Les mots de Torino… ou de Turin

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Publié 07/03/2006 par Martin Francoeur

Le rideau est tombé sur les Jeux olympiques de Turin. Ici, on en retiendra sans doute deux choses: la belle récolte de médailles pour le Canada, mais aussi la piètre performance de l’équipe canadienne en hockey masculin. À Turin, on boucle la boucle avec le sentiment du devoir accompli. Avec le sentiment d’avoir légué une belle page d’histoire à l’humanité.

Mais le legs des Italiens au monde entier ne s’arrête pas aux jeux de Turin, de Rome ou de Cortina d’Ampezzo. Pour nous, francophones, l’apport des Italiens est considérable dans la langue que nous parlons. Et ça remonte à il y a longtemps. On dit que le français compte environ un millier de mots d’origine italienne. La plupart sont entrés dans notre langue à l’époque de la Renaissance. Après plusieurs années de conflits, les échanges entre Français et Italiens se sont resserrés. On dit même que la cour de France, à l’époque de Catherine de Médicis, s’est raffinée en s’italianisant.

Des termes relatifs à la guerre, comme canon, alarme ou cartouche, ont traversé jusqu’en France. Même chose pour plusieurs mots du vocabulaire de la finance, comme banque, crédit, banqueroute et trafic, qui ont fait le même voyage. On pourrait aussi ajouter des termes reliés aux mœurs (courtisan, caresse, escapade), à l’architecture (belvédère, arcade, appartement, balcon) ou aux arts (coloris, opéra, concerto, scénario).

On remarquera avec justesse que l’italien a légué au français une quantité incroyable de termes liés à la musique et à la cuisine. Que serait la musique sans les arias, capriccios, contraltos, glissandos, maestros, mezzos, oratorios, rondos, sopranos, ténors, trémolos, vibratos, pianissimos, pizzicatos, ricercares, tempos, toccatas et autres termes semblables? Que seraient les indications dans une partition musicale sans les forte, allegro, staccato, andante, adagio, agitato, crescendo, fortissimo, legato, lento, vivace?

D’autre part, en cuisine, on ne saurait contester le caractère italien des pâtes! Personne n’a jamais jugé pertinent de traduire dans des consonances plus françaises des termes comme spaghetti, macaroni, tagliatelle, gnocchi, cannelloni, lasagne, ravioli, tortellini ou fettucini. Aux pasta, il faut aussi ajouter la mortadelle, la mozzarella, le bocconcini, le cappucino, le carpaccio… Autant de mots qui donnent l’eau à la bouche! On estime qu’environ 8 000 mots italiens ont envahi le français. Mille auraient survécu.

L’influence italienne en français s’est traduite de deux façons différentes. Ou les mots sont entrés intégralement dans notre langue, ou alors ils ont été francisés, quitte à en déformer parfois l’orthographe originale. En analysant simplement l’orthographe et la prononciation, il est facile de savoir que confetti, imbroglio, graffiti, oratorio ou pianissimo sont des mots que la langue française a directement importés de l’italien.

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En revanche, bien malins sont ceux qui peuvent spontanément dire que les mots galère, boussole, remorquer, carnaval, poltron et solfège, pour ne nommer que ceux-là, sont d’origine italienne. Et ces mots sont souvent plus nombreux qu’on ne le croit. Pourquoi? Parce que la langue latine est aussi proche de l’italien que du français, sinon plus. Il arrive que les dictionnaires ne soient pas précisément fixés quant à l’origine de certains mots qui ont été empruntés au latin ou à l’italien.

De nos jours, la problématique se pose aussi du côté des noms propres. Les membres du comité organisateurs des Jeux olympiques d’hiver de Turin ont toujours répété leur souhait de voir leur ville désignée comme étant «Torino», c’est-à-dire par son nom en italien. Or, Turin est une de ces villes dont le nom a été francisé par l’usage.

C’est aussi vrai pour Firenze (Florence), Napoli (Naples), Venezia (Venise), Milano (Milan), Padova (Padoue), Parma (Parme) et même Roma (Rome). Le débat sur l’utilisation des noms francisés ou des noms de ville dans la langue du pays reste entier. On dit maintenant Beijing au lieu de Pékin, Mumbai au lieu de Bombay… Mais on hésite encore à dire London, Lisboa, Athinai, Moskva, Praha…

Et l’idée ne nous vient pas de traduire en français des noms de villes comme Buenos Aires, Los Angeles, New York ou San Juan. Pour les noms géographiques, on le constate, c’est un véritable capharnaüm. Mais c’est un problème qui n’a rien à voir avec l’apport de l’italien à la langue française. Ça, on peut dire que c’est un cadeau. Un vrai.

Auteur

  • Martin Francoeur

    Chroniqueur à l-express.ca sur la langue française. Éditorialiste au quotidien Le Nouvelliste de Trois-Rivières. Amateur de théâtre.

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