Quand la raison cède le pas aux fantasmagories 

livre, littérature, roman, essai
Frédérick Durand, Dans les pas d’une poupée suspendue, roman, Montréal, Éditions Tête première, coll. Tête ailleurs, 2021, 272 pages, 25,95 $.
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Quand l’attrait de l’interdit s’ajoute à la révélation d’écrits transgressifs, il n’y a qu’un pas pour plonger dans un univers psycho-érotico-satanique. C’est ce à quoi nous convie Frédérick Durand en signant le roman intitulé Dans les pas d’une poupée suspendue, publié aux Éditions Tête première.

Robert Vallet, personnage principal, est décrit comme un jeune homme bizarre, plutôt laid, maladroit auprès des femmes et ayant un goût pour les vieilles BD. «Il aurait fallu que quelque chose survienne pour changer sa morne routine.» Cela ne tarde pas à se produire.

Perversité

Robert a un oncle qui «dissimule sa perversité sous des allures bonasses pour endormir sa vigilance». Dès que Robert met les pieds dans la chambre de son oncle Hervé, il a l’impression d’entrer dans un monde parallèle où règnent l’anarchie et la sorcellerie. Il se sent entouré d’êtres émergeant des abîmes ou de décors lugubres.

L’oncle gagne une importante somme à la loterie et se réfugie loin des siens dans une maison où les têtes de démons sculptées rendent «une expression de rouerie, de méchanceté et de perversité».

La maison est décorée de façon à lui donner une charge surnaturelle. «Partout, des artéfacts lugubres, malsains ou perturbants l’attendaient.»

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Héritier

À la mort de l’oncle, c’est le neveu Robert qui, contre toute attente, hérite de la maison et d’une certaine fortune. Son statut d’héritier le place au-dessus des conventions et des obligations. Ainsi commence le premier jour du reste de sa vie.

Un membre de la famille, choqué de ne pas avoir été couché sur le testament, décrit Robert comme «un imbécile dégénéré et irrécupérable, un moins que rien pathétique qui aurait dû se suicider au lieu de polluer le monde».

L’atmosphère, la décoration de la maison, le souvenir d’un oncle excentrique, tout s’additionne pour tisser une toile «dans laquelle la raison s’engluait et cédait le pas aux fantasmagories». L’oncle lui aurait-il légué plus qu’une maison hantée, lui aurait-il aussi transmis sa folie…?

Déchaînements de l’imagination

L’auteur excelle dans l’art de créer des lieux et des situations propices aux déchaînements de l’imagination. Les actes violents se combinent à une frénésie aphrodisiaque; «tout, ici, ramène à la combinaison de ces deux pulsions». Mais attention, il faut toujours faire la part entre la réalité et le rêve ou le « songe compensatoire ».

Voici un exemple des descriptions concoctées par Frédérick Durand: «Une grande silhouette vêtue de blanc se tenait devant lui. Une silhouette sans tête qui s’avançait dans sa direction. Vallet recula et faillit tomber, puis il se détendit. C’était une robe de mariée accrochée à une poutre. La trappe l’avait fait bouger en basculant. Quand même, l’effet produit avait été saisissant.»

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Ou encore: «C’était un miroir sur pied, l’une de ces grandes glaces placées dans un châssis mobile qu’on appelle « psyché ». L’héritier regarda le cadre dans lequel s’enchâssait la glace. En bois d’acajou ornementé, il représentait des gargouilles, des démons, des visages grimaçants, des tridents et des symboles ésotériques.»

Odeurs troubles

Frédérick Durand écrit que la mort nous attend. «Elle est impatiente de recevoir son dû.» Elle rode partout dans ce roman et laisse des odeurs troubles. Parlant d’odeurs, quand un homme sent mauvais, une sorcière dit que ça doit être son âme.

Bienvenue à la plume unique de Frédérick Durand!

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