Sauvons les montagnes d’Haïti

Abner Septembre
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Depuis 2003, on célèbre le 11 décembre la Journée internationale de la montagne.

Cette décision a été prise par l’Assemblée générale des Nations Unies pour faire connaître l’importance des montagnes pour la vie, mettre en évidence les opportunités et les contraintes du développement des régions montagneuses, et construire des alliances qui apporteront des changements positifs pour les peuples des montagnes et les environnements dans le monde entier (tiré du site de la FAO).

15% de la population mondiale

Il est bon de savoir que les montagnes représentent 27% de la surface émergée de la terre et abritent 15% de la population mondiale. Elles fournissent entre 60 et 80% de l’eau douce de la planète.

Près d’un milliard de personnes vivent dans des zones de montagne, et plus de la moitié de la population humaine dépend des montagnes pour l’eau, les aliments et l’énergie propre (hydroélectricité, énergie solaire, énergie éolienne et biogaz).

Six des 20 espèces végétales qui fournissent la plus grande partie des denrées alimentaires du monde proviennent des régions montagneuses: le maïs, les pommes de terre, l’orge, le sorgho, le quinoa, les tomates et les pommes.

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Des gens considèrent encore les montagnes comme des divinités ou des lieux sacrés, d’autres simplement comme des sommets à gravir. Le tourisme des montagnes attire 15-20% du tourisme mondial (tiré du site de la FAO).

Le territoire haïtien est très montagneux.

Les montagnes en Haïti

En Haïti, les montagnes couvrent environ les trois quarts du territoire. Elles abritent une grande partie de la population rurale et urbaine.

Sur leur sommet, il existe tout un système de fortifications, qui a servi à la défense du pays contre un éventuel retour des Français.

Elles ont été et restent aujourd’hui encore le principal grenier qui fournit à la population urbaine des produits agricoles naturels.

Elles ont fourni dans le temps des denrées d’exportation comme le café, le cacao, et autres, qui ont dynamisé l’économie des provinces et le bord de mer, tout en apportant des devises à l’État.

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Elles sont l’habitat naturel de nombreuses espèces végétales et animales, certaines étant endémiques. Elles sont le principal château de nos sources et rivières, donnant à admirer des cascades et en certains endroits des paysages magnifiques.

Elles ont servi de refuge aux rebelles avant et après l’indépendance, qui ont choisi de vivre libres et de travailler à leur propre compte.

C’est ce qui allait donner naissance à la société paysanne de montagne, avec sa langue créole, sa médecine traditionnelle, ses proverbes, ses contes, sa cuisine créole, ses musiques variées, ses chansons satiriques, ses danses et costumes, etc.

Terres agricoles en montagnes en Haïti.

Un patrimoine menacé

Très peu d’Haïtiens vont à la montagne. Ils n’ont qu’une connaissance très limitée de ces patrimoines, aujourd’hui menacés de disparition. Les montagnes d’Haïti sont dénudées à plus de 85%.

Elles sont plutôt considérées comme de véritables pourvoyeuses de ressources naturelles, sans que leurs écosystèmes soient protégés et les conditions de vie de leurs habitants prises en compte.

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La population rurale des montagnes d’Haïti est la plus pauvre. Elle vit dans l’insécurité alimentaire, dans le dénuement matériel, sans services de police et d’état civil, sans infrastructures de progrès (route, énergie, eau).

Les rares écoles et centres de santé présents qui existent sont sous-équipés en personnel et en matériels.

Cette population vit dans la plus grande dépendance vis-à-vis des villes pour ses principaux besoins. Elle est très vulnérable aux catastrophes naturelles qui accélèrent sa décapitalisation.

Cela contribue à la diminution des richesses naturelles des montagnes, et met en danger son patrimoine culturel, alimentaire et gastronomique, ses valeurs.

Paysage dans la région de Vallue.

Les jeunes

À cause de ces facteurs et d’autres, l’exode vers les villes s’intensifie, touchant en particulier les jeunes. Ceux-ci vont se retrouver coincés dans des bidonvilles, à boire le calice amer de la désillusion. Ils expérimentent en grande partie le chômage, l’oisiveté, la drogue.

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Ils deviennent une proie facile pour les politiciens pour semer la pagaille.

Le thème choisi cette année pour célébrer la Journée internationale de la montagne était «Les montagnes sont importantes pour les jeunes». C’est un véritable appel à la jeunesse à s’impliquer pour sauver les montagnes.

Ils sont conviés à être des leaders de demain, mais surtout des héros au quotidien par de petits gestes, par des services écosystémiques, de conservation de la diversité culturelle, de protection des ressources agrobiologiques.

Vue sur la baie de Petit Goave. Photo: Christiane Dumont

Pour des montagnes viables

Pour des montagnes en Haïti viables et émancipatrices, il est proposé une gouvernance territoriale basée sur un partenariat public-privé-communautaire (PPPC).

Le budget national et le budget de la coopération devraient prévoir des allocations substantielles pour l’implémentation des axes stratégiques suivants, susceptibles de transformer les conditions de vie difficiles des communautés de montagne:

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1. Aménager par section communale un complexe soumis à un management type PPPC, incluant cinq services collectifs à la communauté: école moderne pleinement intégrée dans son milieu, ouverte sur la science, la technologie et la formation vocationnelle; centre hospitalier avec bloc opératoire et service ambulancier; tribunal de paix, bureau d’état civil et poste de police; banque commerciale et marché villageois modernes; centre d’épanouissement de la jeunesse avec technologie, culture, sport et loisirs, ainsi qu’un service de gîte rural pour l’accueil touristique, la promotion de l’agritourisme et/ou de l’écotourisme;

2. Construire une route principale traversant la section communale, facilitant l’accès de plusieurs communautés entre autres aux services de base (ambulance, transport en commun, électricité et eau potable) et l’arrivée de touristes au centre d’accueil;

3. Promouvoir un programme de régénération intelligente des montagnes par adaptation transversale, complété par une diversification dans la chaîne de valeur (agroalimentaire, artisanat, tourisme), moyennant l’accompagnement technique de quatre agronomes par section communale (production végétale, production animale, technologie agroalimentaire, et phytosanitaire).

Pour un Code de la montagne

Ce cadre minimal s’inscrit dans une vision de développement humain plus globale, axée sur le vivre-ensemble et le collectivisme dans un ancrage individualiste.

Il est aussi important et urgent d’élaborer une charte de vie ou de conduite («Code de la montagne») qui régule les ambitions et les activités socioéconomiques dans des écosystèmes de montagne aussi fragiles que les nôtres en Haïti.

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Tout cela reste lié au projet global de la décentralisation, qui insiste sur une présence des services de l’État sur l’ensemble du territoire et l’autonomie des communes du point de vue politique, administratif et financier.

La nouvelle Vonstitution haïtienne doit en tenir compte pour corriger cette situation d’injustice sociale et de déséquilibre entre les espaces: capitale, villes de province et milieu rural.

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