Aesa Sigurjonsdottir, Fionna Barber, Catherine Bédard.
Martha Langford, Johanne Sloan, Tammer El-Sheikh, Martin Beattie, Ceren Özpinar, Corina Ilea, Aesa Sigurjonsdottir, Fionna Barber, Catherine Bédard.

L’influence américaine

Au cours de son intervention, Martha Langford a par exemple mis en avant l’influence majeure du savoir-faire américain dans l’invention des institutions photographiques canadiennes.

La fin des années 60 coïncide avec l’essor de la photographie au Canada, mais aussi avec une vague d’immigration américaine de près de 60,000 individus – des «resisters» de la guerre du Vietnam notamment. Ces deux réalités semblent liées.

D’un point de vue photographique, Toronto symbolise ces échanges croissants entre les deux pays. Le développement de cursus éducatifs en photographie à l’Université Ryerson en 1966 ou l’ouverture de galeries comme la Baldwin Street Gallery en 1969, sont des exemples significatifs.

La Baldwin Street Gallery, centre névralgique de cette nouvelle communauté américaine est devenue un lieu stimulant et émancipateur. «Cette migration a clairement influencé les mouvements de contre-cultures au Canada, comme le féminisme ou l’environnementalisme. On peut considérer cet épisode comme une ‘colonisation culturelle américaine’», explique Martha Langford.

Au cœur d’une période où la nation canadienne en appelait au patriotisme, avec l’adoption du drapeau canadien ou la célébration du centenaire de la Confédération, «les exilés américains et les défenseurs de la photographie canadienne ont souvent été les mêmes personnes, paradoxalement», conclut la chercheuse franco-ontarienne.

Martin Battie et Tammer El-Sheikh.
Martin Beattie et Tammer El-Sheikh.

Penser local dans un monde global

Au cours de ce colloque, les thèmes ont été multiples, si bien qu’il est difficile de tous les évoquer.

On peut citer, par exemple, les discriminations artistiques des communautés noires en Irlande, LGBT en Égypte, féminines en Islande ou ethniques en Turquie.

On peut aussi souligner le travail de recherche de Johanne Sloan, professeure à l’université Concordia, autour du phénomène d’urbanisation des villes de Vancouver, Winnipeg et Montréal et de la création «d’art worlds multiples».

C’est justement cette multiplication de mondes artistiques, au sein d’un monde globalisé qui pose question. Lors d’un entretien pour L’Express, Martha Langford nous confiait: «On participe tous à cette mentalité artistique globale, mais en même temps on y attache une importance locale, c’est normal. La difficulté est de ne pas se penser trop local.»

«Avec le dialogue des cultures, tout est remis en jeu», insiste Catherine Bédard.

Ce colloque et la publication du recueil d’essais Narratives Unfolding auront à coup sûr accompli cette mission – celle de stimuler les échanges culturels, de questionner sans complaisance l’écriture de l’histoire. Au travers d’exemples nombreux, c’est toute l’unicité de l’art qui s’est manifestée, mais aussi son inépuisable lien avec celles et ceux qui l’entourent.

Vue du Centre culturel canadien à Paris.
Vue du Centre culturel canadien à Paris.

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