Quand la vie est une mélodie inachevée

livre, littérature, roman, essai
André Aciman, Trouve-moi, roman traduit de l’anglais par Anne Damour, Paris, Éditions Bernard Grasset, 2020, 320 pages, 34,95 $.
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J’ai rarement trouvé un roman aussi difficile à recenser que Trouve-moi, d’André Aciman qui a connu un succès international avec Appelle-moi par ton nom. Et cela tient au fait que «nos existences ne sont rien de plus que des excavations qui s’étagent à des niveaux toujours plus profonds que nous le pensons».

Coup de foudre

Lorsque l’histoire commence, cinq ans se sont écoulées depuis la fin de l’éclatante relation amoureuse entre Oliver et Elio. Le père de ce dernier prend le train pour lui rendre visite à Rome. Il rencontre une femme à la fois délicate et impulsive qui a toujours une tempête bouillonnant dans sa tête. C’est le coup de foudre.

Aciman multiplie les rebondissements de cette relation et illustre comment nous avons tous une façon personnelle de créer des écrans pour tenir la vie à distance. «Il est possible que vivre le quotidien avec ses joies et ses chagrins dérisoires soit le moyen le plus sûr de tenir la vraie vie à distance.»

Quant à Elio, il mène une carrière de pianiste et suscite une passion inattendue chez un homme deux fois plus âgé que lui. Dans de longs passages tout en douceur, l’auteur démontre comment il arrive parfois qu’on rencontre une personne et qu’on ait l’impression de la connaître depuis toujours.

Tout le monde a de nombreuses vies

Il écrit que tout le monde a de nombreuses vies. «Certaines attendent leur tour car elles n’ont pas été vécues, d’autres meurent avant d’avoir fait leur temps, et d’autres encore attendent d’être vécues une deuxième fois parce qu’elles ne l’ont pas été suffisamment.»

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C’est là que nous retrouvons Oliver, prof à New York. Il a 44 ans, son coup de foudre avec Elio remonte à vingt ans, et «le temps est toujours le prix à payer pour la vie qui n’a pas été vécue».

Des réflexions qui tiennent en haleine

Le romancier excelle dans l’art de glisser des brèves réflexions ici et là, comme pour nous tenir en haleine. En voici un exemple: «L’amour est facile. C’est le courage d’aimer et de faire confiance qui compte, et tous n’ont pas les deux.»

Ou encore: «Personne n’a jamais été condamné pour avoir emprunté le plaisir de quelqu’un d’autre. La condamnation est de ne désirer personne.»

Le titre du roman indique dès le départ que l’un trouvera l’autre, que les routes d’Elio et d’Oliver se croiseront de nouveau, que le passage du temps conduit à la redécouverte d’une personne chère.

Mélodie inachevée

À 44 ans, Oliver est marié et père de deux adolescents. Il reconnaît qu’il lui faut retourner auprès d’Elio parce que «sa vie s’est arrêté là-bas, parce que je n’en suis jamais vraiment parti. L’important maintenant est ce qui n’a pas été vécu.»

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Si, pendant vingt ans, ni Elio ni Oliver n’avaient cherché à se contacter, serait-ce parce qu’ils ne s’étaient jamais vraiment séparés… ? La vie peut être une mélodie inachevée qui ne demande qu’un accord final. La passion est alors une quintessence de variations.

Avec Trouve-moi, publié aux Éditions Bernard Grasset, André Aciman nous offre de nouveau une peinture nuancée de nos sentiments et de nos contradictions. Le roman pose la question du grand amour et de la pérennité des sentiments alors même que la vie nous pousse dans d’autres directions.

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