Pour contrer la cyberintimidation, il faut d’abord en parler

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Depuis leur naissance, les enfants et adolescents d’aujourd’hui grandissent dans une société passée à l’ère du numérique dans laquelle les objets connectés abondent: ordinateurs, téléphones cellulaires, tablettes tactiles… Un nouvel espace de jeu virtuel est désormais accessible aux jeunes. Hélas, ces derniers ne sont pas à l’abri des risques et des menaces qu’ils peuvent y rencontrer.

L’un des dangers auxquels les adolescents peuvent être confrontés a été souligné par le documentaire No Place to Hide: The Rehtaeh Parsons Story, réalisé par Rama Rau et présenté récemment lors du festival Hot Docs à Toronto. Il s’agit de la cyberintimidation.

Une évolution de l’intimidation

La cyberintimidation consiste à utiliser les nouvelles technologies de communication pour harceler et humilier une personne.

«L’intimidation a toujours été présente à l’école, mais la forme qu’elle a prise a évolué avec les nouvelles technologies, dont internet et la possession de téléphones cellulaires par les enfants. La victime reçoit des menaces, des courriels blessants, embarrassants… Les rumeurs se propagent par textos plutôt que par le bouche-à-oreille», explique Andréanne Deschamps, chef de l’équipe clinique chez Jeunesse J’écoute.

La victime ne peut trouver aucun refuge, car la cyberintimidation la suit partout: à l’école, à la maison, dans les lieux publics…

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«La cyberintimidation est un problème mondial. En ligne, les adolescents pensent qu’ils sont cachés, qu’ils peuvent faire ce qu’ils veulent. De là apparaît la cruauté. La victime n’a nulle part où se cacher», nous dit Rama Rau, en entrevue à L’Express.

Des effets dévastateurs

Laissant la personne sans défense, la cyberintimidation peut être destructrice et avoir de lourdes conséquences pour l’adolescent qui en est la cible: stress chronique, problèmes scolaires et comportementaux, pensées suicidaires… Nombreux sont les tristes exemples qui l’illustrent.

Le décès de Rehtaeh Parsons, une jeune fille de 17 ans originaire de Nouvelle-Écosse, évoqué dans le documentaire de Rama Rau, en fait partie.

Après avoir bu de l’alcool au cours d’une soirée, la jeune fille se fait agresser sexuellement, sans en avoir aucun souvenir. Ce n’est qu’un peu plus tard, lorsqu’elle retourne à l’école, qu’elle découvre qu’une photographie de son viol circule sur les téléphones de ses camarades. Insultes, menaces… le cauchemar que vit la jeune fille est quotidien et incontournable. Face à l’inaction de la police et aux multiples humiliations subies, Rehtaeh Parsons met fin à ses jours en 2013.

L’histoire de Rehtaeh Parsons est bien loin d’être unique au Canada. Une année plus tôt, en 2012, Amanda Todd, une autre adolescente canadienne, s’est également suicidée à cause d’une photo qui circulait sur internet: la jeune fille a sombré dans la drogue et l’alcool suite à un quotidien d’humiliations et de harcèlements qu’elle ne pouvait plus supporter, et a fini par renoncer à la vie.

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Selon Statistique Canada, en 2009, environ 1.75 million de Canadiens âgés de 15 ans et plus, soit 8% des utilisateurs d’Internet de cette tranche d’âge, ont été victimes de cyberintimidation.

Jeunesse J’écoute

Les adolescents contactant Jeunesse J’écoute pour des problèmes similaires sont également très nombreux: «La consultation pour cyberintimidation est fréquente. Nous avons environ 3500 consultations par an, liées à l’intimidation», affirme Andréanne Deschamps.

«À travers mon documentaire, j’ai voulu que la population, en particulier les jeunes qui sont le principal public, prenne conscience du problème de la cyberintimidation. Avant l’histoire de Rehtaeh Parsons, ce n’était pas vraiment le cas, les gens n’imaginaient pas les dangers d’internet», fait savoir Rama Rau. «Bien sûr, cela prendra du temps pour faire évoluer les mentalités.»

Quelles solutions?

Le gouvernement a tenté de résoudre ce problème par le projet de loi C-13 suite aux suicides médiatisés de Rehtaeh Parsons et d’Amanda Todd, criminalisant toute diffusion de photos ou de vidéos intimes sans le consentement de la personne qui y figure. Mais la loi reste aujourd’hui très controversée en raison des violations de la vie privée qu’elle risque de provoquer.

«L’éducation par les parents et par l’école me semble être ce qu’il y a de plus efficace pour lutter contre la cyberintimidation», indique Rama Rau.

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«Il y a beaucoup de campagnes de sensibilisation pour dénoncer ce problème et renseigner sur les formes qu’il peut prendre», ajoute Andréanne Deschamps. «En parler est très important: plus on parle de cyberintimidation, plus on normalise la demande d’aide et plus on invite les jeunes à s’ouvrir. Car ce n’est pas toujours facile pour le jeune d’en parler.»

Bloquer la personne et la conversation sur internet, conserver les preuves, tels sont quelques exemples de conseils que fournissent des organismes, tels que Jeunesse J’écoute ou Tel-Jeunes, aux victimes de cyberintimidation. Car il est bien possible de s’en sortir, et cela passe avant tout par une discussion avec son entourage et avec des personnes compétentes.

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