Quand l’architecture se fait diplomate

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Publié 27/02/2006 par Claude Bergeron

«Une ambassade, c’est une anomalie: un immeuble-pays à l’intérieur d’un autre pays. Pour être cohérente avec son contexte et son mandat, elle doit refléter à la fois la région et le pays où elle est bâtie, tout autant que le pays qu’elle représente. Elle doit être ouverte et invitante en même temps que sécuritaire». Ainsi s’exprimait l’architecte manitobain Étienne Gaboury, auteur de l’ambassade canadienne à Mexico.

Marie-Josée Therrien, professeure au Collège Glendon et à OCAD, souligne bien ces aspects contradictoires dans l’ouvrage qu’elle consacre aux ambassades construites par le Canada.

C’est un type d’édifice relativement jeune, à plus forte raison pour le Canada qui ne possédait pas de ministère des Affaires étrangères avant 1909. Le premier édifice que le pays construit à des fins diplomatiques date de l’entre-deux-guerres. Tous les autres sont postérieurs au second conflit mondial et la plupart sont le fruit de la politique du gouvernement Trudeau.

Ce type a beaucoup évolué depuis la première ambassade au Japon, où la résidence de l’ambassadeur s’impose plus que tout, jusqu’aux chancelleries de la dernière génération conçues pour servir de vitrines de la culture et du commerce canadiens à l’étranger. Le livre est structuré selon cette évolution conjointement à celle de la politique extérieure du Canada.

À l’époque de la guerre froide, la sécurité devient une préoccupation dominante. Des salles à accès contrôlé et même à doubles parois pour mieux se prémunir contre les risques d’espionnage sont des composantes essentielles.

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À Bonn, véritable bunker, l’ambassade s’entoure non seulement d’un fossé et d’une haute clôture, mais les fenêtres de certaines pièces sont aussi obstruées par un second pan de mur à l’intérieur. Si le terrorisme impose encore des précautions semblables aux ambassades américaines, le Canada semble plutôt se tourner vers un autre modèle mis au point par les Américains et où l’accueil ainsi que le reflet du pays hôte se veulent les traits dominants.

Nos voisins avaient introduit ce modèle à Athènes: une ambassade aménagée autour d’une cour ouverte sur la ville et bâtie suivant une architectonique dérivée de l’héritage classique. L’ambassade canadienne en Inde et, plus encore, celle à Washington sont les descendantes de ce prototype. En plus de montrer le Canada comme un pays accueillant, celles-ci cherchent à en faire connaître les caractéristiques, autant par les formes architecturales que par l’aménagement paysager et la décoration.

Cela s’exprime souvent par les lignes horizontales pour représenter les grandes étendues, les plans d’eau pour évoquer les océans qui nous entourent et nos lacs ainsi que les bois de diverses essences et les minéraux pour faire valoir nos richesses naturelles.

Si ces constructions étalées sur trois quarts de siècle offrent un reflet sommaire de l’évolution stylistique de l’architecture canadienne, depuis le néo-palladianisme du début du siècle jusqu’aux diverses teintes de modernisme, affiché par la plupart des ambassades, et au post-modernisme de celle à Washington, c’est beaucoup plus pour l’éclairage jeté sur l’historique de chacun des projets et les changements politiques qui les affectent que ce livre retient notre attention.

Les mécanismes de la construction des ambassades ont beaucoup changé depuis le jour où notre nouvel ambassadeur à Tokyo, Herbert Marler, prit tout en main, embauchant l’architecte qu’il avait à son service à Montréal et faisant bâtir, à ses frais, la chancellerie et la résidence officielle sur les terrains qu’il avait acquis voisins du palais impérial.

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Depuis, les intervenants sont toujours nombreux et l’on ne s’étonne pas que les projets s’étalent sur des décennies, subissant parfois des revers brutaux, dus aussi bien à la tournure des événements au Canada que dans le pays d’accueil. La sélection des projets ne suit pas toujours non plus les règles établies. Toutefois, l’architecte lésé fait généralement l’objet d’une considération plus attentive lors d’un prochain projet.

Contrairement à ce qu’annonce le titre, ce livre est plus qu’une histoire de l’architecture des ambassades. Regorgeant de renseignements historiques, il embrasse près d’un siècle de politique et de diplomatie canadiennes, en plus de jeter des coups d’œil sur l’histoire internationale et l’architecture étrangère.

D’abord présenté sous forme de thèse doctorale, le texte a été largement remanié pour rendre la lecture facile et agréable. Afin d’en apprécier pleinement le contenu, il n’est pas requis de bien connaître l’histoire politique ou diplomatique, ni celle de l’architecture. L’ouvrage se complète d’un lexique des termes architecturaux, en plus d’être adéquatement illustré.

Marie-Josée Therrien, Au-delà des frontières. L’architecture des ambassades canadiennes, 1930-2005, Les Presses de l’Université Laval, Québec, 2005, 231 pages.

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