Témoignage d’une «enfant cachée» pendant la guerre

Histoire vivante pour nos élèves

Muguette Szpajzer-Myers avec, de g. à d., Antoine Burgard, doctorant en histoire, Catherine Person, coordonnatrice à la diffusion des ressources éducatives et aux évènements à la Fondation Azrieli, Patrick Liu, administrateur d’appui à l’ère numérique, Hugo Praden, enseignant, Sylvie Firth, conseillère pédagogique, Christian Cormier, enseignant, Jean Bouchard, directeur de l’école Monseigneur-de-Charbonnel, Patricia Soulard, enseignante, Jean-Michel Bédard, enseignant et coorganisateur de la conférence.
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Muguette Szpajzer-Myers avait 9 ans quand les soldats allemands sont entrés en France en 1940. En 1942, au plus fort de la Deuxième Guerre mondiale, alors qu’entraient en vigueur des lois anti-juives et que des rafles envoyaient des familles entières dans les camps de la mort à l’autre bout de l’Europe, elle s’est réfugiée à Champlost, un tout petit village qui l’a protégée.

À distance grâce au Web ou en personne à l’école secondaire catholique Mgr-de-Charbonnel à Toronto, jeudi, les élèves de plusieurs écoles franco-ontariennes ont entendu le témoignage de cette «enfant cachée» et ont pu lui poser quelques questions.

La semaine précédente, ils avaient lu son histoire, publiée sous le titre Les lieux du courage, qui fait partie de la banque de mémoires de survivants de l’Holocauste au Canada constituée par la Fondation Azrieli.

Muguette Myers en 1942, en couverture du récit «Les lieux du courage» publié par la Fondation Azrieli.
Muguette Myers en 1942, en couverture du récit «Les lieux du courage» publié par la Fondation Azrieli.

Un court-métrage, accessible du site web de la Fondation, résume également l’histoire de Mme Myers et ses souvenirs de cette période sombre de l’histoire contemporaine. C’est en 1947 qu’avec sa mère elle a rejoint à Montréal un oncle qui les croyait mortes.

Sur la scène de l’auditorium de Mgr-de-Charbonnel – où s’était rendus aussi des élèves de l’école Renaissance à Aurora – la petite dame lucide et pimpante de 85 ans était accompagnée d’Antoine Burgard, doctorant en histoire spécialisé dans l’immigration chez nous des jeunes orphelins survivants de l’Holocauste dans l’immédiate après-guerre. Il a co-animé l’événement avec Catherine Person, coordonnatrice à la diffusion des ressources éducatives et aux évènements à la Fondation Azrieli, qui organise plusieurs de ces rencontres au cours de l’année, notamment à l’approche du Jour du Souvenir (11 novembre).

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À Mgr-de-Charbonnel, c’est l’enseignant Jean-Michel Bédard qui a coordonné l’événement en liaison avec le Centre franco-ontarien de ressources pédagogiques. «Ça fait partie de ce qu’on appelle le ‘devoir de mémoire’», a-t-il dit aux élèves, «pour ne pas répéter les erreurs du passé.»

L’activité servira d’ailleurs à créer des ressources pédagogiques franco-ontariennes en lien avec ces aspects de l’histoire de la Deuxième Guerre, a-t-il confirmé à L’Express.

Appelés à tirer des leçons de l’histoire de la persécution des Juifs pendant la Deuxième Guerre mondiale, les élèves ont surtout plaidé pour le respect des différences et de la diversité.

Mme Meyers venait de leur raconter comment, avec ses parents parlant yiddish fuyant les pogroms en Pologne (son père a été emporté par la maladie avant la guerre), elle a dû porter l’étoile jaune cousue sur ses vêtements à Paris, où elle et les siens n’avaient plus le droit d’aller au zoo ou de prendre le métro après 20h.

«Tout le monde au village de Champlost et à l’école savait que j’étais Juive, même si j’avais changé de nom (pour Marie Bella)», dit-elle, «mais tous m’ont protégée.» Y compris le maire du village, «qui recevait parfois des lettres de dénonciations, mais qui les jetait au feu».

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Le récit de Mme Myers est plutôt «atypique» de ceux des survivants de l’Holocauste recensés par la Fondation Azrieli, explique Catherine Person, «parce que la petite fille qu’elle était a été véritablement préservée et protégée par sa mère et par tout un village, et qu’elle ne s’est pas rendue compte du danger qui planait sur elle». Sa mère est un personnage central des Lieux du courage.

C’est au même endroit où, effrayée, elle avait vu passer les troupes allemandes en 1940, qu’elle a accueilli, dans la liesse, les colonnes américaines peu après le Débarquement en 1944.

Muguette Myers est retournée en France en 1973, et à d’autres reprises depuis, «mais jamais en Allemagne»… À un étudiant qui lui a demandé si elle en voulait encore aux Allemands après toutes ces années, elle a avoué que oui.

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