Quand on baragouine…

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C’est sur le populaire site de réseautage Facebook que j’ai trouvé l’inspiration pour cette chronique. Un ami belge m’a lancé un défi l’autre jour. Sachant que j’avais un penchant pour les difficultés et les curiosités de la langue française, il m’a demandé si je connaissais l’origine du verbe «baragouiner». Je savais que j’avais déjà lu des trucs sur le sujet dans le passé. Mais je n’arrivais pas à lui répondre sur-le-champ. J’ai donc dû fouiller, puisqu’il était si fier de son coup qu’il refusait catégoriquement de me fournir la réponse. Un ami, vous dis-je…

Dans des cas comme celui-là, mon meilleur allié demeure le Dictionnaire historique de la langue française, des éditions Le Robert. C’est de loin l’ouvrage qui procure les plus belles aventures dans l’histoire de la langue française.

Mais d’abord les définitions. Le verbe «baragouiner» signifie «parler une langue en l’estropiant».

Dans un sens plus familier, on le définit aussi comme étant le fait de «parler une langue qui paraît barbare à ceux qui ne la comprennent pas».

Dans les deux cas, le verbe vient du mot «baragouin», un nom masculin qui désigne un «langage incorrect et inintelligible» et, par extension, une «langue que l’on ne comprend pas et qui paraît barbare».On dit que «baragouiner» est apparu dans la langue française vers 1580, alors que le «baragouin» est presque un demi-siècle plus vieux. Là où ça se corse, c’est lorsqu’on aborde la question de l’origine de ces mots ou de leur étymologie.

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La plupart des ouvrages nous indiquent que ces origines sont nébuleuses. Le Robert historique de la langue française nous dit même que le mot «baragouin» est d’origine controversée. L’ouvrage nous apprend que l’hypothèse la plus répandue y voit un composé des mots bretons bara (qui signifie «pain») et gwin (qui signifie «vin»).

Au milieu du XVIe siècle, le mot serait apparu lorsque des pèlerins bretons qui visitaient des régions où le français était déjà parlé, réclamaient du pain et du vin lors de leur passage dans les auberges.

On dit même que le mot «baragouin», qui s’est d’abord écrit «barragouyn» puis «barragouin», servait de sobriquet à l’encontre des Bretons, qui utilisaient l’expression équivalant à «pain, vin».

On se doute bien qu’un tel emploi prenait rapidement un sens péjoratif. Le Robert nous indique d’ailleurs que «baragouin» était employé comme un terme d’injure xénophobe. C’est Rabelais qui, au XVIe siècle, l’aurait repris dans le sens de «personne parlant un langage incompréhensible et, par métonymie, de «langue barbare». Aujourd’hui, uniquement le sens faisant allusion à une langue est demeuré pour le nom «baragouin». Le mot ne désigne plus une personne.

Et c’est sur ce nom que s’appuierait la formation du verbe «baragouiner». Mais cela demeure une hypothèse et celle-ci est contestée par certains ouvrages ou sur des forums linguistiques que l’on peut trouver sur le web.

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Même le Robert évoque d’autres origines possibles, mais les juge «moins satisfaisantes». Le mot pourrait venir du latin Berecynthia, qui est le nom de Cybèle, la mère des dieux que l’on célébrait par un culte orgiastique. On dit aussi que l’origine pourrait être celle de l’ancien provençal barganhar, qui signifie «marchander» et qui a donné le verbe «barguigner» en français et «to bargain» en anglais.

On prend toutefois soin de préciser que ce «barganhar» est une onomatopée désignant «l’action de parler indistinctement et de patauger», ce qui serait en fait un emprunt à l’espagnol «barahunda», signifiant «tumulte».

Et tant qu’à faire la généalogie possible de ce mot, on peut semble-t-il pousser plus loin en disant que le terme espagnol «barahunda» aurait été emprunté à l’hébreu «baruch habba», qui signifie «béni soit celui qui vient au nom du Seigneur».

Mais personnellement, je crois que c’est de pousser une origine hypothétique beaucoup trop loin. Les rapprochements deviennent alors difficiles.

Même si elle tient presque du folklore populaire, la possibilité que le mot soit une francisation des termes bretons «bara» et «gwin» semble rallier un bon nombre d’experts de la langue française.

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On imagine assez bien la scène dans laquelle des Bretons arrivent dans une auberge où l’on parle déjà le français et qu’ils tentent tant bien que mal de se faire comprendre en réclamant du pain et du vin.

Les aubergistes, qui ne comprennent pas la langue bretonne, s’étonnent de voir ces «étrangers» demander «bara-gwin». On peut aisément comprendre comment un tel terme aurait pu entrer dans la langue.

J’aime croire que la langue française est aussi faite de ces explications presque anecdotiques. Ça la rend tellement vivante

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