Une corne d’abondance… de mots!

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J’ai un jour appris que l’expression «faire face à la musique» était incorrecte en français parce qu’elle était le calque de l’expression anglaise équivalente. J’ai alors retenu qu’il valait mieux dire «affronter la situation» ou, si on voulait à tout prix utiliser une expression imagée, employer «prendre le taureau par les cornes».

C’est là une expression fort jolie. En cherchant un peu dans les ouvrages de référence et sur le web pour trouver l’origine de cette expression – je suis curieux de nature, vous le savez – j’ai fait un constat étonnant. En ouvrant le dictionnaire au mot corne, j’ai pu constater que ce mot avait beaucoup de proches parents.

Le mot «corne» est un des plus fertiles de la langue française. Quand je dis «fertile», je veux bien sûr dire que le mot a une famille nombreuse. Il a donné naissance à de nombreux dérivés, encore bien vivants aujourd’hui.

Objet protubérant

Intéressons-nous d’abord au mot corne lui-même. On dit qu’il est apparu dans la langue française vers 1121. Il vient du bas latin corna, qui est en fait une altération de cornua, désignant sommairement un «objet protubérant». Déjà à cette époque, corne avait cor comme concurrent.

Le mot corne, désignant une excroissance dure de certains animaux, a connu une expansion analogique, symbolique et métonymique. Il a d’abord été associé à des êtres imaginaires, comme le diable ou la licorne. Il a par la suite désigné les bois des cerfs, des taureaux.

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Très tôt, vers 1195, le mot a aussi été associé aux angles saillants présentés par certains objets, faisant ainsi référence à la forme de la corne ou à ses pointes. On disait alors des cornes de lune ou des cornes de mitre. Par analogie, on disait aussi corne pour parler du pli fait au coin d’un papier.

Le Dictionnaire historique de la langue française de Robert nous dit aussi que le mot a également désigné des objets faits à l’origine d’une corne évidée, comme lorsqu’on parle d’une corne d’abondance ou d’une corne comme étant un instrument, semblable au cor, servant à avertir.

Nombreuse descendance

On dit en fait de corne qu’il a été beaucoup plus vivant que son concurrent cor. Pourquoi? Parce que ses descendants sont très nombreux.

Le verbe corner, qui voulait dire sonner du cor, est aujourd’hui employé comme synonyme de klaxonner. Les mots cornage et cornement désignent la production de sons semblables à celui du cor. Cornage a d’abord été associé au son du cor, mais par la suite, à un râle que poussent les chevaux puis, plus récemment, les humains.

Étonnamment, le verbe cornemuser est apparu dans la langue française avant cornemuse, qui y est toutefois resté jusqu’à nos jours. Les mots cornier et cornière font référence à l’aspect anguleux associé à la corne dans l’explication fournie plus haut.

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On ne peut évidemment pas passer sous silence le dérivé archiconnu cornet, qui est un diminutif de corne. D’abord destiné à désigner un objet en forme de corne qui produit des sons, joué par un cornettiste, le mot cornet a par la suite eu un usage élargi, allant de l’objet acoustique dont on se sert pour mieux entendre, jusqu’au contenant que l’on connaît aujourd’hui, notamment pour la crème glacée.

Qui ne connaît pas non plus les cornettes que portaient certaines religieuses? On faisait bien sûr allusion à la forme de cette coiffe célèbre. Il s’agit pourtant d’un diminutif féminin de corne.

Gastronomie et érotisme

Mais corne a un troisième diminutif, un nom masculin encore bien en usage de nos jours. Lequel? Allez, devinez! Il s’agit bien sûr de cornichon, désignant un petit concombre. Le mot, imaginez, a même déjà eu un sens érotique, puisqu’il désignait une «petite corne». Au milieu du seizième siècle, tout prétexte était bon…

Ajoutons à cette liste, déjà impressionnante, des mots comme corné (adj.), cornaline, cornade, cornard, corniste, écorner, écornure, écornage, écornifler, écornifleur, écorniflerie, écorniflure, encornure, décorner, racornir, racornissement, unicorne, bicorne et tricorne, pour ne nommer que ceux-là.

Voyez comment un mot peut être «fertile» au fil des siècles.

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L’expression bien connue «un vent à décorner les boeufs» est, en passant, bien ancrée dans la langue française. Il ne s’agit ni d’un canadianisme, ni d’une expression familière. Le verbe décorner, qui signifie «enlever les cornes d’un animal» est dans ce cas-ci employé au figuré pour parler d’un vent très violent.

Décorner les boeufs, prendre le taureau par les cornes… Heureusement qu’il y a les animaux pour imager parfois notre pensée!

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