Quand les murs étaient des murailles

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Un tel titre peut paraître quelque peu paradoxal puisque la définition de muraille se lit bien souvent comme étant un mur épais d’une bonne hauteur, assurant la protection de ce qui se trouve enclos dans l’enceinte qu’elle forme.

Historiquement, les murailles ont remplacé les clôtures en bois primitives peu efficaces contre d’éventuelles agressions. L’évolution de l’armement des agresseurs potentiels a entraîné une évolution des constructions protectrices, dont il reste maintenant des témoignages toujours bien visibles, les murailles, même si elles sont désormais dépourvues de leur fonction d’origine.

Protection et puissance

Les murailles, dont il nous reste des éléments visibles complets ou partiels, sont aussi variées que l’était leur fonction protectrice. Mais elles ne pouvaient être construites que par un personnage — ou plusieurs — disposant des capacités nécessaires pour le faire. Dès le Moyen Âge, les seigneurs dans leur château sont des personnages importants.

Dans leur place forte, ils peuvent accueillir des populations à l’abri des agresseurs derrière d’épaisses murailles dominées par un donjon difficile à attaquer grâce à sa position dominante et ses groupes militaires. Plus qu’une protection, le château-fort et ses murailles manifestent la puissance du seigneur et son contrôle sur la région environnante et ses habitants.

Der locale, la protection assurée par des murailles s’étend pour englober des cités entières. C’est une indication de la puissance des dirigeants d’une cité qui assurent ainsi la protection de ses habitants, de leurs habitations et des ressources qu’ils ont pu se procurer. Comme pour le seigneur, cette protection militaire assure aussi la protection et le maintien des dirigeants, dans ce que l’on peut appeler le rôle politique de la muraille.

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Séparation

Tous ces murs, ces murailles, avaient pour but d’assurer une protection, y compris la Grande Muraille de Chine ou le mur d’Hadrien au nord de l’Angleterre.

Mais une autre sorte de mur est apparue, les murs de séparation. Le premier d’entre eux est sans doute le mur de Berlin, construit à partir d’août 1961 par la République démocratique allemande (RDA), qui a séparé la ville en Berlin-Est et Berlin-Ouest jusqu’au 9 novembre 1989.

La liste des barrières de ce genre, de ces murs de séparation, serait longue. Internet donne un liste comportant une quarantaine de noms dans l’article «Barrière de séparation». La liste s’allonge. Le Figaro (18/06/2015) en mentionne 11 en 1981 et 50 en 2015 et d’autres sont apparus depuis cette date.

Il est loin le temps où les murs étaient des murailles de protection. Dans les guerres qui n’en sont pas, «les guerres asymétriques», les murs ont toujours des failles et l’adversaire les trouve en passant à côté ou par dessus. Alors, à quoi servent les murs, qui matériellement n’en sont plus, s’ils ne sont guère un obstacle, si leur fonction de protection est désuète? Ne servent-il plus qu’à séparer des collectivités?

Un ouvrage clé

Pour approfondir cette question qui demanderait davantage de développements, il fait citer un livre remarquable, tant par ses textes que par ses nombreuses illustrations, dont une nouvelle édition vient de paraître: Des murs entre les hommes.

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Par rapport à la précédente édition présentée dans L’Express du 27 octobre 2009, la nouvelle édition est beaucoup plus attractive avec, presque à chaque page, des photos des murs, clôtures, barrières, dont le texture d’accompagnement décrit l’historique, le but, la construction, les perspectives. Chaque «obstacle» compte ainsi une bonne vingtaine de pages très illustrées.

On y trouve ainsi: La zone démilitarisée entre les deux Corées, La Ligne verte à Chypre (L’Express du 23 août 2011), Les «Peacelines» de Belfast, Le «Berm» du Sahara occidental, La clôture entre l’Inde et le Bangladesh, Le mur-frontière entre les États-Unis et le Mexique, Les barbelés de Melilla à Ceuta, La barrière électrifiée au Cachemire, Le mur en Palestine.

C’est donc un ouvrage essentiel pour connaître ce qui existe, et surtout pour comprendre pourquoi ces séparations historiques existent toujours. Et l’actualité nous donne de nouveaux exemples avec les barrières anti-migrants qui s’érigent en Europe centrale (Hongrie, Slovénie, Bulgarie).

Signes de faiblesse

En fait, les murs actuels ne sont pas un signe de puissance, mais de faiblesse et d’incapacité de la part d’un pays, ou de plusieurs, à construire des ponts et à réunir des humains qui partagent pourtant tous le même sort sur cette planète qu’est notre Terre.

Mais, il faut le reconnaître, nous sommes bien souvent dans un terrain miné, car les oppositions sont pour la plupart d’ordre émotionnel, comme celles créées par les religions, et il est bien difficile de faire entendre raison aux passions religieuses, idéologiques. politiques ou économiques. Mais les murs, l’histoire nous le montre après coup, ne servent à rien, car ils ne construisent pas, mais détruisent.

Il y a 26 ans tombait le Mur de Berlin. Est-ce une source d’espoir en l’humanité ou de désespoir devant des murs toujours debout ou nouveaux?

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