Toronto n’a pas encore de «culture du vélo»

Mais les cyclistes sont de plus en plus nombreux et engagés

Pistes cyclables entre les rues Bathurst et Adelaide. (Photo: David Keogh)
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Malgré ses 273 kilomètres de pistes cyclables et ses 314 kilomètres de voies partagées avec les automobilistes, Toronto est toujours considérée comme une des villes les plus dangereuses du Canada pour les vélos.

Rouge: voies réservées aux vélos sur la route. Vert: pistes cyclables séparées de la route. Bleu foncé: pistes cyclables à contresens de la circulation automobile. Bleu clair: itinéraires suggérés dans la rue. Violet: sentiers à usages multiples. Rose: voies communes avec les voitures, marquage au sol.

L’année 2018 a d’ailleurs été marquée par plusieurs accidents tragiques. En juin dernier, des dizaines de cyclistes s’étaient réunis au Nathan Phillips Square et avaient mis en scène un «massacre», pour dénoncer leur situation vulnérable sur les routes et pour réclamer de meilleures infrastructures.

Mesures supplémentaires

Ils semblent avoir été en partie entendus par la municipalité, qui a décidé par la suite d’investir 13 millions $ de plus dans le plan The Vision Zero Road Safety lancé en 2017 pour assurer la sécurité des usagers sur les routes, en particulier les plus vulnérables. Cette somme supplémentaire doit servir à l’amélioration de 10 pistes cyclables principales et à la peinture des voies vertes aux intersections. Des mesures plus que nécessaires pour certains usagers à deux roues.

«Les pistes cyclables ne sont pas assez nombreuses et souvent en mauvais état: trous dans la chaussée, peinture effacée, etc.», témoigne Thomas, jeune Français installé depuis septembre dernier à Toronto, qui se rend au travail en vélo.

3750 vélos sont mis à disposition par la municipalité, répartis dans 360 stations.

Néanmoins, les initiatives publiques et privées fleurissent pour développer «la culture du vélo» dans la ville, et le nombre de cyclistes augmente d’année en année. Depuis l’installation de pistes cyclables sur les rues Richmond et Adelaide en 2014 (pour un coût de 780 000 $), 7000 usagers à deux roues empruntent ces artères de la ville chaque jour; alors qu’ils n’étaient que 730 auparavant.

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Toronto dépense moins que Montréal

Les villes de Toronto et Montréal consacrent environ la même somme aux pistes cyclables, soit 16,6 millions $ par année. Mais la capitale ontarienne compte un million d’habitants de plus que la métropole québécoise, qui dépense donc 9 $ par habitant, tandis que Toronto dépense 6 $.

Et selon l’institut canadien Pembina, qui a mené une étude de comparaison en 2015 dans plusieurs villes du pays, ce manque d’investissement dans les infrastructures accroît le risque d’accidents.

L’institut Pembina, spécialisé dans les énergies renouvelables, a calculé le taux d’accidents sur 100 voyages en vélo dans différentes villes canadiennes.
Source: https://www.pembina.org/pub/cycle-cities

Dangereux non-respect des règles 

Si le manque d’infrastructures et leur mauvais état est souvent fustigé par les cyclistes torontois, le non-respect des règles, de la part des automobilistes, mais aussi des usagers à deux roues, se retrouve souvent dans leurs discours sur la dangerosité des routes.

«Il faut être à l’affût à chaque seconde, en particulier avec les automobilistes qui ne se soucient pas de nous», confie Thomas. Le phénomène du «car-dooring», lorsque les portières de voiture s’ouvrent brusquement et percutent les cyclistes, a notamment été la cause de nombreux accidents.

Mais les chauffeurs ne seraient pas les seuls responsables, selon Fulvia, qui fait du vélo pour le loisir:

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«La dangerosité de la ville pour les cyclistes, c’est une combinaison de choses: la vitesse des voitures, le manque d’infrastructures, mais aussi le non-respect des règles par les cyclistes eux-mêmes. C’est très dangereux lorsqu’ils portent par exemple des écouteurs.»

Fluvia, en jaune et bleu, entourée d’autres membres du Toronto Bicycle Toronto, avec qui elle parcourt des sentiers pour le plaisir.

Éduquer et encourager

Si la Ville Reine est encore considérée dangereuse, de nombreuses initiatives fleurissent afin d’améliorer cela et d’augmenter le nombre de cyclistes.

