Quand l’Art rend hommage à l’Histoire

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Jeudi dernier, Toronto a rendu hommage à plus d’un million deux cent mille victimes tombées au cours du génocide arménien perpétré en 1915 par l’Empire ottoman (aujourd’hui la Turquie). Pour le 100e anniversaire de ce massacre historique, la galerie Arta du quartier de la Distillerie présente jusqu’au 1er octobre une exposition appelée Art & Memory.

Les peintures ornent les murs et les sculptures s’imposent au milieu de la pièce en l’honneur de la commémoration d’une époque de terreur régie par la famine, la violence et les déportations. Des artistes de Montréal, Toronto et Vancouver y partagent leur expérience et leur vision du génocide.

Greg Chitilian, président du Armenian Centennial Committee of Ontario, et Houri Natarian, présidente du comité culturel, ont rendu hommage aux victimes en rappelant que ces drames ont touché de nombreux proches des personnes présentes au vernissage de jeudi soir dernier, et qu’il est important de commémorer cet évènement qui a marqué le monde entier.

«Je n’ai jamais vu ma grand-mère sourire», confie Philippe Coudari. L’artiste montréalais ne s’est pas étendu davantage sur ses souvenirs d’enfance…

Inutile d’insister, sa sculpture crie pour lui. Présentée au centre de la pièce, elle interpelle les visiteurs. Sombre et minutieusement détaillée, elle montre l’horreur du massacre à travers un homme tenant son enfant mort d’une main et sa femme démembrée de l’autre.

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Né en Syrie, il s’installe à Montréal à 3 ans avec sa mère et le reste de sa famille: «J’ai peu de souvenirs, mais je sais que l’on avait eu une opportunité de fuir avant qu’on vienne nous chercher, grâce à mon père qui était de nationalité française», explique-t-il.

Depuis 1956, Montréal est la ville qui a vu se transformer un rescapé du génocide en un artiste abouti. Pour la première fois depuis 22 ans, il monte une pièce en l’honneur des victimes du passé. Appelée Le génocide, la sculpture envoie un message bien moins explicite que le nom qu’elle porte.

«Ce n’était ni une thérapie, ni un besoin, mais un devoir de dire», témoigne-t-il le regard fixe. «Cette sculpture signifie que s’il n’y a plus de femmes ni d’enfants, il n’y a plus de transmission, de continuité, d’existence. Tout est réduit à néant….»

Aslanian Bedros, lui, a choisi la peinture à l’huile. Comme Philippe, il n’a pas eu le choix de quitter sa terre natale, Alexandrie, pour Montréal dans les années 1950. Son triptyque La marche des Arméniens rappelle la souffrance des rescapés arméniens.

«Je réalise qu’il m’a fallu une grande motivation et une grande soif pour arriver à bout de cette oeuvre», raconte-t-il avec ses mains. «Quand on se met à créer sur ce type de thème, cela prend quelque chose au fond de nous. C’est notre histoire, ça nous appartient. Ça demande une grande volonté.»

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Née au Liban et étudiante à l’école des Beaux-Arts de Paris dans sa jeunesse, Yevkine Yepremin est aujourd’hui à Toronto pour l’événement. La sculptrice tente de mettre des mots sur l’objet de son oeuvre: «J’ai pas voulu forcément montrer une image évidente du massacre. J’ai voulu rendre hommage à Komitas, en fait. J’admire cet homme et je voulais parler de la souffrance qu’il avait vu et connu. Il était un grand artiste. Voilà, l’Art n’a pas de mots», dit-elle dans le désordre.

Komitas, musicien et prêtre à la fin du 19e siècle, allait chercher auprès des paysans arméniens l’inspiration musicale. Il est l’une des figures iconiques du génocide arménien.

Vatché Iskedjian, président du comité organisateur de l’exposition Art & Memory, espère transporter prochainement cette exposition d’envergure à Montréal.

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