Quand la soif de vivre chasse le désespoir

Simonne Dubé (pseudonyme), Voyage au bout de l’exil, roman, Saint-Lambert, Soulières éditeur, collection Graffiti # 139, 270 pages, 16,95 $.
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Les romans historiques ayant la Déportation des Acadiens comme toile de fond sont nombreux, tant pour adultes que pour jeunes. Voyage au bout de l’exil, de Simonne Dubé, s’ajoute à la liste et se distingue en plaçant la fiction au-dessus de la réalité, un droit que la littérature détient.

Grand-Pré, 1755. Jacques Leblanc s’enfuit dans les bois pour échapper aux Anglais. À demi-mort, il est secouru par les Micmacs, se rétablit, est admis dans leurs rangs et devient un double Blanc: l’Acadien Leblanc et le guerrier blanc des Micmacs.

Sagesse autochtone

Jacques apprend rapidement à accorder plus d’importance à ses rêves qu’à ses souvenirs qui, selon la pensée des Micmacs, ne sont que boulets aux pieds. Dans un rêve récurrent, sa mère l’implore de venir à son secours.

Le roman illustre avec brio que la sagesse consiste à «savoir adapter la tradition aux contraintes du moment». On découvre comment la survivance est fondée «sur l’entraide, le respect de la sagesse des anciens et l’amour de nos mères».

«Pour les Micmacs, perdre un ancien c’était perdre une mémoire où était consignée l’histoire réelle et mythique qui donnait corps à leur façon de concevoir le monde.»

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Le 5e Commandement

Au début du roman, Simonne Dubé sert un avertissement à ses lecteurs et lectrices: «Dans un souci d’efficacité littéraire, j’ai parfois imaginé des scènes qui divergent des récits archivés.»

Un exemple est le sermon d’un curé qui suspend la validité du cinquième commandement de Dieu – Tu ne tueras point – pour autoriser l’extermination des Anglais, «cette vermine pratiquant une religion schismatique dite réformée».

Montcalm

Une autre scène imaginée est celle où Montcalm prend congé de Vaudreuil en lui lançant d’un ton railleur: «Considérez-vous comme salué! Mon postérieur possède les compétences pour s’acquitter de cette noble tâche…»

Vaudreuil lui répond: «Si la compétence est affaire de volume, vous tenez là, en effet, un chef du protocole à la hauteur de votre souci du respect des convenances!»

Les rares passages mettant en scène Montcalm illustrent à quel point il n’est pas tenu en très haute estime. Un personnage lance: «à force de chier sur les Canadiens, il va se prendre une balle dans le cul, un de ces quatre».

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Langage précis

Dans ce roman, Acadiens et Micmacs savent s’exprimer avec une rare précision. L’autrice n’hésite pas à écrire que «même Voltaire eût été contraint de ravaler ses arpents de neige devant une aussi implacable dialectique».

L’intérêt des lecteurs est soutenu grâce à de nombreux rebondissements, grâce aussi à une intrigue amoureuse entre Jacques et une Amérindienne, sans compter la quête de l’Acadien pour retrouver la trace de ses parents.

Voyage au bout de l’exil est un roman qui illustre bien comment les Micmacs craignaient de devenir des Blancs de seconde zone. Comment la soif de vivre qui habite un homme peut devenir plus forte que le désespoir.

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