Quand l’essence se perd dans la traduction

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Finaliste du National Book Award (États-Unis) et lauréat du Prix international Folio 2014, l’écrivain américain George Saunders commence à être connu dans la francophonie grâce à deux ouvrages traduits et publiés chez Gallimard. Son tout dernier recueil de nouvelles, Dix décembre, vient de paraître aux Éditions de l’Olivier. Il s’agit de textes satiriques aux dénouements des plus inattendus.

C’est Olivier Deparis qui a traduit Tenth of December pour, de toute évidence, un public français de France. Je dis cela car le high school de Saunders devient un lycée et on a droit à des expressions comme «la saint-frusquin» ou «ne pas être fute-fute».

Dans la première nouvelle, Tour d’honneur, une fille de 15 ans cherche son [futur bien-aimé], mais le seul garçon à rôder autour d’elle est le genre à «donner un nom à ses testicules». Il emploie intérieurement des expressions fleuries comme «putain de merde de cul de couille de bordel à queues» ou «nom d’une pine dans un rectum diarrhéique». Ça vole bas, comme vous vous en rendez compte.

Une nouvelle prend la forme d’un mémorandum qu’un chef de division envoie à son équipe au sujet des statistiques de performance. Pour motiver ses troupes, il leur livre un plaidoyer sur l’esprit positif qui doit prévaloir dans tout travail de groupe.

Si j’ai bien compris, les employés doivent nettoyer des étagères. Pour illustrer les bienfaits d’un travail d’équipe, le chef de division suppose que ces employés doivent soulever le lourd cadavre d’une baleine. Un bon truc pour couper le souffle au lecteur.

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Quand le livre est paru en anglais, The New York Times a écrit que c’était «tout simplement le meilleur livre de l’année». Je ne sais pas si le journal parlait du meilleur livre de nouvelles, de fiction ou de tous genres confondus, aux États-Unis ou dans le monde anglophone.

Il y a une chose que je sais: ce livre va dans toutes les directions, s’amuse à nous faire tourner en rond ou à naviguer en plein brouillard. C’est peut-être la nouvelle mode littéraire à New York, mais ça ne me plaît guère.

Dans la nouvelle intitulée Mon fiasco chevaleresque, le style se veut peut-être d’une autre époque, mais on se tanne vite d’expressions comme «gente dame» ou «introduire contre la volonté d’icelle son vit dans sa féminité». Surtout quand cela alterne avec «fais gaffe» et «péter les plombs».

L’éditeur présente Dix décembre comme une redoutable et hilarante radioscopie de la classe moyenne américaine. Peut-être que le texte original en anglais américain atteignait cet objectif, mais la version française ne va pas du tout dans cette direction. Exception faite des noms et prénoms anglais, on a l’impression que tout se passe à Paris.

Je signale, en terminant, que le Daily Telegraph n’hésite pas à dire que George Saunders fait preuve d’«une imagination sans limites et d’un style incomparable» Le journal affirme que Saunders «est sans conteste l’un des grands maîtres actuels de la nouvelle». Sans doute… si on le lit en anglais.

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