Rachid Oujdi retrouve les «vieux monsieurs» oubliés

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Ils ont écrit une page de l’histoire de la France, mais ont effacé la leur. Traversant la Méditerranée à la recherche d’un travail pour subvenir aux besoins de leur famille, ces Maghrébins ne pensaient pas que, 50 ou 60 années plus tard, ils resteraient toujours de ce côté de la Méditerranée.

On les appelle les «chibanis», «vieux monsieurs» en arabe. Après avoir passé leur jeunesse à construire la France des Trente glorieuses, ils se retrouvent perdus entre deux continents.

C’est autour de ces tristes destinées que Rachid Oujid, réalisateur d’origine algérienne, a décidé de tourner son documentaire Perdus entre deux rives, les chibanis oubliés, en 2013.

«Mes parents ont réussi à construire quelque chose en France, fonder une famille, mais ce n’est pas le cas de ces hommes qui ont dû tout délaisser. C’est un documentaire qui leur rend hommage», explique Rachid, au début de son documentaire diffusé à l’Alliance française de Toronto le 7 mai dernier.

Sous les drapeaux

L’histoire de ces «Français musulmans» commence pendant les guerres mondiales, lorsque beaucoup de Maghrébins viennent défendre le drapeau français. «Je suis resté 5 ans dans l’armée pour pouvoir nourrir ma famille. Puis j’ai travaillé en France», explique Mohamed Fadal, en exposant fièrement le drapeau français.

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En manque de main-d’œuvre, la France décide d’encourager l’immigration en proposant du travail aux Algériens, qui se jettent alors sur l’occasion pour sortir de leur misère. On compte 200 000 travailleurs maghrébins.

Ainsi, beaucoup contribuent au bien-être de leurs proches, sans toutefois les voir s’épanouir. «Je suis très fier de mes enfants, c’est une grande réussite. Mais finalement, je ne le dois qu’à ma femme», confie Tahar Yaoussi, 71 ans et contraint de rester en France, car qui embaucherait ces chibanis en Algérie?

En 1968, une chance a été donnée aux familles pour se retrouver grâce à la Loi sur le regroupement, mais cela impliquait deux conditions: avoir un salaire décent et un logement salubre… chose que ces hommes n’obtiennent pas toujours de la part de l’État.

Victimes du système

Ne pensant rester que quelques années, ils ne s’occupaient pas de l’aspect administratif et sont donc étrangers au système des retraites français, entre autres.

Bien plus que cela, c’est bien souvent à cause de patrons peu scrupuleux qui n’hésitaient pas à les déclarer en tant qu’apprenti voire pas du tout, que ces chibanis ont maintenant une retraite misérable, eux qui ont pourtant travaillé dans des conditions condamnables pour le bien-être des autres.

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«Quand je suis arrivé, je n’avais jamais touché de grue. J’ai essayé et on m’a laissé là haut. J’étais debout toute la journée, c’était mal isolé et je subissais le mauvais temps. Ma jambe a commencé à gonfler», explique Sebti, arrivé à l’âge de 21 ans.

En plus de sa jeunesse, Sebti a perdu sa jambe. Malheureusement, il est impossible de poursuivre ces compagnies en justice.

En revanche, lorsque Cheikh, 83 ans, est parti au pays plus de 6 mois, le système des aides n’a pas hésité à lui réclamer 19 000 euros de trop perçus. «Je suis resté plus de 6 mois en Algérie, mais c’est pour m’occuper de ma femme malade et de ma fille handicapée. Quand vos proches sont mal, vous restez près d’eux, non?», clame-t-il, indigné.

L’histoire se répète

Bien sûr, ces chibanis ne sont pas seuls et des assistances sociales viennent à leur secours, mais parfois ce n’est pas suffisant. Finalement, l’histoire de ces chibanis se répète.

Les travailleurs mexicains, les nounous jamaïcaines, etc. vivent cette même misère qui les empêche de trouver du travail chez eux. Paradoxalement, même si d’autres pays leur donnent la chance de travailler, ils profitent aussi de leur misère pour les traiter comme des sous-employés tout en récoltant le meilleur.

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On peut discuter du sujet, comme le réalisateur a invité à faire, à partir de la page Facebook du film.

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