«Si ces murs pouvaient parler»: une exploration urbaine

Mariage forcé de l’industriel et de la nature à la galerie de l'AFT

Fasciné par les espaces vides

Colin Savage et ses photographies d'espaces abandonnés.


16 mars 2018 à 10h00

Un lieu abandonné peut-il avoir une seconde vie? C’est la question à laquelle souhaite répondre Colin Savage, photographe de la Saskatchewan fasciné par les espaces vides.

L’exposition Si ces murs pouvaient parler, jusqu’au 12 avril à la galerie Pierre Léon de l’Alliance française de Toronto, nous plonge dans la vie du mobilier urbain et nous invite au mariage forcé de l’industriel et de la nature.

Une vision poétique de l’abandon

La peinture pèle, le fer rouille, le plafond s’effondre, le lichen se propage… La nature reprend ses droits et colonise l’urbain. L’environnement fabriqué par l’homme succombe finalement aux forces naturelles.

Ce déclin graduel paraît mélancolique et beau dans l’objectif du photographe. Les photos nous évoquent un sentiment de sérénité alors qu’elles traitent de l’abandon.

Les murs se déshabillent
Les murs se déshabillent

De Détroit à Toronto, l’oeil aguerri de Colin Savage nous fait découvrir des lieux abandonnés par l’homme et nous invite à questionner notre rapport au temps.

Une salle de classe rongée par le temps, une église dont le toit s’est effondré, une piscine vide… Les invités sont poussés à s’imaginer la vie d’un espace avant l’abandon.

À travers ses photos, il veut nous montrer «ce que les gens ont fait dans ces lieux et ce qu’il en reste». Une occasion pour le spectateur de se remémorer les lieux qu’il a lui-même abandonné. Cette exposition est une aubaine pour se replonger dans la mémoire d’endroits dans lesquels on a vécu.

Explorateur de l’urbain

Cet artiste est un passionné. Son père lui met un appareil photo dans les mains à l’âge de 6 ans. Depuis, il photographie ce qui l’entoure et plus particulièrement les paysages urbains.

En photographiant l’urbain, il cherche à mettre en valeur la beauté architecturale d’un lieu et à révéler la puissance des lignes et de la profondeur.

Lichen
Le lichen envahit les marches des escaliers

«J’ai toujours été fasciné par les vieux immeubles, curieux de voir ce qu’il y a derrière les portes», explique-t-il à L’Express.

Vivre de cette passion n’est pas sans coût. Il faut faire de longues recherches sur Internet pour trouver des pépites urbaines et bien souvent, les lieux sont interdits au public, donc «il y a un peu d’aventure pour s’introduire dans les bâtiments»…

Le goût de l’ancien

Également musicien, ses deux arts s’alimentent et se complètent. «J’ai l’habitude de jouer avec des instruments d’époque pour faire résonner la musique», nous raconte-t-il.

En photographie, il va aussi mobiliser un matériel ancien. En utilisant un vieil appareil photo, il y a peu de place sur la pellicule et ainsi, «on fait en sorte que chaque photo compte».

Finalement, le photographe a le goût l’ancien. «Au Canada, nous n’avons pas de vieux bâtiments. On détruit l’ancien pour faire du neuf. Ce n’est pas comme en Europe où on a plein de vieilles églises qui témoignent d’un temps ancien», se désole Colin Savage.

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