Un premier roman tendre, caressant et pénétrant

Alain Savary, Le grand détour pour traverser la rue, roman, Ottawa, Éditions L’Interligne, 2019, 128 pages, 20,95 $.
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Né à Vanier trente ans passés, Alain Savary est un investisseur et maintenant un romancier. Finance et littérature ne sont pas mutuellement exclusifs, loin de là. Le grand détour pour traverser la rue a tout l’air d’une autofiction, mais c’est un roman que Savary a choisi d’écrire, un brillant roman!

Le narrateur, jamais nommé, raconte sa vie de «J’ai 13 ans» à «J’ai 30 ans». Abandonné par sa mère et vivant avec un père qui dépend du bien-être social, il rêve de traverser la rue pour passer de Vanier à Parc Rockcliffe, du quartier pauvre au quartier riche d’Ottawa. «À Vanier, tout est petit, tassé, croche.»

Regard acéré sur son milieu

Le narrateur-écrivain pose un regard acéré et lucide sur son milieu et sur les gens qui croisent sa route dans ce roman écrit à la première personne. Le grand détour pour traverser la rue est l’odyssée d’un jeune homme prêt à tout pour s’inventer une vie meilleure.

À 14 ans, le narrateur écrit qu’un garçon lui fait remarquer sa beauté, l’embrasse et ajoute que, une fois la puberté passée, «on sera encore plus copains». À 17 ans, un homme marié et père de famille l’initie à l’amour, «tendre, caressant, pénétrant». Dès cette séduction, l’ado apprend que «le sexe sert à se calmer les nerfs».

Du monde bizarre

Il aime l’école secondaire car on y rencontre du monde bizarre (profs) et des mots étranges. Cela le fait penser, le fait rêver. À 19 ans, il voudrait rencontrer une femme qui s’intéresse à lui et qui apprécie un type attentionné, mais il semble leur faire peur, les inquiéter, les insécuriser.

À l’université, il découvre qu’on peut souvent apprendre plus dans un dialogue intense que dans un cours d’un trimestre. «Au détour d’un mot, d’un geste, d’un regard, l’essentiel se dit. Des comparaisons inédites se tissent. Un lien surprenant éclaire une théorie complète. L’invention d’une vie surgit parfois dans l’instant d’un effluve.»

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Peu de professeurs sont capables de canaliser les délires de leurs étudiants. «On enseigne tout à l’école, sauf l’art d’être bien à deux.»

Responsable et délirant

À 23 ans, l’auteur-narrateur est admis à la London School of Economics and Political Science. C’est là qu’il rencontre Leah, une femme qui cherche la même chose que lui, soit «quelqu’un de responsable et d’un peu délirant en même temps, et qui saurait toute sa vie garder son enfance, ce qui n’a rien à voir avec une adolescence prolongée». Non, cela a plus à voir avec l’intimité et la complicité.

À 30 ans, Alain Savary a l’art d’étayer son roman de réflexions profondes sur la vie. Il écrit, par exemple, que «les parents riches planifient tout: les études, les amis, les fréquentations, les carrières, les voyages, les investissements, même la retraite, mais pas l’attention d’un désir amoureux qui ne finit pas».

À la toute fin du roman, l’auteur se demande pourquoi notre société est plus humaine avec les chiens et les chats qu’avec les personnes. «Pourquoi les vétérinaires ont-ils plus d’empathie que les médecins? Pourquoi devoir souffrir débile et impotent?»

Le grand détour pour traverser la rue mérite, à mon avis, le Prix Émergence AAOF remis à un auteur en début de carrière.

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