Un cerveau grand ouvert aux fausses nouvelles

Presque tout le monde entretient, à divers degrés, des «croyances délirantes»

fausses nouvelles

23 novembre 2017 à 17h03

Tandis que des journalistes débattent des meilleures façons de combattre les fausses nouvelles, des psychologues et des neurologues ont déjà plusieurs longueurs d’avance: ces experts prennent désormais pour acquis que 90% des humains entretiennent, à un degré ou l’autre, des «croyances délirantes» (delusional beliefs).

Mais toute la question est de savoir à quel degré… et si tout le monde est capable de combattre ses propres croyances.

«L’esprit humain est le terreau pour les croyances bizarres, de sorte que nous ne devrions pas être surpris que les fausses nouvelles aient une si grande influence», résume un article récent du New Scientist.

Dans le jargon des psychologues, il y a donc les «croyances délirantes», mais il y a aussi les «troubles délirants». Où passe la ligne entre une simple croyance et le moment où cela devient un problème de santé mentale? Ces experts en débattent depuis des années, et semblent encore loin d’un consensus.

matrix

Le monde est un rêve

S’ils estiment que seulement 0,2% des gens sont, à un moment ou à un autre, traités pour un de ces troubles, ils ont en main depuis au moins 2011 des études qui arrivent à des chiffres plus impressionnants: près de 40% des gens entretiendraient une croyance qu’on ne peut que qualifier de bizarre, comme «je suis mort» ou «des gens que je connais se déguisent pour me manipuler».

Chose certaine, ces constats obligent à rejeter la vieille idée voulant qu’une personne qui saute aux conclusions sans réfléchir soit «moins intelligente».

Selon la psychologue clinique Philippa Garety, interrogée dans le New Scientist, sauter aux conclusions reflète tout simplement «le type de raisonnement que préfère un individu». Et comme le raisonnement qu’un individu préfère est souvent celui qui confirme ses croyances ou ses préjugés, il faudrait en théorie détricoter son système de croyances pour comprendre pourquoi il a choisi l’option A plutôt que l’option B.

Cerveau rapide et cerveau lent

Dans le langage de la psychologie cognitive, «le type de raisonnement qu’un individu préfère» réfère également à un double concept, le «cerveau rapide» et le «cerveau lent» (ou «système 1» et «système 2»): le premier étant celui qui saute aux conclusions, et le second celui qui soupèse le pour et le contre, hésite ou nuance. Aucun individu ne penche à 100% d’un côté, mais certains penchent beaucoup plus d’un côté que d’autres.

Illustration classique de ce phénomène. Vous êtes devant deux récipients opaques. Le premier contient 85% de perles noires et 15% de perles rouges. Dans l’autre, c’est le contraire. Vous pigez une perle noire: de quel récipient provient-elle? La logique dicte d’attendre d’en avoir pigé quelques-unes avant de sauter aux conclusions. Pourtant, 10% des gens répondront à la question après avoir pigé une seule perle.

Plus intéressant encore, selon une étude menée en 2011, 70% des gens traités pour un «trouble délirant» répondraient après seulement une ou deux perles.

cerveau

Sauter aux conclusions

Une expérience reprise l’an dernier par une équipe de trois pays (britannique, canadienne, australienne) allait dans le même sens: les gens qui penchent le moins vers une pensée analytique ou vers un «cerveau lent», seraient les plus susceptibles de décider après seulement une ou deux perles.

«Ce n’est pas que les gens qui ont tendance à sauter aux conclusions ne comprennent pas ou ne savent pas utiliser des preuves», explique la chercheure principale, Philippa Garety. C’est juste qu’ils sur-utilisent la pensée rapide aux dépens de la pensée lente.»

Ces gens plus susceptibles de sauter aux conclusions seraient-ils ceux qui auraient besoin d’aide en priorité, dans le contexte des fausses nouvelles?

Ce n’était pas aussi simple, à en croire une étude britannique publiée en 2011, qui pointait plutôt comme facteur déterminant d’une croyance une «anomalie» survenue dans la vie d’une personne, renforcée par la première explication que cette personne était allée chercher.

N’empêche que les interrogations sur les fausses nouvelles et leur impact stimulent la recherche. La tendance de nos cerveaux à sur-utiliser la «pensée rapide» est plus d’actualité que jamais, en cette époque de constant bombardement d’informations entre lesquelles il est difficile de distinguer le vrai du faux.

Inscrivez-vous à nos infolettres gratuitement:

Récemment

Restez à jour dans votre propre fil d'actualité

Il y a 100 ans, la grippe espagnole frappait la planète

pandemie, épidémie
Saviez-vous que l’on doit la création du ministère fédéral de la Santé à la grippe espagnole?
En lire plus...

17 novembre 2018 à 9h00

Téléphone cellulaire et cancer : pas pire que le hasard

cancer
Une étude aurait apporté «certaines preuves» d’un lien entre le téléphone cellulaire et l’apparition de tumeurs. Mais on n'a pas fait mieux – ou...
En lire plus...

17 novembre 2018 à 7h00

Les Leafs s’en sortent face aux Ducks après un match très serré (2-1)

Les Leafs l'emportent dans la difficulté ce soir face aux Ducks d'Anaheim (2-1). 
En lire plus...

17 novembre 2018 à 0h48

Marché de Noël : trois raisons de s’y rendre!

Alors que les premiers flocons e neige tombaient sur Toronto, le traditionnel Marché de Noel du quartier de la Distillerie ouvrait ses portes avec...
En lire plus...

16 novembre 2018 à 16h30

Le Beaujolais Nouveau est arrivé au Ricarda’s

Ricarda's
La Fédération Tricolore a réuni une centaine de Français, francophones et francophiles autour d'un cassoulet ce jeudi soir au Ricarda's (angle Peter et Front)...
En lire plus...

16 novembre 2018 à 15h36

Un conservatisme anglo régressif, mésadapté, ignorant

Assemblée de la francophonie de l’Ontario
L'Ontario français vient de reculer de 20 ans
En lire plus...

16 novembre 2018 à 13h03

L’écriture impulsive de Didier Leclair

livre
Didier Leclair a rédigé huit romans sans jamais faire un plan, presque toujours de façon impulsive.
En lire plus...

16 novembre 2018 à 11h45

D’un océan à l’autre en vélo

cyclotourisme
Le couple Mat LeBlanc et Ali Becker a traversé le Canada à vélo pour «normaliser la consommation du cannabis et de se débarrasser des...
En lire plus...

16 novembre 2018 à 9h00

Les premiers Amérindiens ont migré rapidement du Nord au Sud

L’ADN d’un squelette du Nevada vieux de 10 000 ans et l’ADN d’un squelette du Brésil vieux de 10 000 ans montrent des similitudes...
En lire plus...

16 novembre 2018 à 7h00

La série californienne continue pour les Leafs face aux Sharks (5-3)

Leafs
Les Leafs se sont imposés ce soir lors de leur déplacement à San Jose face aux Sharks (5-3).
En lire plus...

16 novembre 2018 à 1h08

Pour la meilleur expérience sur ce site, veuillez activer Javascript dans votre navigateur