Portraits d’expatriés: tous les pays représentés à Toronto


15 octobre 2013 à 10h49

Dans Toronto, une des villes les plus multiculturelles au monde, les identités se croisent, se multiplient, se mélangent et s’entrechoquent. Chaque habitant expatrié a son histoire. Mais beaucoup ont en commun une chose: ils considèrent dorénavant la Ville Reine comme chez eux.

Colin Boyd Shafer, 30 ans, a voulu les rencontrer.

Il y a quatre mois, ce professeur de géographie et de psychologie, féru de photographie, a eu l’idée de faire le portrait de ces expatriés, nés ailleurs, et qui ont choisi Toronto ou ses environs comme leur demeure.

Deux clichés

Chaque participant se prête à deux clichés. Le premier dans un lieu de leur choix, où ils se sentent chez eux, à l’aise. Le second avec un objet qui les relie à leur pays de naissance.

Colin sort son ordinateur. Il vient de photographier un homme originaire de Suisse. Travaillant à la gare, il a voulu être pris en photo dans ce lieu qu’il affectionne. Comme objet, il a choisi du gruyère, qui lui rappelle Genève.

Sur la photo, il ne sourit pas. «Je pense que quand le sujet sourit, le spectateur se concentre davantage sur le sourire et moins sur l’histoire de cette personne», explique le photographe.

Pour Colin, cette réflexion sur l’identité, les migrations, et le lieu auquel on appartient n’est pas récente. En plus d’avoir étudié le sujet à l’université, il a sa petite histoire familiale.

Son grand-père, Espagnol, et sa grand-mère, Anglaise, sont venus s’installer au Canada par erreur. «Ils voulaient aller en Colombie au départ, et se sont rendu compte trop tard qu’ils avaient fait les démarches pour s’installer en Colombie… Britannique», glisse-t-il en souriant. «Le Canada leur a plu, ils sont restés ici.»

Portraits

Sa mère est née en Angleterre et son père aux États-Unis. Colin, lui, est originaire de Kitchener, en Ontario. Il a voyagé à travers le monde, et vécu au Mexique, en Malaisie et en Europe.

Il s’est sérieusement mis à la photo au cours de ses voyages.

Lui, ce qui l’intéresse, ce sont les portraits, qui «racontent l’histoire des personnes qu’il croise». Dernièrement, il est parti en Turquie photographier les acteurs des contestations populaires, en juin.

Pour lever des fonds pour son projet, baptisé Cosmopolis, Colin est passé par la plateforme web Indiegogo. Tout un chacun peut faire un appel aux dons pour réaliser un projet. Il y a récolté près de 8000$ de dons anonymes. «Je peux maintenant travailler à plein-temps dessus.»

Réseaux sociaux

C’est par les réseaux sociaux et les médias que les personnes intéressées pour poser pour Cosmopolis l’ont contacté. Il a également démarché les centaines de communautés qui habitent Toronto.

Côté francophonie, il recherche activement des personnes originaires des pays d’Afrique où le français est la principale langue parlée. Le but étant «de rassembler toute la planète dans une seule et même ville ». Soit une photo par pays.

«J’ai souvent eu plusieurs candidatures pour un seul pays», raconte Colin. «Le choix est toujours dur. Je prends alors la personne qui me paraît avoir l’histoire la plus intéressante pour le projet.»

Au départ, il ne voulait pas compter le Canada dans sa carte. Mais il a reçu une lettre qui l’a fait changer d’avis. «Une dame m’y racontait que son mari de 70 ans, descendant d’esclaves, était né en Nouvelle-Écosse. Depuis toujours, personne ne pensait en le voyant qu’il venait du Canada, alors que ça a toujours été sa maison.»

Il a commencé à prendre les photos au début du mois d’octobre. 45 rendez-vous ont été planifiés, et une dizaine de portraits réalisés au moment envoyer le journal sous presse.

Cosmopolis est disponible sur Internet. Puis, il sera exposé au Toronto Centre for the Art, à North York.

Sous chaque photographie se trouvera un texte racontant l’histoire du sujet. «Par la suite, j’aimerais que Cosmopolis soit exposé dans d’autres lieux au Canada, où le multiculturalisme est plutôt absent», continue Colin. Il souhaite également publier un livre.

Identités et migrations

«Je veux vraiment raconter des trajectoires de vie individuelles», ajoute Colin. «Les personnes sur les photos ne sont pas censées représenter leur pays d’origine. Elles ne parlent pas au nom de leur pays, mais bien en leur nom propre.»

Sur tous ses clichés sera mis en évidence ce lien distendu et compliqué entre l’identité torontoise et celle du lieu qu’ils ont quitté. «Certains sont là depuis 40 ans, d’autres depuis quatre mois. Tous participent au projet pour différentes raisons. Bien souvent c’est comme un cadeau de bienvenue pour eux. Ça peut leur prouver que ça y est, ils appartiennent à Toronto.»

Et quant à la question de savoir si Toronto est aussi sa maison à lui, Colin secoue la tête. «Je suis un peu nomade. Ma maison c’est Kitchener, c’est la Malaisie… tous les endroits où il y a mes amis et ma famille.»

Renseignements

Si poser pour Cosmopolis vous intéresse vous pouvez contacter Colin par courriel
colinshafer.com

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