Un roman qui s’inspire de Google Earth

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François Blais se fait connaître en publiant Iphigénie en Haute-Ville (2006), puis Nous autres ça compte pas (2007). Son cinquième roman est récemment paru aux Éditions de L’instant même; il s’agit de Document 1, une sorte de road novel où il illustre bien que le voyage n’est pas seulement le fait de partir, mais aussi (surtout) celui de rêver.

Tess et Jude, les deux personnages principaux, habitent Grand-Mère et, de l’aveu même de Tess, ne font jamais rien. Leur vie se déroule paisiblement, entre le travail de Tess (employée au Subway) et les jeux vidéo de Jude qui vit sur le BS.

Mais un jour, mus par une inspiration soudaine et une séance de voyage virtuel, ils décident de partir à l’aventure et d’aller découvrir Bird-in-Hand (Pennsylvanie). S’y rendront-ils vraiment…?

Document 1 vous fait voyager virtuellement partout aux États-Unis. Grâce à Google Earth, Google Maps et Bing Maps, Blais démontre on ne peut plus clairement que «ces messieurs des États-Unis ont le chic pour les noms à coucher dehors». Le roman regorge de ces toponymes dont voici quelques exemples: Chicken (Alaska), Hell (Michigan), You Bet (Californie), Uncertain (Texas).

L’auteur s’est amusé à recenser à peu près tous les toponymes alimentaires. Cela va de Cheesecake à Chocolate Bayou en passant par Ham Lake, Sandwich, Oniontown, Sugar City, Oatmeal et Two Egg, pour n’en mentionner que quelques-uns. Concernant Two Egg, Tess note qu’«où on se soûlerait dans quelque bar local jusqu’à ce qu’on trouve le courage de leur faire remarquer qu’il manque le s à Egg».

De toute évidence, Blais a largement eu recours à Google et Wikipedia pour étoffer son mince récit. Cela lui permet de passer pour un petit Jos Connaissant et de vous informer que c’est à Bloomington (Minnesota) où se situe «le plus vaste centre commercial des États-Unis, le fameux Mall of America avec ses trois cent quatre-vingt kilomètres carrés (la Norvège), répartis entre plus de cinq cents boutiques (bientôt neuf cents).»

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Si vous vous demandez comment le West Edmonton Mall se compare au Mall of America, Blais a la réponse et ne se fait pas prier pour souligner que c’est au Canada où on trouve le plus grand centre commercial en Amérique du Nord. Edmonton offre «cinq cent soixante-dix kilomètres carrés de surface (pas tout à fait le Kenya, mais presque)».

Le style de François Blais est alerte et intimiste. Il sait accrocher ses lecteurs. Il écrit, par exemple, que «tu vas peut-être m’accuser de prendre des détours, de passer par Winnipeg pour aller de Shawinigan à Trois-Rivières, mais j’estime que j’ai parfaitement le droit d’amener mon sujet comme je veux. C’est un caprice d’auteur et ça ne se discute pas.»

Certains jeux de mots sont assez savoureux. Lorsque le choix de Bird-in-Hand se fait dans un éclat de rire, Blais ajoute ce commentaire au sujet de Tess et Jude: «On faisait des farces, mais faire des farces c’est notre manière d’être sérieux.»

Ma plus grande réserve face à ce roman concerne le copier-coller dont abuse l’auteur. À force de citer, résumer et paraphraser Marc Fisher, l’auteur vous fait lire trois ouvrages: le sien ainsi que Le métier de romancier et Conseils pour être publié de Marc Fisher. Son copier-coller va plus loin; il vous fournit les critères vous permettant d’être admissible (et non éligible, p. 75) à une bourse du Conseil des arts du Canada ou du Conseil des arts et des lettres du Québec. Du remplissage dont je me serais passé.

François Blais, Document 1, roman, Québec, Éditions de L’instant même, 2012, 182 pages, 22,95 $.

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