Cycle Toronto, une organisation à but non lucratif, oeuvre notamment à faire de Toronto une ville «vélo-friendly», plus écologique, sûre, et dynamique.

«Nous nous concentrons sur le plaidoyer, l’éducation et l’encouragement, et nous travaillons parallèlement à l’élaboration d’infrastructures», explique à L’Express Claire McFarlane, coordinatrice des programmes et des opérations de l’organisme, qui compte aujourd’hui près de 3000 membres.

Parmi les initiatives de Cycle Toronto, on retrouve le Mois du vélo («Bike Month»), qui s’étend cette année du 27 mai au 30 juin. Au programme: courses thématiques, ateliers, ou encore festivals, le tout pour encourager les habitants de la métropole à se rendre au travail en vélo.

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Cycle Toronto au Nathan Phillips Square en mai dernier. L’organisme a célébré cette année le 30e anniversaire de la Journée du travail à vélo, «Bike to Work Day».

Aller au travail en vélo

Selon le dernier recensement de la ville, en 2016, 2.75% des Torontois se rendraient à leur travail en vélo. En comparaison, en 2006, ils ne représentaient que 1,7% de la population.

Mais cette augmentation est encore plus spectaculaire lorsque l’on observe les chiffres quartier par quartier. Les habitants de Cabbagetown sont notamment près de 34% (contre 9% en 2006) à monter sur la selle pour aller travailler.

Source: https://www.cycleto.ca/news/major-increase-torontonians-biking-work-34-some-neighbourhoods

Développer la culture du vélo en banlieue

En 2015, le Toronto Center for Active Transportation (TCAT), qui cherche à développer la marche et le cyclisme en ville, a fait un simple constat: durant ces vingt dernières années, le nombre de cyclistes dans le centre de Toronto n’a fait qu’augmenter, tandis qu’il a stagné, voire diminué, en banlieue.

Pour réduire ces disparités, le TCAT a ouvert deux centres communautaires pour vélos à Scarborough. Les résidents locaux peuvent y réparer leur bicyclette gratuitement, grâce aux outils mis à disposition dans les 13 ateliers créés, obtenir des conseils pratiques, rencontrer d’autres cyclistes, etc. Le but étant de développer «une culture du vélo».

«Nous nous sommes rendu compte que le manque d’infrastructures n’était pas le seul frein au cyclisme. Le fait de ne pas avoir de vélo, ou de ne pas pouvoir le réparer tout simplement, constitue un obstacle. Or il n’existe qu’un seul magasin de bicyclettes à Scarborough, qui est pourtant une vaste banlieue», explique à L’Express Yvonne Verlinden, directrice de projet à la TCAT. 

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Cyclistes à Scarborough.

Si l’organisation n’a pas encore de chiffres concernant l’évolution du nombre de cyclistes, la ville ne collectant les données que tous les quatre ans (prochaine enquête en 2020), le rapport de la TCAT Construire une culture du vélo au-delà du centre-ville: un guide pour les centres communautaires de cyclistes en banlieue, sorti en janvier 2019, dresse un bilan positif de cette initiative.

En 3 ans, plus de 2000 vélos ont été réparés, près de 1000 personnes se sont initiées au cyclisme, et 200 personnes sont venues se former dans les ateliers.

«Pour obtenir des infrastructures, une demande publique de la communauté est nécessaire. Pour cela, il faut construire en amont une culture du vélo.»

 

La ville de Toronto ne s’est pas encore prononcée sur une éventuelle installation d’infrastructures à Scarborough, mais elle a néanmoins montré son soutien au projet de la TCAT.

Elle a notamment collaboré avec la TCAT pour ouvrir en octobre 2018 un troisième centre communautaire de cyclistes, cette fois-ci à Lawrence-Orton.

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De même, la municipalité s’est engagée à collecter des contributions financières des résidents de Scarborough pour rénover les sentiers du Sommet cycliste, qui se tiendra le 28 juin. «Elle est de plus en plus impliquée», conclut Yvonne Verlinden.

Et ce n’est pas la seule… Cet été, la TCAT collaborera également avec la Ville de Markham pour ouvrir un centre communautaire de cyclistes. Un projet qui semble donc avoir de l’avenir.

Pistes cyclables à Markham.

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