Robert Paquette, à l’aube d’un nouveau virage

Au Tranzac ce samedi 8 décembre

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Il fut un temps, souvenez-vous, où Robert Paquette était partout, tant sur scène que sur les ondes, sillonnant le globe, multipliant les spectacles et les albums avec le zèle de ces artistes qui allient l’urgence de dire au plaisir d’aller à la rencontre du public.

Entre 1974 et 1985, il nous livre une impressionnante succession de chansons désormais classiques – Moi j’viens du Nord, Dépêche-toi, soleil, Bleu et blanc, Baba nam, Vive la force, Jamaica – qui imposent une plume et une sensibilité au diapason de leur époque, tout en reflétant un profond ancrage franco-ontarien.

Puis, à partir du milieu des années 80, l’auteur-compositeur originaire de Sudbury se fait plus discret. «Ma carrière avait démarré très vite. À 23, 24 ans, j’ai déménagé à Montréal avec mes musiciens. En l’espace de 10 ou 12 ans, j’ai fait cinq albums et au-dessus de 1 000 spectacles, et j’étais épuisé.»

Tandis que l’équipe qui l’entoure se dissout – sa maison de disques disparaît, sa gérante quitte le métier – Robert choisit de prendre une année sabbatique, puis deux, puis trois. «Je me suis dit que c’était peut-être une leçon de vie, une façon de me dire que j’avais besoin de me reposer un peu.»

De la scène aux coulisses

Mais on aurait tort de conclure que Paquette avait tourné le dos à ce métier qu’il aime par-dessus tout. Simplement, il avait troqué l’avant-scène pour les coulisses, réservant l’essentiel de ses efforts d’interprète pour ses albums et tournées de Noël, d’abord avec Chuck Labelle, puis avec Stef Paquette, son «cousin de la fesse gauche», comme il se plaît à dire.

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«J’ai fait de la musique pour le théâtre, de l’animation d’émissions à TFO, j’ai fait de la radio à Radio-Canada à Toronto et Sudbury, j’ai réalisé plusieurs albums de Chuck Labelle, j’ai travaillé avec plein de jeunes de la relève, j’ai écrit des chansons pour d’autres, alors on ne peut pas dire que j’ai vraiment arrêté. Toutes mes activités sont connexes à la musique.»

Et depuis six ans, Paquette porte un autre chapeau, celui de président de l’Alliance nationale de l’industrie musicale (ANIM), qui s’occupe des intérêts des musiciens francophones à l’échelle du pays et vise à développer une insfrastructure qui leur permet d’aller de l’avant. Un boulot qui l’appelle à intervenir auprès des gouvernements fédéral et provinciaux, et à siéger sur les conseils d’administration de Musication et de la Société pour les auteurs-compositeurs du Québec.

À l’époque où, avec Cano et Garolou, il partait à la conquête du marché québécois, Paquette avait bénéficié d’une conjoncture favorable, alors que le Québec s’ouvrait à ces francophonies venues d’ailleurs, que ce soit de Louisiane, d’Acadie, de l’Ouest ou de l’Ontario. Mais il est conscient qu’il n’est pas toujours aisé de percer auprès de la principale masse critique au pays, et que de nombreux artistes s’y sont cassé les dents.

«Il faut avoir une volonté de fer, et être prêt à faire des sacrifices. Prenons l’exemple de Véronic Dicaire: ses albums et ses vidéos passent bien, on la voit à la télévision. Mais pour ça, elle a dû se déplacer au Québec. Jean-Marc Dalpé a fait la même chose, le poète Patrice Desbiens est rendu là aussi. Montréal, c’est quand même le centre francophone du pays. Ça demeure un passage obligatoire, si on veut avoir un impact.»

Malgré les embûches, Robert Paquette demeure optimiste quant aux chances de la relève franco-ontarienne. «On voit des gens comme Swing, qui marchent très bien au Québec; ils jouent à travers le pays et s’en vont en Europe. Il y a aussi Damien Robitaille qui s’impose, qui a gagné plusieurs prix et connaît un succès commercial et d’estime.»

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Pour Paquette, il est particulièrement encourageant de constater que ce succès ne se fait pas au détriment de la spécificité culturelle, bien au contraire. «Damien parle toujours de son village de Lafontaine, c’est un Franco-Ontarien qui n’a aucun problème à faire passer ce message-là.»

De la scène aux studios?

Aussi gratifiantes que soient ses fonctions actuelles, le vieux besoin de retrouver les projecteurs et de reprendre le fil de sa carrière démange Robert Paquette depuis quelque temps. «Il me reste une année à la présidence de l’ANIM, et après ça, je pense que j’aimerais me relancer dans l’écriture. Pas nécessairement de façon commerciale, mais pour le plaisir d’écrire, de chanter, d’aller à la rencontre du public.»

Accompagné de Peter Cliche au violon, à la mandoline, au banjo et à la guitare, Robert profitera de ce premier passage torontois en sept ans pour revisiter ses anciennes chansons dans une formule dépouillée. Mais il n’est pas question que toute la soirée se déroule sur le mode de la nostalgie, puisqu’il nous proposera une poignée de nouvelles créations.

«Ça commence par des anecdotes basées sur des expériences personnelles, mais ça débouche sur autre chose», observe-t-il au sujet de sa démarche d’écriture. C’est le cas de Brûler dans le noir, née d’une fâcheuse conjoncture. «Ma maison est passée au feu il y a plusieurs années. C’était une période où ma vie était en transition, puisque je m’étais séparé de ma conjointe. La brûlure n’était pas seulement à l’extérieur, mais aussi à l’intérieur de moi.»

Alors, il sera intéressant de voir si, avec les ans, l’écriture de Paquette aura délaissé l’expression d’une identité collective au profit d’un regard plus intériorisé. Une certitude: bien que l’homme de scène gratifiera son public en reprenant ses classiques, l’artiste en lui a besoin d’avancer. «Je cherche toujours quelque chose de nouveau, tant dans le texte que la musique: écrire la même chanson trois ou quatre fois ne m’intéresse pas.»

Robert Paquette au Tranzac (292, Brunswick) dans le cadre de Rencontres en chanson, le samedi 8 décembre à 20h00. Billets : 10,00 $

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