Une autre Terre à 20 années lumière

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Gliese 581c. Le patronyme de l’une des plus importantes découvertes de ces dernières années dans le domaine de l’astronomie est encore temporaire. Heureusement, car si l’identification d’une planète pouvant potentiellement accueillir une forme de vie prête aux rêves les plus fous, nul doute que les «Gliese 581c-iens» ne pourraient nous pardonner une telle faute de goût.

L’information a filtré des murs du Centre national de la recherche scientifique (CNRS) mercredi dernier.

L’institut français, qui comprenait quelques chercheurs au sein d’une équipe essentiellement composée de scientifiques de l’Observatoire de Genève et du Centre d’astronomie de Lisbonne, a alerté la communauté internationale sur la découverte de cette fameuse troisième planète gravitant autour de Gliese 581, l’une des étoiles de la constellation de la Balance, parmi les plus proches de notre système.

Observée à partir du télescope Harps de l’Observatoire spatial européen (ESO) à La Silla, au Chili, cette planète s’est révélée partager quelques caractéristiques fondamentales avec notre Terre.

Tout d’abord, elle tourne bien en orbite de son astre, au sein d’un système composé de trois planètes identifiées à ce jour. Sa période de révolution est estimée à 13 jours, ce qui permet d’en déduire que la proximité avec son étoile équivaudrait à 0.07 fois la distance de la Terre au Soleil.

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Pour autant, l’hypothèse selon laquelle la vie y serait présente est viable, en raison de la nature de son étoile, une naine rouge. À la différence des astres jaunes, dont le soleil fait partie, les naines rouges sont beaucoup moins lumineuses mais présentent une durée de vie plus importante. Dans le cas de Gliese 581, son rayonnement serait 77 fois moindre que celui du soleil, ce qui permet d’envisager des températures à la surface de cette planète de l’ordre de -3 à 40 ºC.

Cette «SuperTerre», comme elle est déjà surnommée, présenterait également d’autres similitudes avec la planète bleue. Contrairement à Jupiter, Saturne ou la plupart des exoplanètes découvertes jusqu’ici, sa masse est très faible – de l’ordre de 5,1 fois celle de la Terre – ce qui laisse penser que sa constitution serait essentiellement solide ou liquide. À densité comparable, la gravité qui y régnerait serait proche de deux fois celle de la Terre.

Un amas de statistiques et de probabilités pourtant soumis à l’incertitude. En premier lieu, il n’existe aucune image à proprement dit de Gliese 481c. Comme l’explique Pierre Chastenay, astronome au planétarium de Montréal, «en raison de l’éblouissement provoqué par les étoiles, les télescopes d’aujourd’hui ne permettent pas d’identifier physiquement la présence d’un corps peu lumineux à leur proximité».

La méthode utilisée pour identifier Gliese 581c est celle de la spectrographie. Elle consiste à étudier les infimes variations de vitesse de l’étoile provoquées par la présence d’une planète en orbite autour d’elle.

Ces variations sont d’autant plus faibles que la masse de l’étoile concernée est massive. Les naines rouges sont donc la cible privilégiée de ce type de recherche en raison de leur faible gabarit face à leurs homologues jaunes. Ceci mis à part, elles présentent un autre avantage, à savoir que sur les 100 étoiles les plus proches de notre système solaire, 80 appartiennent à cette catégorie.

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Si Gliese 581c offre d’intéressantes perspectives, l’évolution technologique des appareils de mesure montre encore ses limites. Pour l’heure, le fait qu’elle se trouve tout de même à plus de 200 000 milliards de kilomètres de la Terre est une composante qui limite drastiquement les possibilités d’approfondissement.

Comme le souligne Pierre Chastenay, il faudra très probablement attendre la démocratisation des télescopes spatiaux pour en apprendre plus: «Pour le moment, nous devons faire face à un trou d’une à plusieurs décennies avant de faire avancer le sujet. La seconde étape consiste à analyser l’atmosphère de cette planète afin d’infirmer ou confirmer les premières hypothèses. Mais d’ici à ce que le matériel le permette, d’autres planètes seront certainement découvertes.»

L’étude de l’atmosphère de Gliese 581c permettrait effectivement d’en savoir énormément. À l’image de Vénus, dont la couche nuageuse agit comme un filtre, cette nouvelle planète pourrait en fait révéler des propriétés bien différentes si elle était soumise à un quelconque effet de serre.

L’appréhension de la densité de cet atmosphère apporterait tout autant d’information que sa composition, précise l’astronome: «Si l’on trouve dans l’atmosphère de l’hélium ou de l’hydrogène, cela mettra en doute l’existence d’une forme de vie sur le sol. Par contre, si l’on trouve des traces de méthane ou d’oxygène, qui sont des gaz qui se dégradent rapidement, ce sera la preuve quasiment irréfutable d’une présence végétale ou animale.»

Des hypothèses qui ne trouveront pas de réponse avant une vingtaine d’années selon les meilleures estimations.

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