Prisoners de Denis Villeneuve: dépasser les attentes du spectateur

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Après l’immense succès d’Incendies, Denis Villeneuve a choisi un projet où il ne s’occupait pas de l’écriture mais uniquement de la réalisation. Produit par Mark Wahlberg, Prisoners, présenté récemment au TIFF et déjà arrivé en salles commerciales, nous plonge dans la thématique de l’enlèvement d’enfants.

Comment deux pères réagissent-ils quand ils découvrent que leurs deux petites filles ont disparu?

Thriller à rebondissements, Prisoners pousse le spectateur dans ses derniers retranchements et l’oblige à mener sa propre enquête tout au long du film.

L’Express a demandé à Jérémie Abessira, coordonnateur du Festival du film européen (anciennement à Cinéfranco, au TIFF et au Festival du film juif de Toronto), de donner son point de vue d’expert sur les clés du film.

Disparition

Jouant avec les codes bien établis du film de kidnapping, le film s’ouvre dans un quartier résidentiel de banlieue d’une petite ville d’Amérique du Nord. Deux familles se réunissent pour passer un moment joyeux et tout va pour le mieux, au moins jusque la disparition des deux plus jeunes filles.

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L’action s’enclenche avec les premières images stressantes d’un Hugh Jackman impressionnant dans son rôle de Keller Dover.

L’entame du film ressemble forcément à d’autres réalisations. Une banlieue tranquille, une fête de famille, un événement malheureux et rapidement un coupable parfait.

Un thriller bien ficelé

«Le rythme ne cesse pas d’augmenter du début à la fin. Ça tient le spectateur en haleine. On se retrouve déstabilisé, même si c’est un scénario vu dans d’autres films. Les nombreux revirements de situations évoluent dans un cheminement atypique, on prend les choses à l’envers, on se pose toujours des questions, on est en perpétuelle réflexion, ce qu’on retrouve également dans Incendies», explique Jérémie Abessira.

Le coupable idéal n’est en fait qu’un leurre, auquel on veut croire, mais dont on sait que la culpabilité enterrerait le film dès les premières secondes. Reste à trouver qui a enlevé les deux fillettes. Et à savoir si le personnage de Hugh Jackman ne va pas complètement exploser en vol, s’étant engagé par ses propres moyens à retrouver les jeunes filles.

On découvre dans Prisoners plusieurs personnages, qui évoluent chacun dans des directions différentes et c’est ce qui nous induit régulièrement en erreur dans notre recherche du coupable.

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«Le film t’emmène sur des fausses pistes, arrive à te dérouter. Ça se passe particulièrement sur le jeu des acteurs et l’évolution de leurs personnages entre le début du film et la tournure que ça prend. Pour le coup c’est un film avec un vrai jeu d’acteur. Les personnages passent par plusieurs phases», indique Jérémie Abessira.

Des personnages saisissants

Autant on imagine bien Hugh Jackman s’énerver et vouloir tout casser pour retrouver sa fille (on s’est quand même étonné qu’il ne lui sorte pas de griffes des mains), autant le personnage de Jake Gyllenhaal nous a surpris. Son état de stress monte tout au long du film ce qui le pousse à commettre des erreurs.

L’affaire devient personnelle et il doit gérer la recherche policière simultanément à la gestion du cas Keller Dover. Le film repose énormément sur la prestation de ces deux comédiens mais pas uniquement.

Les rôles de Terrence Howard, l’autre père de famille et de leurs femmes respectives amènent des points de vue différents au film. Si Ces personnages sont moins complexes et moins développés que celui de Jackman et de Gyllenhaal, reste néanmoins qu’ils sont partie prenante du récit tant ils influencent le comportement des deux personnages principaux.

«Tu crois au récit, tu rentres dans le jeu des personnages. Il y a ces deux tableaux de l’histoire avec ces deux personnes qui ne sont pas typiques. Il y a une grande complexité des personnages», poursuit le coordonnateur du Festival du film européen.

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Prisoners possède le petit truc en plus qui fait de certains films de bons films et d’autres de très bons films.

Une belle réalisation

Et la réalisation de Denis Villeneuve n’y est pas étrangère comme le précise Jérémie: il y a des plans qui te font te poser des questions, la création du suspens sur certains plans. C’est un peu comme dans une énigme, le spectateur est enquêteur en même temps qu’il voit le film. Cela lui demande de la réflexion et du travail et finalement la lumière arrive enfin, un peu comme dans Incendies.

L’histoire se boucle et c’est un peu vicieux comment ça se termine. Ça dépasse les attentes du spectateur. Au début tu ne vois pas les liens entre les personnages mais tu sais qu’il y en a», conclut-il.

Plus que la finalité, Prisoners est à voir pour la spirale infernale de réflexion qui s’installe en vous pendant les quelque 2h30 du film. Le public ne s’y est pas trompé et s’est rué dans les salles obscures, ce qui place Prisoners en tête des recettes de la fin de semaine avec 21.4 millions de $.

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