TFO se positionne en vue de la stratégie numérique fédérale

Le Laboratoire d'univers virtuels de TFO.
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Publié 06/02/2017 par François Bergeron

La ministre du Patrimoine canadien, Mélanie Joly, planche sur une «stratégie numérique» pour les médias, les arts et la culture, qui devrait être dévoilée cette année et face à laquelle se positionnent déjà les joueurs importants de l’industrie, comme le Groupe Média TFO.

Son pdg Glenn O’Farrell participait la semaine dernière à Ottawa à la rencontre nationale annuelle Prime Time des quelque 600 leaders du film, de la télévision et des médias interactifs – la ministre Joly y est passée – où il a présenté formellement son nouvel énoncé de positionnement stratégique: «Numérique, Éducatif et Francophone».

«C’est vrai que ça fait un moment qu’on décrit ainsi la nature et la mission de TFO», indique Glenn O’Farrell en entrevue à L’Express. «Mais nous confirmons ici notre ambition dans l’univers du numérique et notre offre unique et exceptionnelle de contenus éducatifs et culturels pouvant contribuer à la réalisation des grands objectifs de l’éducation en langue française et du bilinguisme au Canada.»

En ce 150e anniversaire de la Confédération canadienne, dit-il, «nous avons la capacité créative de contribuer à la réalisation des objectifs en matière d’économie numérique du gouvernement de l’Ontario et du gouvernement du Canada», surtout ceux qui visent la promotion du bilinguisme.

TFO est «fin prêt à relever de nouveaux défis»… avec un nouveau modèle de financement que pourrait favoriser, espère-t-il, la future stratégie numérique fédérale. Son budget actuel de 40 millions $ vient principalement du ministère ontarien de l’Éducation (35 millions $), mais depuis quelques années déjà la portée de TFO déborde des frontières de la province.

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Plusieurs écoles françaises et d’immersion d’un océan à l’autre – et depuis tout récemment des écoles américaines via le réseau PBS – ont déjà accès à du contenu éducatif produit par TFO.

Idéllo partout

Sur une quarantaine de pages, l’énoncé de positionnement stratégique présente TFO – «déjà l’un des plus importants producteurs, agrégateur et distributeur de contenus numériques multiplateformes au Canada» – ainsi que quelques-unes de ses ressources-clé, comme le Laboratoire d’univers virtuel, la référence Edululu, son application Boukili, ses 15 chaînes YouTube, et surtout son «produit phare en apprentissage numérique»: Idéllo.

idello

«Point de rendez-vous mondial en matière d’éducation en français», Idéllo offre aux enseignants, parents et élèves plus de 8 000 ressources numériques (applications et jeux, guides, vidéos, dossiers thématiques, matériel éducatif), en plus de permettre aux utilisateurs de se parler au sein de forums.

TFO propose d’implanter Idéllo dans chaque école du Canada «afin de joindre tous les apprenants en langue française au pays»: 130 000 enseignants de français langue maternelle et d’immersion et 2,7 millions de familles francophones et francophiles.

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Il faudra convaincre les ministères de l’Éducation et les conseils scolaires de financer leur abonnement, précise M. O’Farrell. À l’heure actuelle, seulement 10% des élèves canadiens inscrits dans des écoles francophones et dans des programmes de français langue seconde ont accès à Idéllo grâce à l’abonnement de leur école ou de leur conseil scolaire.

«Il est nécessaire de corriger cette situation afin de mettre l’apprentissage numérique à la portée des élèves de tout le Canada», lit-on dans l’énoncé de positionnement stratégique de TFO, qui rappelle que c’est l’objectif du ministère du Patrimoine canadien que d’«établir un service en ligne gratuit d’apprentissage et de maintien du français et de l’anglais comme langue seconde»…

«TFO joue un rôle crucial pour la francophonie ontarienne et canadienne en contribuant à l’élargissement et au développement durable de l’espace francophone», fait valoir Glenn O’Farrell.

Par ailleurs, la récente obtention par l’Ontario du statut d’observateur à l’Organisation internationale de la francophonie place TFO «dans une position stratégique pour devenir un fournisseur multinational de contenu éducatif numérique dans toute la Francophonie».

Glenn O'Farrell
Glenn O’Farrell

Modèle de financement

Toutefois, «le modèle de financement actuel a fait son temps», répète Glenn O’Farrell. «Il a été conçu pour la télévision traditionnelle, un média en déclin partout au monde, en particulier chez les jeunes publics qui adoptent les médias numériques.»

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Ce financement de TFO n’a pas suivi la même courbe de croissance que ses activités, et n’augmente plus depuis trois ans, poursuit-il.

TFO cherche donc à exploiter son potentiel d’autofinancement, jusqu’à maintenant via la distribution de ses contenus sur YouTube, Air Canada et Via Rail, la vente de services comme le LUV, Boukili et Édululu, ainsi que les abonnements à Idéllo. Mais ces activités d’autofinancement ne couvrent encore que 10% de ses dépenses.

Les sources actuelles sont «insuffisantes pour assurer à elles seules notre croissance», lit-on dans l’énoncé de positionnement stratégique. «Pour être concurrentiel, le Groupe Média TFO doit être traité comme l’entreprise de diffusion publique novatrice qu’il est devenu.»

«Les revenus d’abonnement d’Idéllo provenant du marché de l’éducation canadien constituent une source prioritaire de nouveaux revenus», confirme à L’Express Glenn O’Farrell, qui convoite d’autres marchés et territoires.

Le plus récent exemple de développement de marché, c’est l’entente pour la vente de productions de TFO conclue avec PBSLearningMedia de Washington, qui vient d’entrer en vigueur et qui fait suite à l’entente conclue l’an dernier en Louisiane avec la Louisiana Public Broadcasting.

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«La plateforme numérique PBSLearningMedia est probablement la plus importante en son genre au monde. C’est une première étape: nous voyons beaucoup de potentiel additionnel aux États-Unis et bien sûr ailleurs dans les marchés de la francophonie.»

Les nouveaux revenus serviraient à améliorer les productions et services, «d’abord et avant tout au service de l’Ontario», fait valoir le chef du Groupe Média TFO, puisque ses contenus sont presque tous produits dans ses studios de Toronto avec des talents locaux.

Glenn O'Farrell (à g.) avec des responsables de la Louisiana Public Broadcasting sur les marches du Capitole de la Louisiane en avril 2016.
Glenn O’Farrell (à g.) avec des responsables de la Louisiana Public Broadcasting sur les marches du Capitole de la Louisiane en avril 2016.

Auteur

  • François Bergeron

    Rédacteur en chef de l-express.ca. Plus de 40 ans d'expérience en journalisme et en édition de médias papier et web, en français et en anglais. Formation en sciences-politiques. Intéressé à toute l'actualité et aux grands enjeux modernes.

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